DD D(R
Fig. 4. — Résultais du croisement chez YOrtie (d'après J.-A. Taowsox : Heredity).
Pt, feuilles des deux parents : D, Urtica pilulifera; R, Urtica dodartit. h Fi, feuille de l'hybride provenant de leur croisement; F? et F3, feuiies de la 2* et 3° générations d'hybrides. D, parent à caractère dominant,
R, parent à caractère récessif, D (R), individus à caractère dominant prononcé et caractère récessif latent; DD, dominants purs; RR, récessifs purs.
lement deviennent actifs. La présence des représentants de l’autre dans les cellules germinales de l’hybride ne se révèle que dans la descendance de ce dernier. L’hybride produit deux sortes de cellules germinales, en nombre égal, représentant
en puissance les deux caractères « antagonistes ».
C'est ainsi que s’exrlique la « disjonction des caractères ». À cette idée ancienne de Mendel, Correns a proposé de substituer une autre : la disjonction aurait sa source daus la division réduc-
trice lors de la maturation. Mais quelle que soit sa
cause, l’existence même de cette disjonction cadre parfaitement avec les théories actuelles des par-
ticules représentatives; elle constitue un argument
en faveur de la conception weismannienne du développement et de l’hérédité.
La seconde conséquence des lois de Mendel concerne la question de la sélection naturelle, spécialement l’argument anti-sélectionniste basé sur la disparition nécessaire des effets de la sélection naturelle dans la série des générations, surtout dans les cas de croisement. Les observations de Mendel et de ses continuateurs prouvent, en effet, que les caractères peuvent se perpétuer tels quels, sans s’atténuer; l’argument, qui s’appuyait surtout sur la loi de Galton, tombe par conséquent. Telle est la conclusion qu’en tirent les néo-darwiniens, dont ce second point favorise également la thèse.
Le troisième point, le fait que les nouveaux caractères apparaissent brusquement et non par accumulation de petites variations darwiniennes, ! constitue un argument en faveur de la variation
| discontinue et fournit un appui à la théorie de la mutation de de Vries, dont nous aurons à nous occuper plus loin.
Voyons maintenant comment envisagent la
‘portée de ces lois les représentants de la tendance opposée, de la tendance lamarckienne. Dans son livre récent, La crise du transformisme, le plus décidé des lamarckiens français, Le Dantec, examine longuement la théorie de la mutation et consacre un chapitre aux faits de l’hérédité mendelienne. Son idée essentielle, c’est que l& continuité de l’évolution est le point central de tout le transfor- . Phenom , 4 misme ; l’auteur est en même temps un adversaire
résolu de laconception des particulesreprésentatives
et du langage weismannien. Or, il s’agit ici de variation essentiellement discontinue et des caractères qui semblent bien se comporter comme des entités. Voici, dans ces conditions, comment Le Dantec interprète les faits.
Il y a, dit-il, chez les êtres, deux sortes de caractères : les « caractères de mécanisme », caractères essentiels, adaptatifs, nécessaires à la vie; ils sont les produits de la seule évolution lente et ne montrent rien qui autorise l’usage du langage weismannien; d'autre part, des « caractères d’ornementation », des particularités de forme qui peuvent être soumises à des lois différentes. Ce sont des caractères sans importance pour l’évolution de . lPespèce. Or, tous les caractères « mendeliens » sont de ce nombre, et les cas « mendeliens », loin d'être une règle générale, sont une exception.
Dans ces cas exceptionnels, les caractères sont bien réellement représentés par quelque chose et il y a bien réellement discontinuité. Mais « cette nouvelle cause de discontinuité se réduit à la présence
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182 LES THÉORIES DE L’'ÉVOLUTION e
“ou à l'absence d’un microbe symbiotique détermi-
nant des caractères qui équivalent à des diathèses »1. Les « particules représentatives » ne sont autre chose que des êtres indépendants, des
microbes, qui manquent dans les cas ordinaires,
lorsqu'il s’agit de caractères de mécanisme, maïs qui viennent se surajouter à l'œuf dans d’autres cas, créant par leur présence des caractères d’ornementation, des caractères descriptifs. Décrire les choses ainsi, c’est, dit Le Dantec, substituer simplement le langage de Pasteur à celui de Weismann, sans rien altérer de la nature des faits, car la définition de la particule représentative et les propriétés qu’on lui attribue sont identiques à celles du microbe. La seule différence, c’est que, au lieu d’être parasitaires comme les microbes, les particules représentatives vivent avec l’organisme en une espèce de symbiose. Mais les caractères provoqués par elles n’ont aucun intérêt pour la formation des espèces.
Voici comment Le Dantec interprète, en employant le langage adopté par lui, les faits de l’hérédité mendelienne. On croise deux individus de ia même espèce, mais de variétés différentes, se distinguant entre elles en ce que l’une est caractérisée par la diathèse a, l’autre par la dia-
thèse b. L'œuf qui donnera naissance à l’hybride
est composé de : 1° l’œuf proprement dit de l’espèce considérée, et deux microbes, l’un déter-
4, La crisc du transformisme, p. 214.
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SKA je (diathèse a, l’autre débris la dia- 4:
thèse 6. L'individu qui sortira de cet œuf sera donc
de la même espèce que ses parents, mais muni en
outre des deux diathèses; ce sera un hybride de diathèse, un hybride Abd: Dans certains cas, les deux diathèses existeront côte à côte; dans d’autres (cas surtout étudiés par les mendeliens),
une seule arrivera à se manifester, de même que cela se passe dans les cas d’antagonismes miCro-
biens.
La discontinuité dans l’évolution tiendrait toujours ainsi à la présence ou à l’absence d’un
microbe symbiotique, déterminant tel ou tel caractère-diathèse. C’est ainsi qu’on pourrait, continue l'auteur, expliquer la mutation : le changement
morphologique brusque peut s’interpréter comme l'apparition d’une diathèse causée par un microbe
symbiotique introduit fortuitement. « Si ces microbes existent dans les pays où poussent les plantes mutantes, s’ils sont surtout parasites externes de ces plantes, on conçoit facilement qu’un traumatisme ou une fécondation par un tube pollinique ayant traversé un stigmate pollué, détermine l’inoculation, dans les bourgeons ou dans l’œuf, de
ce nouveau facteur d’action1. » Il faut toutefois faire remarquer que Le Dantec ne propose pas
cette hypothèse comme une véritable explication de la mutation dont il cherche les causes ailleurs : ë il ne l’émet qu’à titre d'exemple,