‹ Les théories de l'évolutionChapitre 144 sur 162 · À. R. Wazzace. La Sélection naturelle, p. 332 et suiv. ‘à · texte numérisé non relu

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SSM naît de la vie en commun et que 1e | senti- : 4 ments sociaux apparaissent déjà au sein des sociétés animales. Abordant la question par un autre côté, il indiquait une origine toute tangible de notre sentiment moral et de nos tendances: altruistes dans la tendance inéluctable de notre organisme à étendre le champ de notre activité, à dépenser son énergie, et la dépenser non pas dans une action: destructive qui laisse un sentiment de malaise. mais dans une activité créatrice, bienveillante, qui s'accompagne d’un plaisir sans mélange !. C'est, cette même conception qui est préconisée, au point, de vue philosophique, par Guyau dans son essai de création d’une morale scientifique2. Et, chez l’un comme chez l’autre de ces deux auteurs, on voit linfluence directe des idées de Darwin dont ils donnent, dans leurs ouvrages, des citations nombreuses.

Des sociologues ont suivi la même voie et, en cherchant à créer l’histoire comparée et l’étude. comparée des institutions humaines ont abouti à Ja nécessité de rattacher leur jeune science à la biologie. Certaines de leurs tentatives furent inspirées d’une idée radicalement fausse. Telle est la théorie de Spencer, basée sur l’analogie entre la société et l’organisme et empreinte d’un esprit métaphysique. Son principal défaut c’est de con fondre la division du travail physiologique et la ..

4. Ta. Risor, La psychologie des sentiments, ch vi; Les sentiments moraux et sociaux.

2. M. Guyau, Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction. >

division du travail social, et d’être inspirée autant

par.la préoccupation de trouver coûte que coûte un point d'attache avec la biologie que par des soucis de caractère politique et social, le désir de légitimer l’ordre social existant.

D'autres penseurs ont vu plus juste : ce sont ‘ceux qui cherchent des leçons pour motre vie sociale non plus dans l’existence d’un individu isolé, mais dans les associations animales. Ils ont abouti à formuler, à ce point de vue, contre l’abus. du principe de la sélection naturelle, des critiques très importantes et d’une portée très générale. C’est P. Kropotkine, un auteur que nous. avons déjà eu l’occasion de citer, qui, dans son livre sur l’£ntr'aidet, a le plus complètement synthétisé ce point de vue qu’il rattache aux concep-

tions de certains auteurs russes surtout à celles :

d’un zoologiste, le professeur Kessler.

Partout où les conditions naturelles sont défavorables, dit Kropotkine, le climat par trop inciément, la nourriture par trop rare, où la vie n’arrive que difficilement à triompher des causes de destruction, ce n’est pas la lutte entre individus de la même espèce que l’on observe, mais au contraire l’appui mutuel qui devient un trait important pour le maintien de la vie et l’évolution de l’espèce. L'étude du monde animal montre que la vie sociale est partout:

chez les fourmis, les termites, les abeïlles, même chez les animaux où les sociétés ne sont pas aussi

1. P. Kroporxine, L'Entr'aide, un facteur de l'évolution. Trad. française, 1906,

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, ; ” vf + Der f visibles et aussi permanentes, comme les crabes. Parmi les vertébrés, les oiseaux sont les plus con-

nus à ce point de vue; nous trouvons là des associations d’oiseaux de proie pour la chasse, des associations de hérons pour la pêche, des sociétés de perroquets, des réunions pour la migration en commun@Partout « les plus rusés et les plus ma-

lins sont éliminés en faveur de ceux qui compren-

nent les avantages de la vie sociale et du soutien mutuel » (p. 19). La lutte n’est pas égale entre un être de proie armé de la façon la plus parfaite et d’autres êtres, démunis de tous les avantages que possède celui-ci; mais il peut arriver qu’elle ait un résultat tout autre que celui qui découleraït d’une lutte féroce contre l’existence». Nous ne pouvons nous empêcher de citer à ce propos un petit tableau que Kropotkine nous présente, d’après un ornithologiste russe bien connu, Sievertzoffi. « Prenez, par exemple, nous dit-il, un des innombrables lacs des steppes russes ou sibériennes. Les rivages en sont peuplés de myriades d'oiseaux aquatiques appartenant à une vingtaine au moins d'espèces différentes, vivant tous dans une paix parfaite. tous se protégeant les uns les autres. A plusieurs centaines de mètres da rivage l’air est pleis de goélands et d’hirondelles de mer comme de flocons de neige un jour d'hiver. Des milliers de pluviers et de bécasses courent sur le bord, cher-

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