‹ Les théories de l'évolutionChapitre 141 sur 162 · La Philosophie zoologique et le Système analytique des · texte numérisé non relu

La Philosophie zoologique et le Système analytique des

connaissances posilives de l'homme. Voir l'ouvrege déjà cité de Marcel Landrieu, ch. xxu et xxiu.

La acte

encore moins pouvaient-ils en tirer toutes ces conclusions. C’est, encore une fois, à Darwin, à l'agitation générale des esprits, au travail profond de la pensée provoqué par son œuvre qu’il faut attribuer l’origine et les progrès rapides de ces idées nouvelles.

Cependant, ici aussi, il faut tracer une ligne de démarcation entre le côté transformiste des idées larwiniennes et leur côté sélectionniste. Si le transformisme darwinien a rendu à l’émancipation de l'esprit humain le service le plus grand peut-être dont on ait jamais été redevable à une théoriescientifique, l’idée de la sélection naturelle n’a pas, | bien au contraire, les mêmes titres à notre reconnaissance.

Universellement acceptée par les biologistes, la | théorie de la sélection naturelle et de la lutte pour l'existence pénétra, comme on le sait, avec une rapidité très grande dans le public et trouva dans les autres sciences des applications extrêmement variées auxquelles son fondateur était certainement loir de penser.

L'idée première de Darwin qui entendait par « lutte pour l'existence » au sens large toute la lutte que les êtres vivants ont à soutenir contre les conditions environnantes, qu’elles soient représentées par le climat, le sol, les êtres de la même espèce ou des espèces voisines, s’est trouvée rétrécie : on n’envisageait plus désormais que la lutte des être vivants entre eux, et plus spécialement . encore entre individus de la même espèce. SiDarwin mettait cette idée au premicr plan, certains darwi- :

niens et, à leur suite, le grand public l'envisagère.# d’une façon exclusive : tout se réduisait pour eux à la compétition individuelle. En mème temps, l'idée primitive non seulement se trouva schématisée, réduite à certains de ses traits les plus importants (ce qui était peut-être inévitable) mais devint pour ainsi dire plus grossière. On la prit dans son sens le plus simple, le plus littéral : c'était une lutte à mort, unguibus et rostro, dans laquelle rien n’intervenait en dehors de la force brutale. Quel devait être le sort ultérieur de cette idée dans Le publie, il est facile de le deviner. Dans toute idée, scientifique ou autre, l’homme cherche tout 'abord la solution des questions qui le touchent de plus près, qui sont pour lui les questions essentielles, morales et sociales. Or, dans notre société où la lutte entre les hommes est un fait si général et où les avantages de ceux à qui le hasard a fourni les armes nécessaires à cette lutte sont si évidents, la théorie de la sélection naturelle et du

triomphe du plus apte devait être accueillie comme

la bienvenue : n'était-elle pas une justification toute prête de l’état social actuel et une réponse, basée sur les données de la science, à toutes les revendications égalitaires et humanitaires?

Ceux que gênait, de loin en loin, l'apparition dans leur conscience d’un vague remords trouvaient dans ce point de vue nouveau une justificas tion scientifique de leur attitude : si les faibles étaient écrasés, n'était-ce pas, comme dans le culture, pour le bien final de la race?

Je doute de ces interprétations abusives ne

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