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très grands espaces sont recouverts par une ou deux g. espèces de plantes, importées d'Europe. De tous les animaux, l’éléphant se reproduit, semble-t-il, le plus lentement; or, Darwin a calculé qu’en ad- É mettant que chaque éléphant puisse donner, dans L sa vie, naissance à six petits, les descendants d’un a seul couple seraient dans sept cent cinquante ans b. au nombre de 19.000.000! Et si tous les autres êtres se reproduisaient au même taux, on voit c@ que serait la population de la terre : aucun pays 4 ne serait capable de la nourrir. 14 Mais la multiplication des êtres est loin d’être aussi facile : leur existence dépend de mille con
ditions, de mille autres êtres vivants. Chacun de 1. Origine des Espèces, trad. Barbier, p. 10 et suiv.
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nous pourrait en trouver des exemples autour
de lui; mais voici quelques-uns de ceux donnés par
Darwin : Dans une lande stérile, on a enclos une
portion du terrain que lon à plantée de pins: d'Écosse; cette plantation a changé du tout au
tout le caractère de la végétation à l’intérieur des
clôtures, si bien qu’on croirait passer d’une région
à une autre. Douze éspèces de plantes, qui n’exis-
tent pas autour, arrivent à prospérer là; pour les
autres, les proportions relatives sont tout à fait différentes. Il en est de même de la vie animale :
on trouve dans l’espace enclos six espèces d’oiseaux qu’on ne voit jamais autour, et comme ces oiseaux sont insectivores, cela influe sur le nombre d’insectes.
Un autre exemple : Certains insectes sont nécessaires pour la fécondation de certaines plantes; ainsi, le trèfle a besoin d’abeilles et le trèfle rouge est spécialement visité par les bourdons. Qu'arr verait-il si les bourdons disparaissaient ou devenaient très rares en Angleterre? Le trèfle rouge dont la reproduction en dépend deviendrait aussi rare ou disparaîtrait. Or, le nombre de bourdons dépend dans une grande mesure du nombre des mulots qui détruisent leurs nids, et le nombre des
mulots dépend de celui des chats. C'est ainsi que
le nombre de chats peut agir sur la quantité du trèfle rouge dans le pays!
Il y a donc partout interdépendance étroite et lutte, lutte non seulement pour l'existence individuelle, mais aussi pour la possibilité de se reproduire. Ce
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qui importe surtout dans cette lutte et ce qui. nn E. met à la sélection naturelle de s'exercer, c’est à pe concurrence entre individus de la même espèce,
qui a pour résultat le triomphe des mieux armés. C’est là que la lutte est la plus acharnée, car les
individus vivent ici dans les mêmes conditions, se
disputent la même nourriture, envahissent le 3 Fe même sol. Et qu'est-ce qui décide de l'issue de __ cette concurrence? De petites différences indivi- É: duelles que présentent les êtres, des caractères D Ni très légers qui peuvent aider leurs porteurs à 4 | l'emporter sur leurs compétiteurs. Supposons (exem- 4 ple cité par Darwin) des loups qui se nourrissent de d différents herbivores dont ils s'emparent des uns par Re | la ruse, des autres par la force, d’autres, enfin, par
Vagilité. Supposons, d’autre part, que parmi ces herbivores, une espèce devienne beaucoup plus “ répandue que Îles autres, que les daims, par exemple, ; se soient particulièrement multipliés ou que le nom- "2 bre des autres herbivores ait diminué dans le pays * pour une raison quelconque. L'existence des loups 4 dépend maintenant de la réussite de leur chasse au daim, l'animal le plus rapide de tous ceux : dont ils peuvent faire leur proie. Dans ces condin. tions, ce sort les lo’1ps les plus rapides et Îes plus agiles qui auront le plus de chances de survivre et É __ de laisser des descendants, auxquels ils transmet- tront leur agilité. r NS Voici un autre exemple, emprunté au règne végétal. Certaines plantes sécrètent une liqueur sucrée, très recherchée par les insectes. Les
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glandes correspondantes peuvent se trouver sur différents organes de la plante . à l’aisselle des sti-
pules, sur la feuille, etc. Supposons que chez une espèce certains individus présentent ces glandes à l’intérieur des fleurs au lieu de les avoir sur la feuille : les insectes qui viendront cueillir le nectar dans l’intérieur de la corolle emporteront avec eux
du pollen et contribueront à la fécondation croisée
de la plante, tandis que les individus chez lesquels
les nectaires auront été situés d’une façon moins
favorable pourront rester stériles. La disposition avantageuse se transmettra à la génération suivante; puis, au sein de cette dernière, les planies dont les nectaires seront plus développés et sécréteront une quantité de liquide plus considérable se trouveront de même favorisées, et ainsi de suite, jusqu’à ce que, à un moment donné, une nouvelle espèce se trouve créée, caractérisée par Îles glandes sécrétrices du nectar dans l’intérieur des fleurs. Mais cela ne veut pas dire que les individus ne présentant pas tel caractère particulier avantageux soient nécessairement condamnés à périr : ils peuvent posséder un autre avantage, une autre arme dans la lutte pour l’existence, qui pourra compenser l’absence de la première. « Prenons, par
exemple, dit Darwin, un quadrupède carnivore et
admettons que le nombre de ces animaux a atteint,
il y a longtemps, le maximum de ce que peut nourrir un pays quel qu'il soit. Si la tendance naturelle de ce quadrupède continue à agir, et que les conditions actuelles du pays qu’il habite ne subissent
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aucune modification, il ne peut réussir à s’accroître
en nombre qu’à condition que ses descendants variables s'emparent de places à présent occupées par d’autres animaux : les uns, par exemple, en devenant capables de se nourrir de nouvelles espèces de proies mortes ou vivantes; les autres en habitant de nouvelles stations, en grimpant aux arbres, en devenant aquatiques; d’autres enfin, peut-être, en devenant moins carnivores. Plus les descendants de notre animal carnivore se modifient sous le rapport des habitudes et de la structure, plus ils peuvent occuper de places dans la nature. » C’est là ce que l’on appelle la diveryence des caractères, et plus l’espèce manifeste cette divergence, c’est-à-dire mieux les individus qui la composent savent s’adapter aux conditions de vie différentes, plus elle a de chances de réussir dans la lutte pour l'existence.
La divergence des caractères, ainsi que l’extinction de certaines espèces, autre facteur très général et très important dans l’histoire des êtres organisés, trouvent l’une et l’autre leur explication dans la sélection naturelle et constituent, dit Darwin, une forte présomption en sa faveur, même malgré l’absence de preuves manifestes.
La sélection naturelle n’est cependant pas aux yeux de Darwin ce qu’elle est devenue plus tard pour ses disciples, les néo-darwiniens : le facteur unique et exclusif de l’évolution. Il reconnaît toute
l'importance de l'influence directe du milieu exté-