‹ Les théories de l'évolutionChapitre 73 sur 162 · DO UE CURE, CU · texte numérisé non relu

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la plus forte qui se multiplieront le plus. La lutte se poursuit de même entre tissus et

entre organes, avec cette différence qu'ici certaines

limites lui sont tracées par les exigences de l’orgapisme : une prédominance trop forte de certains tissus ou de certains organes pourrait lui être nuisible et le faire éliminer par la sélection naturelle. La lutte ne se poursuit donc que dans la mesure où elle contribue à l’utilisation économique de la nourriture et de l’espace.

Au moment où la différenciation des cellules s'établit, un autre facteur de l’ontogénèse intervient: l'excitation fonctionnelle. Elle est, d’ailleurs, indis-

solublement liée à la différenciation cellulaire ellemême, car lorsqu'une excitation donnée a favorisé

dans la cellule lassimilation d’une substance quelconque aux dépens des autres et que toutes les autres sont peu à peu éliminées, la cellule se trouve n’être adaptée qu’à ce genre spécial d’excitation. Sa réponse à cette excitation constitue dorénavant sa fonction propre, et lexcitation elle-même lui

‘est nécessaire pour vivre. Le fonctionnement

de la cellule, du tissu, de l’organe devient ainsi la cause qui détermine leur degré de développement et leur forme. Pour la forme anatomique des organes, c’est là un fait très connu; mais cela est vrai aussi pour leur structure histologique. Roux a développé un exemple devenu classique depuis : la structure de la substance spongieuse de l'os. On a

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La sélection naturelle n’a pas pu produire cette disposition, incontestablement utile. En effet, si au début, lorsque les trabécules osseux étaient dispo-

sés dans toutes les directions, certains d’entre eux avaient pris une orientation utile, cette variation

légère aurait été insuffisante pour donner prise à la sélection ; si nous supposons, au contraire, que la variation a porté sur un grand nombre de trabécules à la fois, outre que ce ne serait plus là de la variation fluctuante ordinaire, il aurait fallu que ce grand nombre fût la grande majorité pour que l’utilité se fit sentir; or, dans ce cas, on ne s’explique pas pourquoi la transformation ne se serait pas

arrêtée là au lieu d'aboutir à l’orientation analogue

de tous les trabécules, ce qui est superflu. La sélection naturelle ne peut pas produire le développement d’une structure utile au delà du nécessaire; l’excitation fonctionnelle peut seule le faire. L’excitation fonctionnelle de l'os, c’est l’action mécanique qu’il supporte en résistant aux efforts qui, dans les différents mouvements, tendent à détruire sa rigidité. C’est dans la direction de cet effort que l’excitation est la plus énergique; c’est, par conséquent, dans les trabécules orientés dans ce sens que la nutrition se fait le plus activement. Ce sont donc eux qui se développent le plus, tandis que ceux orientés différemment dépérissent et s’atrophient. La cavité intérieure des os creux est

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atteintes par l'excitation fonctionnelle pour se

conserver.

De nombreuses observations servent à Roux pour appuyer cette manière de voir. On a vu que dans les fractures imparfaitement réparées, où les deux portions sont jointes par un segment qui n’est pas dans leur prolongement direct, les trabécules prennent une direction particulière qui est précisément celle du plus grand effort, Un autre phénomène, plus frappant encore, se produit dans es fractures mal consolidées : sous l'influence des mouvements des deux fragments, il se forme entre eux une pseudarthrose, c’est-à-dire une articulation avec du cartilage et des ligaments, en un endroit où cette formation n’a pas pu être prévue par l’hérédité.

On a cité, après Roux, d’autres cas où le cartilage disparaît là où le frottement cesse et apparaît là où il s'établit. On a vu aussi un os, appelé à résister à des efforts plus grands que normalement prendre, par suite de l'excitation fonctionnelle, un

développement beaucoup plus considérable. Un

garçon de sept ans avait presque complètement perdu, à la suite d’une ostéomyélite, la partie médiane de son tibia dont il ne restait plus qu’une sorte d’aiguille de quelques centimètres de longueur formant un prolongement de lapophyse supé-

rieure; Poirier essaya de remplacer le tibia par le . 1 péroné, en pratiquant une section de ce dernier et

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ni manquant. Quinze mois après, le péroné a triplé

de volume et est arrivé à remplacer parfaitement

le tibia!. Dans un autre cas, un phénomène analogue s’est présenté chez un homme adulte, d’une façon naturelle : à la suite d’une maladie dontle tibia avait été atteint dans l’enfance, il s’était produit une séparation entre la tête de cet os etsadiaphyse, la tête étant allée se souder au péroné. Ce dernier a grossi, et, à l’âge où le malade a été examiné (cinquante-cinq ans), les deux os avaient les mêmes dimensions?.

Cope cite deux exemples analogues (l'un chez : lhomme, l’autre chez le cheval) de luxation de cubitus. Le frottement a éliminé le tissu osseux au point de contact, puis une surface articulaire s’est produite $.

il en est, d’ailleurs, de même de toutes les autres parties de l’organisme : les organes passifs règlent leur forme et leur structure d’après la direction du plus grand effort qu’ils ont à supporter; les organes actifs (les muscles, par exemple) se développent en raison directe de l'intensité de leur fonctionnement. |

Ainsi, beaucoup de structures, que d’autres théo-

1. Porter. Rapport au 10° Congrès de Chirurgie (1896) sur le Remplacement d'une diaphyse tibiale détruite par l'ostéo- . myélite par la diaphyse péronière.

2. Communiqué par S. Leduc au directeur de l'Année Biologique et exposée dans le volume II de ce recueil. {

3. Proceed. of the Amer. Philos. Soc., 1892, cité dans son ouvrage fondamental : Primary factors of Organic evolution.

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