Inadequacy of natural selection, p
d'eutaét de vite qu’ils ont existé depuis moins
longtemps. C’est pourquoi un caractère dont l’acquisition a duré de longues générations s’hérite plus facilement qu'un caractère récent, lequel e en outre disparaît plus vite.
Spencer cite ensuite un certain nombre de faits
qui ne peuvent être expliqués ni par la sélection
naturelle ni par la panmixie, et où l’hérédité des caractères acquis a seule pu agir. Aïnsi, prenons l’origine des nombreuses papilles de la langue. Elles se sont multipliées non parce qu’elles sont utiles Ou nécessaires à la vie, mais parce
que cet organe, pendant l'alimentation et dans
l'usage de la parole, vient constamment en contact avec les différents points de la paroi buccale. Toute la distribution de la sensibilité tactile sur la surface du corps montre que les corpuscules du tact sont le plus nombreux non pas là où ils pourraient être le plus utiles (car ils seraient alors plus nombreux sur la face dorsale du corps, où ils pourraient mieux avertir du danger que sur la
face ventrale), mais là où le corps vient le plus |
fréquemment en rapport avec les objets extérieurs. D'ailleurs, on sait à quel point le sens du tact se développe par l’usage chez les aveugles, les compositeurs typographes, etc. Un autre exemple : la réduction du petit orteil chez l’homme est une propriété acquise et devenue héréditaire ; elle est due à l'habitude de la marche bipède qui, pour maintenir le corps en équilibre, développe exclusivement le
côté interne du pied. A cela Weismann fait cette ob-
204 LES THÉORIES DE L'ÉVOLUTION Mat
jection que la sensibilité de la langue, si elle n’est pas
utile chez l’homme, a pu l’être chez ses ancêtres et avoir ainsi donné prise à la sélection; Spencer lui répond que c’est bien là que la panmixie, si active ailleurs, aurait dû agir et ne pas laisser cette sensibilité subsister chez l’homme. Pour la réduction du petit orteil, Weismann répond à l’hypothèse de Spencer par une autre hypothèse : cette réduction, dit-il, est une variation innée et non acquise.
La réaction des organismes au milieu, est, pour Weismann, dans une certaine mesure, prédéterminée longtemps à l’avance, car, dans la lutte entre les déterminants, la sélection germinale a laissé subsister ceux d’entre eux qui étaient pourvus d’une sensibilité plus grande à leur excitant spécifique, et c’est cette sensibilité qui détermine les réactions ultérieures de l’organisme. Ce ne sont pas les changements somatiques survenus à la suite de l’accomplissement d’une certaine fonction qui sont primaires : Ce SOnt, au COntraire, les modifications du plasma germinatif qui précèdent les changements somatiques. Le changement de la forme, résultat de la lutte entre partics, entraine et précèue dans le temps le
changement de la fonction; c’est la contre-partie Ë absolue de l’adage lamarckien « la fonction fait
l'organe ».
L'action du milieu extérieur 23 peut être qu'indirecte. Lorsque certains animaux changent de
couleur à la suite d’un changement de milieu, lorsque, par exemple, un papillon tel que le Vanessa
présente deux pigmentations différentes suivant la saison, ou que certains animaux du nord blanchissent en hiver, il s’agit là non d’une action immédiate des conditions externes, mais d’un processus plus compliqué dans lequel la sélection naturelle, aidée de la sélection germinale, produit une variation protectrice.
On peut même donner de ces faits une explication plus précise. Certains insectes produisent deux générations par an : l’une en été, l’autre en automne, et leurs chenilles prennent une coloration différente dans les deux saisons. C’est ainsi que chez un papillon américain, le Lycæna pseudargiolus, les chenilles d’été vivant sur les boutons blancs des fleurs de Cimicifuga racemosa, sont blanches, tandis que celles d'automne qui vivent sur les boutons . d'Actinomeris squamosa portant des fleurs jaunes sont vertes ou d’une couleur vert-jaune. Weismann se sert ici des mêmes « déterminants de réserve » qu’il a créés pour tous les cas de dimorphisme en général (dimorphisme saisonnier, dimorphisme sexuel). « Le germe, dit-il, contient toutes les ébauches (Anlagen) des différentes formes, et un excitant, la qualité des aliments, la lumière, la chaleur ou quelque autre influence extérieure, arrive tôt ou tard à provoquer le développement de telles ou telles de ces ébauches et à décider lesquelles se développeronti ». Mais ce qui permettra à ces excitants d’agir, c’est l’existence préalable de diffé-
. The effect of External Influences, etc., p. 52-53.
rences individuelles entre ces ébauches, 0) #44 tions préformées, due à la sélection naturelle. La
détermination du sexe chez les abeilles et les fourmis offre à Weismann un bon exemple. La stérilité des ouvrières est due non pas directement
à linsuffisance de la nourriture que reçoivent leurs
larves, comme le croient les lamarckiens, mais à la présence dans l’œuf, par suite de la sélection, de déterminants d'un ovaire rudimentaire et d’autres, correspondant à un ovaire parfait, les premiers se développant précisément lorsque les jeune larves sont moins bien nourries. La quantité de nourriture joue certainement un rôle, mais un
rôle indirect : une nourriture moins abondante est
Pexcitant qui fait sortir les déterminants correspon-
-dants de leur état latent et provoque non seulement le développement des caractères d’un ovaire rudimentaire, mais celui de tous les caractères sexuels secondaires qui distinguent l’ouvrière de la reine.
Il est inutile de faire ressortir à quel point l’auteur est amené à des hypothèses arbitraires (les déterminants d’un ovaire stérile ayant pour excitant l’absence de nourriture) pour faire cadrer coûte que coûte la théorie avec les faits.
Le dimorphisme sexuel chez les fourmis et les abeilles et les caractères des neutres ont fourni le principal exemple, le plus longuement discuté,
__ dans la controverse entre Weismann et Spencer.
La dégénérescence de l’ovaire et les divers caractères qui y sont liés ne peuvent pas être une consé-
nt nés. mé