CHAPITRE XIV
L'hérédité des caractères acquis. — Expose et critique des observations et expériences.
Expériences faites pour vérifier la transmission héréditaire des caractères acquis. — Les mutilations et les maladies. — Les cobayes de Brown-Séquard. — Adaptation des êtres aux conditions externes — Variations des papillons sous l'influence de la température et du régime : expériences de Kellogz et Bell, de Pictet, de Fischer. — actions pro-
L duisant des modifications locales; faits cités par Cunningham, Hyatt, Cattaneo. — Transmission des caractères psychiques, le talent musical. — Mécanisme possible de l'hérédité des caractères acquis. — Conception chimique ; idées de A. Gautier, de Le Dantec, de Montgomery. — Voie à suivre.
Les expériences faites en vue de démontrer l’hérédité des caractères acquis et les exemples cités à l’appui sont nombreux, d’une valeur très inégale et susceptibles d’objections à des degrés variés. Pev sont probants, peut-être pour des raisons dont nous avons parlé plus haut : difficultés d’expérimentation et surtout difficultés d’interprétation. Nous allons en faire connaître quelques-uns, en commençant par les plus discutables pour finir par les plus démonstratifs.
Unc des expériences les plus simples et les plus
commodes à faire est celle qui consiste à produire une mutilation et à en observer, s’il y a lieu, les effets héréditaires. Ce sont les faits de cet ordre qui ont surtout servi d'arguments aux partisans de la non-transmissibilité, car les mutilations, même répétées pendant plusieurs générations, n° sont pas héritées par les descendants.
Dans beaueoup de pays on a l’habitude de couper la queue aux chiens ou aux chats sans que leurs descendants soient privés de cet organe. Weismann a fait la même expérience sur plu-
sieurs générations de rats sans plus de résultats.
On sait de même très bien que les amputations, les conséquences d’açcidents, telles que fractures, cicatrices, etc., ne se transmettent pas; il en est de même des mutilations en usage chez certains peuples (telles que la çcirconcision chez les Israélites et les Musulmang, la déformation du pied chez les Chinoises, la percement du nez ou des oreilles chez certaines peuplades sauvages, etc.) qui, bien que continuées pendant d'innombrables générations, ne sont pas devenues héréditaires.
Peut-être ne pourrait-on pas tirer des conclusions aussi catégoriques relativement à des mutilations ou lésions capables d’entrainer des troubles dans tout l’organisme, surtout dans le système nerveux, mais, somme toute, on peut dire que toutes les expériences faites jusqu’à présent montrent que les mutilations en général ne sont pas héréditaires. Sur ce point spécial, les antilamarckiens
Dei PAR EE da La 9 Pas p 71 Ke Fa ps 21 Ve Lt | L À b. < nu u ' et A N'# Lo #2 à
tr
ont donc facilement gain de cause; on pourrait
cependant leur faire remarquer que la thèse de la transmissibilité des caractères acquis n’exige
nullement que fous ces caractères le scient : il
suffit que la possibilité de la transmission de certains caractères soit démontrée.
Il semblerait que les maladies non congénitales mais acquises, doivent fournir des arguments dé-
cisifs en faveur de lune ou l’autre opinion. Il n’en
est rien cependant, et tous les faits cités sont susceptibles d’interprétations très diverses.
Sans parler de la difficulté qu'il y a à déterminer si la maladie est innée ou acquise au cours de l’existence, il faut considérer que dans les maladies microbiennes il peut y avoir transmission directe du microbe pathogène par le germe, ce qui ne constitue évidemment pas la transmission d’un caractère par hérédité ; or, parmi les maladies dont nous ignorons actuellement les causes, beaucoup se révéleront peut-être un jour comme maladies microbiennes. D'autre part, là où la maladie s’accompagne de production d’une certaine toxime ou se trouve déterminée par une cause d'ordre chimique, la substance correspondante pourra de même passer directement de l'organisme du parent à celui du descendant. Sanson cite l’exemple d’un
troupeau de moutons qui a contracté une mala-
die des articulations par suite du séjour dans un climat humide; on a transporté ensuite ce trou-