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CHAPITRE XII

La lol de Galton et les lois de Mendel.

Un autre point de vue dans l'étude de l’hérédité.— Les études statistiques de Galton: la Loi de l'hérédiié ancestrale. — Les travaux de Mendel. — L'étude des hybrides; la Loi de La dominance et la loi de La disjonction des caractères. — Exemples de l'application de ces lois. — Conséquences théoriques des résultats mendeliens.

Dans toutes les théories de l’hérédité que nous avons envisagées jusqu’à présent, la question à résoudre était celle du processus physiologique par lequel un organisme en voie de développement devient semblable à ceux qui lui ont donné naissance. Mais on peut aussi poser la question autrement : ne pas s'occuper des phénomènes intimes qui se passent dans l’œuf fécondé et dans les différents tissus, mais, prenant la ressemblance qui en est le résultat comme un fait acquis, étudier cette res semblance même, ses différents degrés et ses variations dans les séries des générations. C’est dans cette voie qu’ont été faites les recherches et formulées les lois que nous allons exposer maintenant.

paru en 1869, et Natural Inheritance, qui date de «

Ici encore, il faut établir une ATEN division, ‘4 car l'emploi de méthodes différentes a amené des.

conclusions très dissemblables et même contradictoires. F

Il y a d’abord l’étude des manifestations de Vhérédité par les méthodes statistiques, pour déduire à de l’observation des faits, pris en grand nombre, « certaines lois générales. C’est à Francis Galton qu’on doit l’idée d’avoir appliqué cette méthode : aux questions biologiques, spécialement aux phé-. nomènes de variation ; il a jeté les bases d’une nouvelle science, la « biométrique », dans ses deux célèbres ouvrages sur l’hérédité, Zereditary Genius,

1889. Il a été suivi par de nombreux savants, tels \ que son continuateur immédiat K. Pearson,| et par Weldon, Bateson, Darbishire et bien d’autres encore, dont les tendances sont exprimées par une : revue spéciale, la Biometrika. È

La première grande généralisation que Galton ait déduite de ses vastes études statistiques (il a étudié des documents concernant 150 familles, et rela- ” tifs aux caractères les plus différents, physiques et psychiques) est celle-ci. Lorsqu'on considère : les variations d’un caractère ou d’une faculté, il. semble qu’il y ait, pour chaque génération, une. moyenne constante et que les écarts se compensent réciproquement. Ainsi, par exemple, si le. père dépasse de beaucoup la moyenne, en plus ou. en moins, le fils aura une tendance à varier en. sens contraire. On a scuvent observé que les.

enfants des grands hommes sont médiocrement doués et qu’au contraire, les hommes très remarquables ont des parents au-dessous de la moyenne. Plus un parent est doué, moins il a des chances de donner naissance à un fils qui le sera autant que

lui, et, à plus forte raison, davantage. L’hérédité

du talent, des qualités supérieures n’est ainsi rien moins qu’assurée, mais il en est de mêm, en revanche, des différentes tares individuelles. Un caractère saillant, quel qu'il soit, ne se transmet jamais en entier, mais se trouve toujours atténué dans la génération suivante. C’est le retour à la moyenne, qui tient en partie à ce que cette moyenne représente l’état d'équilibre le plus stable, en partie à ce qu'on n’hérite pas de ses seuls parents, mais aussi de ses grands-parents, de ses ancêtres, etc. Cela nous amène à la seconde grande généralisation de Galton, connue sous le nom de Loi de l'hérédité ancestrale.

L'idée de l’hérédité ancestrale de Galton renferme, outre la constatation implicite de la continuité du. plasma germinatif, un calcul de la contribution de chaque génération à la constitution d’un être donné. L'héritage d’un ancêtre rapproché se fait sentir dans cette constitution plus que celle d'un ancêtre éloigné. Galton détermine ainsi ces parts relatives : les deux parents ensemble déterminentun caractère hérité pour une moitié ou chacun pour un quart ; les quatre grands-parents contribuent ensemble pour un quart, chacun pour un seizième, etc., " somme de toutes ces fractions

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donnant l'unité, le caractère de l'individu envisagé.

Cette loi de l'hérédité ancestrale (que ce soit \ avec les proportions proposées par Galton ou sous « ure autre forme plus ou moins modifiée, telle qu’elle apparaît chez d’autres biométriciens) nous montre tout ce qu’il y a d’inévitable dans l’atténuation des effets de l’hérédité et la disparition graduelle des variations abandonnées à leur propre sort. Elle constitue, envisagée ainsi, un des arguments contre la fixation définitive des variations fortuites, nées en dehors de l'influence directe du milieu ambiant. Et elle a, comme nous l’avons vu, joué ce rôle dans la polémique soulevée autour de la sélection naturelle, fournissant des armes contre ses partisans exclusifs. Actuellement, la redécouverte des travaux de Mendel, dont nous allons parler plus loin, semble saper la croyance à l’exactitude de la loi de Galton, au moins comme loi universelle, et le départ n’est pas encore fait entre les cas où elle est toujours considérée comme seule applicable et ce qu’on a appelé les « cas mendeliens ». D'une façon générale, il semble que la loi de Galton s'applique plutôt à la reproduction au sein d’une même race ou variété, tandis que les lois de Mendel, qui ont eu pour point de départ des expériences de croisement, visent surtout les caractères des hybrides. (À

Les travaux de Mendel sont déjà anciens. Gré- » goire Mendel était un moine qui, pendant des : années, s’est livré, dans le jardin du cloître de Brünn, à des expériences de croisement sur des plan- :

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tes. C’est en 1866 qu’il publia, dans un recgeil peu connu que faisait paraitre la Société d’histoire naturelle de Brünn, les résultats de ses expériences, mais is restèrent sans aucun écho et furent redécouverts en 1900 par les botanistes Correns, de Vries et Tschermak.

En croisant de différentes façons 22 variétés ou sous-espèces de pois (Pisum sativum), Mendel suivait certains caractères, tels que la forme et la couleur des graines, celle des gousses, la taille de la plante, etc., à travers les générations successives, en étudiant chaque fois un seul caractère, à l’exclu sion des autres.

Ainsi, en envisageant uniquement la couleur des graines, il croise la variété à pois jaunes avec celle à pois verts, et il constate que les descendants montrent uniquement le caractère de l’un des parents, sans mélange aucun : ils ont tous des pois jaunes. Il donne au caractère qui apparaît chez eux le nom de caractère dominant et au caractère qui semble ne pas s’hériter celui de caractère récessif. La constatation de ces faits fournit la première loi de Mendel, la loi de la dominance.

Voyons maintenant ce qui se produit dans la génération suivante. On croise entre eux ces hybrides qui ressemblent tous à un des parents (qui ont tous, par exemple, des pois jaunes) et on constate que, parmi leurs descendanis, les uns sont à pois jaunes, les autres à pois verts, dans la proportion, en moyenne, de trois individus portant le caractère dominant contre un à caractère

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récess#. La disparition du caractère « graines vertes » n’était donc qu’apparente dans la première génération d’hybrides, puisque ce caractère réapparaît dans la deuxième, à laquelle chacune des deux variétés initiales semble avoir transmis son Aéritage séparément. C’est la disjonction des caractères que constate la seconde loï de Mendel.

La descendance de cette deuxième génération fournit des résultats curieux et permet certaines Ÿ prédictions en ce qui concerne le nombre d’individus de chaque catégorie. Voici ce que l’on 7 observe. Les individus « récessifs » (on les appelle vs ainsi par abréviation), les individus à pois verts, > par exemple, donnent, en se reproduisant entre : eux, des « récessifs » pendant un nombre indéfini à de générations ; les « dominants », lorsqu'ils se

reproduisent entre eux, donnent des descendants : À de deux sortes ; un tiers de ceux qu’on a appelé Cr « dominants purs », parce que, en se reproduisant x entre eux, ils donnent indéfiniment des individus 8 identiques à eux, et deux tiers de « dominants », tels que leur reproduction fournit de nouveau un mélange de « dominants » et de « récessifs » dans

: la proportion de trois à un. Ceux-ci Se comportent À comme ceux de la deuxième génération, et ainsi A de suite. Le schéma suivant aidera peut-être à mieux

| comprendre cette répétition de résultats identiques. F 100 A la base, D et FR représentent les premiers parents,

3 individus appartenant aux deux variétés qu’on ; croise. D est l'individu exclusivement pourvu du 4 caractère dominant; R, celui pourvu de caractère

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‘4 ‘récessif; Dr, celui à caractère dominant pronou2# et à caractère récessif à l’état latent.

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Les expériences de Mendel furent reprises et ses résultats contrôlés par un grand nombre de botanistes et de zoologistes. Correns, expérimentant sur le poiset le maïs surtout, Tschermak, de Vries, Bateson et ses collaborateurs, sur des objets diffé rents; Darbishire et Cuénot, sur les souris; Hurst, sur les lapins ; Toyama, sur les vers à soie; Davenport, sur les poules, etc., constatèrent que les lois de Mendel se justifiaient, approximativement au moins, dans la plupart des cas étudiés. Certains exemples sont frappants par l'exactitude avec

laquelle les prévisions découlant de ces lois se réa-

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