CHAPITRE I
L'idée de l’évolution avant Darwin.
Les débuts de l'idée évolutionniste. — Le réveil des sciences naturelles aux xvu® et xviue siècles. — Linné, Cuvier, Buffon. — Les premiers transformistes : Gœthe, Erasme Darwin. — Lamarck, fondateur de la doctrine transformiste. Etienne Geoffroy Saint-Hilaire; ses débats avec Cuvier. Les philosophes de la nature : Oken. — Période d'arrêt dans les idées. — Le transformisme moderne. Lyell; les déccuvertes géologiques et paléontologiques. H. Spencer. La publication du livre de Ch. Darwin.
C'est à la fin du xvi* et au commencement du xx° siècle seulement que la pensée évolution-
niste a commencé à poindre dans les sciences
naturelles. Avant cette époque il n’y a presque rien à relever, si nous voulons nous en tenir à ce point de vue spécial et ne pas faire l’histoire de l’étude de la nature en général. On pourrait, il est vrai, en remontant aux philosophes grecs, constater chez quelques grands esprits des lueurs de
l'idée transformiste; mais les siècles suivants n’ont pas fait germer cette semence, et entre la
pensée des anciens et celle qui, tant de siècles
L ; à bé 10 LES THÉORIES DE L’ÉVOLUTION
plus tard, a repris l’étude des mêmes problèmes, on ne peut guère constater de filiation directe.
On peut faire dater le réveil des sciences naturelles du xvu* siècle; nous avons entre autres à cette époque l'invention du microscope et la découverte de la circulation. — Le xvim: siècle a vu se développer l'étude de l’embryologie, en même temps que des travaux sur des sujets spéciaux; les descriptions de faits particuliers de tout genre devenaient de plus en plus nombreux. Le moment était venu de mettre un certain ordre dans cette accumulation de descriptions.
Ce fut l’œuvre de Linné qui, par sa classification, artificielle il est vrai, mais méthodique et commode, rendit un service que tous les naturalistes jusqu'à nos jours s'accordent à reconnaitre. Il délimita les espèces, les groupa en genres et attribua à chaque espèce deux noms, dont le premier désigne le genre à laquelle elle appartient et le second est propre à l’espèce. Les doubles noms latins employés encore aujourd’hui pour les espèces en zoologie et en botanique procèdent de là. La notion d'espèce prenait ainsi une importance considérable, d'accord avec la conception générale de l’époque que Linné a formulée dans ces termes : il y a autant d'espèces diverses qu’il y eut de formes distinctes créées dès le début par l’Etre Infini. L'espèce était ainsi délimitée par l’acte même de la création; elle ne pouyait donc que rester à jamais fixe et immuable. D’ailleurs, la conception de l’origine des êtres vivants était, chez Lirné,