CHAPITRE X
La Sélection germinale. — Critique | de la théorie weismannienne.
Théorie destinée à fournir un appui à la sélection naturelle. — La lutte des parties (W. Roux); la lutte des déterminants. — Avantages de la nouvelle hypothèse. — L'idée de 1£ sélection appliquée à tous les degrés. — Critique de la sélection germinale. — Critique du système de Weismann dans son ensemble : la théorie du plasma germinetif, ls. représentation des caractères, la migration des biophores. 1
La dernière en date des théories de Weïsmann
naturelle. Elle a pour but, comme dit Weismann lui-même, de réhabiliter la sélection naturelle, d’écarter les nuages que les nombreuses critiques semblent amasser sur sa tête. A ce titre, cette théorie aurait dû être examinée avec les autres arguments concernant la sélection naturelle, mais nous avons été obligés de la reporter ici, parce qu’elle est basée sur la théorie des déterminants et ne peut être comprise en dehors d’elle.
Les critiques de la sélection naturelle ont raison, . avoue Weismann, sur beaucoup de points : les variations se suivant dans un certain sens déter- \
miné, le développement des organes complexes à
des variations utiles au moment nécessaire, l’ac-
cette lutte, dit-il, a lieu non seulement entre or-
PEN PROUT Ces tps 4 0 La
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nombreuses parties corrélatives, la présence même
croissement ou la régression des organes (même en tenant compte de la panmixie), sont autant de difficultés que la sélection naturelle seule est impuissante à résoudre sans l’aide d’un autre facteur. Ce facteur, il le trouve dans la sélection germinale qui le dispense, ainsi qu’il le reconnait lui-même, de la nécessité de se jeter dans le lamarckisme, ce qui n’eût pas manqué d'arriver si une nouvelle théorie n’était venue à temps étayer l’ancienne.
L'idée de la sélection germinale repose sur celle de la lutte entre les parties de l'organisme, introduite par W. Roux. Weismann étend l’idée de Roux:
ganes, tissus et cellules, mais aussi entre unités vitales invisibles, non seulement dans les cellules somatiques, mais aussi dans les cellules germinales. Ainsi, lorsque les déterminants se reproduisent par division, les descendants d'un même déterminant ne sont jamais tout à fait identiques comme grosseur et force d’assimilation, car il se produit entre eux, de même qu'entre cellules, tissus et organes, des différences dues à l’apport
de nourriture. Or, la nutrition n’est pas un acte
purement passif : un élément non seulement assimile la nourriture, mais l’attire à lu:, et cela d'autant plus puissamment qu’il est plus fort et doué d'une faculté assimilatrice plus grände,
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Dans le germe, les déterminants plus forts atti= reront donc davantage la nourriture et en devien- M dront plus forts encore. D’autres, plus faibles, en À seront privés, se développeront plus lentement et laisseront des descendants moins vigoureux. Il en résultera qu’à la deuxième génération les parties del’organisme qui étaient représentées dans : Pœuf par des déterminants plus forts seront plus développées. Et comme la cellule germinative de la deuxième génération recevra le plasma germinatif du parent, avec toutes ses inégalités, la lutte entre déterminants reprendra en elle à partir d’un niveau plus élevé (pour les déterminants plus forts), et à la génération suivante les caractères correspondants seront plus développés encore. Ainsi s'explique l'accumulation des caractères (simplement sous-entendue dans la théorie darwinienne) et le fait qu’il semble y avoir des directions déterminées de développement où certaines modifications s'accumulent à l'exclusion des autres. Ces variations ne sont cependant pas prédestinées dans le sens de celles de Nægeli, mais simplement provoquées et conduites par les conditions extérieures. | Lorsque certains organes ou parties sont favorisés par la sélection naturelle, les déterminants correspondants se nourrissent mieux et laissent des descendants plus forts. Le degré d'utilité déter- . mine lui-même la direction de la variation, et 4 cest là la raison pour laquelle nous voyons que # les variations utiles sont toujours présentes : eiles u
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s’accentuent d’elles-mèmes. La seule chose qui reste obscure, continue Weismann, c’est l’utilité des premiers stades, des commencements : la théorie exige que ces stades aussi soient utiles, car sans cela la sélection naturelle ne peut pas entrer en jeu et rien n’assurera la première victoire des déterminants utiles. Ne pouvant juger de Vutilité, nous avons autant de raisons de l’admettre que de la nier; il nous est donc loisible de ladmettre, d'autant plus qu’elle nous permet de comprendre l’origine de l’adaptation. Weismann revient ainsi à son idée favorite de la conformité au but qui, grâce à la survivance des seuls bien adaptés, règne partout dans la nature, depuis les premiers commencements de la vie.
La lutte entre déterminants explique aussi, dit Weismann, les adaptations complexes portant sur des parties différentes coopérant au même travail (nerfs et muscles, œil et centres visuels, coloration protectrice et instincts correspondants), adaptations que les lamarckiens ont opposées à la sélection naturelle. Celle-ci est, en effet, impuissante à les expliquer, mais la sélection germinale nous fait comprendre {?] que les déterminants en marche ascendante correspondent à ioutes les parties qui, chez les individus favorisés, contribuent à assurer le fonctionnement d’un organe.
Il en est de mème de la dégénérescence des organes inutiles : la panmixie en explique bien les oremiers stades (les individus chez lesquels ils sont plus développés étant préservés au même titrs
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