DARWIN ET L’ ( ORIGINE DES ESPÈCES
entre celles du nouveau et de l’ancien monde. ne s’expliquent que par l'hypothèse du développement de ces faunes sur place. Inversement, le fait que la présence de certaines formes animales entraine elle d’autres formes bien déterminés (ce qui donne à la faune sa physionomie caractéristique) ne peut non plus s’expliquer que par leur parenté réelle. Les barrières, les différents obstacles à la migration sont un facteur très important; ainsi dans les îles un peu éloignées des côtes peuvent manquer les ordres entiers d'animaux. Aucune ile éloignée de plus de 500 kilomètres du continent, ne possède dans sa faune indigène de batraciens ni de mammifères terrestres. En général, la faune des îles peut donner, pour la question de la descendance, des indications précieuses : ainsi on voit toujours, sauf de très rares exceptions, que la population animale d’une ile ressemble, tout en ayant certains caractères propres, à celle du continent le plus proche; de même, plus les îles sont rapprochées entre elles, plus leurs faunes sont concordantes. Mais les preuves les plus décisives de la théorie de la descendance sont, aux yeux de Darwin, fournies par l’embryologie. Le grand fait ici, c’est la ressemblance beaucoup plus étroite entre les embryons des différents animaux qu'entre ces mêmes animaux adultes; ainsi les embryons d’un mammifère, d’un oiseau et d’un serpent ne se laissent pas distinguer les uns des autres aux premiers stades de développement. Un autre fait est la ressemblance, chez l’embryon, des parties homologues
destinées à se différencier plus tard. Tout cela me peut s’expliquer que d’une seule façon : l'embryon représente l’état de l'ancêtre commun à plusieurs groupes d'animaux; les variations qui ont déterminé leur différenciation ne sont apparues qu’à un moment relativement tardif de la vie embryonnaire et ont été héritées de façon à réapparaître approximativement au mème âge. De même la persistance des organes rudimentaires ne peut trouver une explication dans aucune autre théorie que celle de la descendance.
Il n’est pas jusqu’à la classification, fondée pourtant sur des idées traditionnelles et anti-transformistes, qui ne vienne appuyer l’idée transformiste. Sur quoi se base-t-on pour distinguer les différents groupes? Non pas sur les organes d’adaptation, les organes analogues (car alors on classerait la baleine parmi les poissons) mais sur les homologies et les organes rudimentaires. C’est là ce qui constitue l’unité de type, le grand principe des morphologistes. Or, cette unité de type n’est que l’expression de la parenté réelle entre les espèces considérées.
Armé de tous ces arguments, Darwin publie enfin son célèbre ouvrage. On connaît les polémiques qu’il suscita, l’enthousiasme des uns, l’hostilité violente des autres. Tout ce qu’il y avait dans la science de jeune, d’assoiffé de progrès, s’est rangé autour des nouvelles idées que combattaient l'erreur, la tradition religieuse, la réaction. Dans ce premier livre, Darwin laissa entièrement de
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" ou, intentionnellement, la question de l’origine de l’homme ; mais la conclusion qu’il ne voulait, pas tirer, d’autres, Huxley en Angleterre, Hæckel en Allemagne, la tirèrent pour lui; lui ne se décida à faire de même que dans l’Origine de l'homme et la sélection sexuelle, ouvrage paru beaucoup plus tard, en 1871. Mais la portée de son idée fut immédiatement comprise par tous, sans qu’il ait eu besoin de l'indiquer, et les accusations de matérialisme, d’athéisme, d’immoralité constituèrent, dès le début, le principal argument dirigé contre lui. On peut même dire que ses adversaires étaient, au fond, poussés tous, consciemment ou inconsciem- | ment, par un de ces deux mobiles : l’esprit théologique ou la haine de toute idée générale en science. Ces années de lutte donnèrent un essor merveil- É leux à toutes les branches de connaissance; elles resteront à jamais mémorables dans l’histoire es de la science. Pas un domaine de la pensée qui Ko n'ait subi l'influence de la nouvelle conception, désormais définitivement implantée. Sans même a parler de la biologie dont les différentes parties à furent absolument bouleversées par l'introduction CE « de la méthode comparée, des sciences entières, nouvelles, surgirent. L’anthropologie, l’étude de S Vhomme primitif et des peuplades sauvages, ia ; - psychologie comparée, inaugurée par H. Spencer, la ce . philologie transformée, la sociologie poussée dans | une nouvelle direction, ce sont là autant de conquêtes dont nous sommes redevables à la vic- de, toire de l'idée transformiste. LÉ