L'IDÉE DE L'ÉVOLUTION AVANT DARWIN
exactement ce qu’elle est dans la Bible ; et s’il a apporté un certain appoint à l'apparition des idées - transformistes à venir, c’était bien incidemment,
en assignant, dans sa classification, à l'homme une place non seulement parmi les autres animaux, mais même dans un genre qui comprenait, avec . Jui, les singes antkropomorphes, l’hommo n'étant
- qu'une des espèces de ce genre.
L'idée de la fixité de l'espèce prit une importance plus grande encore avec Cuvier : elle fut érigée par lui en principe indispensable et devint le pivot de toutes les connaissances de l’époque. Les services rendus à la science par Cuvier sont bien connus. En groupant les espèces de Linné en catégories ou types caractérisés chacun par l’unité de plan d’organisation, il jeta les bases de l'anatomie comparée; 1l fonda la paléontologie des vertébrés et montra, par l’étude des faunes distinctes dans les couches géologiques successives, que ces faunes diffèrent d'autant plus de celles de notre temps qu’elles appartiennent à un niveau plus inférieur. Mais ces grandes découvertes reçurent, chez Cuvier, une interprétation erronée qui aiguilla les recherches dans une direction fausse. La disparition totale de chacune des faunes successives était attribuée par lui à des catastrophes subites; depuis la plus haute antiquité, d’ailleurs, toute l’humanité, influencée peut-être par le spectacle des inondations, trem-
blements de terre, etc., avait.cru à ces catastrophes . générales dans l’histoire de la terre. Ces révolutions . du globe, comme les a appelées Cuvier, catastro-
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ee LES THÉORIES DE L'ÉVOLUTION | à phes géologiques d'un caractère très violent et ne 4 À embrassant des régions considérables, . étaient la . À cause de l’anéantissement des faunes et de leur 14 À de remplacement par d’autres, venues d’ailleurs par
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migration, disait-il, créées à nouveau sur place, disaient certains de ses élèves. LA SR Les grands services rendus par Cuvier à la science ont fait pendant de longues années une loi de ses à opinions, et cette grande autorité dont il jouissait 4 a réussi pendant longtemps à empêcher les progrèe 4 de la pensée transformiste. Il lui opposait des faits, toutes les connaissances exactes de son temps, É: toute son autorité de savant reconnu, et elle, l’idée
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LS nouvelle qui venait à peine d’éclore, que pouvait % elle lui répondre ? Des étincelles éclatantes d’unë #4 : grande idée surgie dans des esprits venus trop : “3 |
tôt, des hypothèses géniales que les hommes dd
ÿ savoir positif traitaient avec dédain? C'était trop 1 à peu pour la victoire. 54 # Les notions transformistes commencèrent à se : faire jour dès le xvin* siècle. Nous en trouvons 2 des germes déjà chez Buffon, contemporain de on ve Linné. L'étude des différentes faunes lui a suggéré 4 l’idée de leur variation sous l'influence des condi- ù 2 tons climatériques et géographiques; en même % temps, la comparaison des différents organismes entre eux au point de vue de leur constitution l’amenait à conclure à l’existence d’une sortede plan général commun à tout le règne animal, sans 53 en excepter l’homme. — Gœthe fit un pas bien . plus décisif dans cette voie. Dans son travail sur
# es L'PEHE EUR des plantes, paru en 1790, il exprime cette idee éminemment transformiste, qu'il faut, dans l'étude des organes, les comparer entre eux, trouver ce qui leur est commun, leur forme originelle, et envisager ensuite toutes les formes observées comme résultats de ces modifications, de ces « métamorphoses ». Ainsi, tous les organes de la plante proviennent de la métamor-
phose d’un seul — de ja feuille. En zoologie, il
appliqua cette conception en créant, en mêmetemps
qu'Oken, et indépendamment de lui, la théorie vertébrale du crâne : il considérait la boîte cranienne comme une continuation de la colonne vertébrale, composée aussi de vertèbres, mais de vertèbres ayant subi des modifications particulières. Cette idée de l’origine de tous les organes aux dépens d’autres, modifiés, était, en somme, la même que celle de l’origine de toutes les espèces les unes des autres. C’est ainsi que la comprit Gœthe, et il indiqua même que cette transformation devait avoir pour raison l'influence du milieu. « Toutes les parties, dit-il, se modèlent d’après les lois éternelles,
et toute forme, füt-elle extraordinaire, recèle en
soi le type primitif. La structure de l’animal détermine ses habitudes, et le genre de vie, à son tour, réagit puissamment sur toutes les formes. Par là se révèle la régularité du progrès, qui tend au changement sous la pression du milieu extérieur »i. Quelques années après la publication des Méta-