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CHAPITRE XXI

Résumé,

L'état de la question. — La différenciation et l'adaptation. — ‘Les théories envisageant la première : mutation, orthogénèse, ségrégation. — Les théories de l'adaptation : darwinisme et lamarckisme. — La sélection naturelle, la tranemission des caractères acquis. — Les limites réelles de l'adaptation. — La structure et la fonction. — Les variations non adaptatives. — Les variations déterminées. — La complication graduelle des êtres. — La solution probable des questions posées.

Les questions que nous avons eu à examiner sont si nombreuses et si variées, les théories et les opinions émises si différentes et souvent si contradictoires, qu’il devien£ nécessaire de revenir maintenant en arrière et de résumer la situation présente des grands problèmes à résoudre.

Nous nous trouvons, en somme, devant deux grands phénomènes qui caractérisent l’évolution du monde organique : d’une part, l’apparition des différentes espèces, la différenciation dans tous les groupes que nous offrent les classifications des animaux et des végétaux, la complexité croissante des

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organismes, leur évolution des formes les plus à inférieures aux plus élevées ; d’autre part, l’adap- ‘ation. des êtres vivants aux conditions et aux nécessités du milieu qui les entoure. Ces deux processus ont lieu simultanément, mais ils sont tout à fait différents par leur nature et ne se superposent nullement. Lorsque, en effet, nous parlons d'animaux supérieurs et inférieurs, nous n’entendons aucunement par là que les premiers soient mieux adaptés que les seconds aux conditions de leur existence : il est certain, au contraire, qu’un protozoaire vit dans son milieu aussi bien qu’un vertébré supérieur dans le sien, et que le parasite le plus dégradé n’a rien à envier sous ce rapport à un animal supérieur obligé, dans sa vie libre, à exercer toutes ses facultés pour préserver son existence contre les dangers qui la menacent.

Lorsqu'une espèce vient en remplacer une autre ou prendre place à côté d’elle, il serait erroné de croire qu’elle est nécessairement mieux adaptée à sa vie que celle qui lui a donné naissance. Il suff* d’ailleurs, de considérer tous les critériums utilisés dans nos classifications pour voir que les distinctions des espèces, des genres, etc. ne sont nullement basées sur le caractère adaptatif des structures. Bien plus, c’est de ces dernières qu’on tient le moins compte dans l’établissement de la parenté des espèces, car la ressemblance chez celles-ci est très souvent le résultat d’une convergence, de l'identité de la fonction à remplir, tandis que ce que l’on recherche, c’est l’origine commune, Pour

RÉSUMÉ 337 trouver l’origine phylogénétique d’un organe on recherche non pas ce qui, chez les êtres placés

plus bas dans l'échelle, remplit la mème fonction,

mais ce qui y à la même origine embryogénique. Ainsi, ce n’est pas dans l'aile de l’insecte qu’on cherchera l’origine de celle de l'oiseau, mais dans le membre antérieur du reptile, malgré le mode bien différent de locomotion chez cet animal. Et si nous rapprochons la baleine «es autres mammifères et non pas des poissozs, c’est parce que nous nous guidons sur tout autre chose que son adaptation au milieu.

Il y a donc là deux questions bien distinctes qu’une théorie qui prétendrait embrasser toute la marche de l’évolution devrait résoudre l’une et l’autre. Nous ne voyons, pour le moment, aucun système d'ensemble, du moins aucun système suffisamment élaboré, qui soit capable de le faire. Tous donnent des solutions partielles, tantôt de Vun tantôt de l’autre côté du problème.

Certaines conceptions laissent absolument de côté la question d’adaptation : telles sont la théorie de la mutation de de Vries, l’orthogénèse d’Eimer et de Nægeli, la « séparation dans l’espace » de Moritz Wagner, la « sélection physiologique » de Romanes. Au pôle opposé, nous trouvons la théorie de Darwin qui est exclusivement une théorie de l’ädaptation : la sélection naturelle ne tire parti “que ue des variations utiles et croit, en montrant le mode de développement de ces variations, montrer en même temps le mode de différenciation des

espèces. La théorie lamarckienne est présentée, en général, comme une théorie d'adaptation, mais, à notre avis, elle doit, sous ce rapport, être divisée en deux parties : elle est strictement une théorie d'adaptation lorsqu'il s’agit de réactions actives de

Forganisme, de l'usage ou du non-usage dés 0r-

ganes;-fais lorsqu'il est question de l'influence exercée directement par les conditions de climat,

; température, d'alimentation, etc., elle devient

ne explication des variations quelconques ou, ‘hdu moins, l'adaptation, si on veut l’invoquer,

NW /\Lest-ellé ici beaucoup plus obscure et problé- Up | Mn ue.

A ‘0 Prenons d'abord la question d’adaptation et

voyons si, dans les divers systèmes que nous avons env Minés: elle reçoit une explication satisfaisante. Les critiques adressées à l’idée de la sélection naturelle agissant sur les petites variations individuelles et amenant, sans le secours d’aucun autre facteur, toute l’évolution phylogénétique, sont si sérieuses et basées sur des preuves siirrécusables qu’il est impossible désormais de lui reconnaitre ce rôle exclusif. Elle peut, incontestablement, éliminer les variations nuisibles, surtout si elles sont très accentuées, mais on s’accorde de plus en plus à reconnaitre qu’elle ne peut faire développer les variations utiles. Le progrès desorganesutiless’explique,aucontraire, très bien par leur fonctionnement même qui provoque leur plus grand développement, mais cela n’est évident que dans les limites de la vie de l'individu et cesse de l’être aussitôt que nous pas-

ne |

sons à ses descendants. Pour que ceux-ci puissent bénéficier du résultat heureux de l’exercice d’un organe chez le parent, il faut que ce résultat ait pu leur être transmis. Or, la difficulté de concevoir le mécanisme de la transmission des caractères acquis s'applique surtout aux caractères d'usage et de non-usage, c’est-à-dire à ceux qui conduisent le plus directement à l’adaptation. Seule, la théorie d’excitation fonctionnelle de Roux, pour les organes où elle commence dès la vie embryonnaire, peut nous apporter quelque lumière à ce sujet, et encore plutôt comme indication que comme explication véritable. La question reste donc ouverte.

D'ailleurs, lorsqu'il s’agit d'adaptation, il n’est pas inutile de poser une question préjudicielle : est-elle aussi! parfaite en réalité qu’on le croit ordinairement? L’harmonie miraculeuse, l’adaptation exacte qu’il nous semble voir partout n’est-elle pas souvent une illusion due à ce que nous ne percevons que le résultat brutal : l’animal ou la plante vit, et nous ne pouvons estimer la somme d’efforts employés, de défaites subies, d’actions nuisibles supportées en vue d'assurer cette vie. Ce que nous voyons, c’est l’excédent du bien sur le mal, etilne peut en être autrement, car si le résultat était opposé, l’organisme aurait péri. De plus, partant de ce point de vue a priori que tout est adapté, nous faisons intervenir notre imagination et trouvons forcément ce que nous cherchons. Il faut dire aussi qu’un animal ne reste pas à subir passivement les conditions qui l'entourent : si elles

sonttrop contraires à sa nature, s’il n’y est pas du tout adapté, il cherchera des conditions nouvelles et souvent y réussira. Le voyant dans ce nouveau milieu, nous croirons alors qu'il a été fait spécialement pour lui.

Il n’est pas difficile de citer des organes non seulement inutiles, mais nuisibles, et qui subsistent néanmoins; Metchnikoff en cite un grand nombre d'exemples dans ses Études sur la nature humaine : les poils du corps de l’homme dont les follicules donnent asile aux microbes, l’appendice du cœcum, siège de l’appendicite, le gros intestin, facilement attaqué par les maladies, etc. Il y a d’autres, « désharmonies », plus graves encore : ainsi la disproportion entre la douleur ressentie par l’organisme et la gravité de la lésion qui Patteint. « Souvent des causes insignifiantes, dit Metchnikoffi, et des maladies sans importance, comme certaines névralgies, provoquent des douleurs insupportables. Un phénomène physiologique, comme l'accouchement, est le plus souvent accompagné de douleurs extrêmement violentes et absolument inutiles comme « avertisseur du danger ». D'un autre côté, certaines maladies des plus graves, . comme les cancers et la néphrite, évoluent pendant longtemps sans provoquer la moindre sensation douloureuse, ce qui a pour résultat de n’attirer l'attention du malade que quand il est déjà trop tard pour y remédier. »

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