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Borraginées (Nægeli); dessins très variés qui existent sur les élytres de certains insectes, mais qui sont si fins que pour les voir il faut se servir d’une loupe et qui pourtant servent à différencier Ces espèces entres elles (Kellogg et Bell); callosités aux jambes de tous les membres de la famille des Équidés, mais au nombre de quatre chez le cheval
et de deux seulement chez l’âne (Conn); l’enrou-
lement de la spire dans les coquilles des mollusques dans un sens ou dans un autre, Caractère également spécifique; coloration de certaines parties cachées du corps des oiseaux, etc. Le dernier exemple a été cité par Romanes, et son témoignage est pour nous d'autant plus précieux qu’il appartient à un des principaux darwiniens, un des premiers en date.
Les partisans extrêmes de la théorie sélectionniste (Wallace et les néo-darwiniens) se placent, pour la défendre, au même point de vue que
Darwin en affirmant que tous les caractères spéci-
fiques sont utiles par quelque côté et que seule notre ignorance de la vie et des mœurs des animaux nous empèche de nous rendre compte de cette utilité. Il est vrai que beaucoup de travaux faits dans cet esprit viennent nous montrer une utilité qui nous échappait de prime abord, mais on peut se méfier à juste titre de l’influence de l’idée préconçue sur ces recherches et de l'explication anthropomorphique que nous sommes toujours poussés, si nous n’y prenons garde, à donner aux phénomènes de la nature environnante.
VA x SX + « |. LA SÉLECTION NATURELLE APRÈS DARWIN O7
C’est ainsi que, pour là coloration des animaux, par exemple, Weismann cherche à démontrer que non seulement la teinte conforme à celle du milieu (animaux blancs des régions polaires, animaux aquatiques transparents, animaux de couleur verte vivant dans l’herbe ou parmi les feuilles, etc.), mais même les détails si variés des dessins des
ailes des papillons ont leur utilité, servant soit à ei
protéger l'animal en le dissimulant, soit en le faisant ressembler à une autre espèce, mieux protégée (mimétisme proprement dit), soit en effrayant ses ennemis. Les taches ocellées sur les ailes, par exemple, sont très fréquentes chez les papillons; quelle est leur raison d’être? Elles peuvent servir d’épouvantail ; c’est le cas des grosses taches bleues et noires sur les ailes postérieures du Smerinthus ocellata, un papillon du soir. Lorsque le papillon est dans l’attitude de repos, ces taches ne sont pas visibles, mais aussitôt qu’on le dérange, il dresse ses quatre ailes, et alors les deux yeux apparaissent soudain sur le fond rouge, épouvantant l’agresseur, auquel, nous dit Weismann, le papillon semble être maintenant la tête d’un animal beaucoup plus grosi. Et il en est ainsi partout : il n’y pas de structure, pas de fonction que Weismann n'arrive à expliquer en supposant telle utilité qui lui apparait comme la plus probable. Or, ces suppositions sont nécessairement faites au point de vue anthropomorphique; un: homme
4, Vorträge tiber Descendenztheorie, 1, p. 18-19.
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aurait peut-être peur de voir surgir tout d’un coup :
la tête d’un gros animal inconnu, mais l’ennemi supposé du papillon éprouverait-il, en raison de sa vie et de sa mentalité, le même sentiment? Les
causes de la peur peuvent être très différentes .
pour lui et pour nous. Pourquoi un oiseau auraitil peur, par exemple, d’un diable avec ses cornes?
Les dangers de cette tendance sautent aux yeux : c’est la conception finaliste réintroduite par contrebande là où précisément le but et le mérite de l’idée darwinienne était de la remplacer par une conception purement causale. Un autre danger, indissolublement lié d’ailleurs aux interpré-\ tations de cette sorte, c’est que, fournissant des explications faciles et donnant une satisfaction factice à notre pensée, elles la dispensent de chercher plus loin.
Mais prenons les caractères vraiment et incontestablement utiles : l'utilité à un degré quelconque suffit-elle pour faire de la présence ou de l'absence de tel ou tel trait d'organisation une question de vie ou de mort? A cette question se rattache une autre critique adressée à la théorie sélectionniste. Comme il s’agit de variations peu considérables, les cas où elles peuvent avoir cette gravité doivent être rares. On a souvent cité l'exemple célèbre du cou de la girafe. Il a été discuté par Darwin lui-même, et nous avons vu qu'il süppose qu'en temps de disette quelques centimètres de plus ou de moins permettant de brouter un peu plus haut les feuilles des arbres
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peuvent effectivement être une question de‘ vie ou de mort, et que, de plus, la longueur un peu plus grande du cou a pour l’animal d’autres avantages qui peuvent être sensibles même lorsque les différences sont peu importantes. À cela Nægeli objecte que l’accroissement en longueur au cours d’une génération ne peut guère être suffisant pour constituer un avantage et que, d’ailleurs, cet avantage serait-il réel, il n’est pas exact que les animaux qui en sont dépourvus devraient nécessairement mourir en temps de disette : il est plus probable qu’ils s’affaibliront simplement.
Il s’agit là d’une partie du corps qui s’accroit. Il doit en être de même des organes qui disparaissent : à moins d’invoquer l’hérédité des conséquences du non-usage et si on veut tirer une explication de la seule sélection, il faut que la diminution de ces organes ait, à chacun de ses degrés, une utilité décisive. La réduction du fémur de la baleine est un autre exemple devenu célèbre. Il est cité par Spencer dans sa polémique contre Weismann au sujet de l'importance relative de la élection naturelle et de l’hérédité des caractères acquis comme facteurs de l’évolution (nous verrons cette polémique plus loin, avec plus de détails). Chez les différentes espèces de la baleine qui vivent actuellement, les membres postérieurs manquent, comme on le sait; mais il en reste des traces sous forme de certains os (os du bassin, chez les unes, fémur chez les autres) qui subsis-
tent, cachés sous la peau. Leur poids ne dépasse %
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