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Th. H. Morcan. Evolution and adaptation p

« Il n’est pas démontré que si la perte de la couleur sur le côté inférieur avait été le résultat de la transmission héréditaire d’un caractère acquis, les phénomènes seraient ce qu’ils sont dans l'expérience de Cunningham ». Pour que cet argument ait quelque valeur, Morgan devrait nous montrer comment, à son avis, les choses auraient dû se passer dans ce cas. Tant que ce n’est pas fait, nous ne pouvons que conclure dans le même sens que Cunningham, aucune autre interprétation ne paraissant possible. On pourrait aussi, dit Morgan, fournir une autre explication qui, formellement au moins, serait parfaitement acceptable : on pourrait aussi bien supposer que la

différence de coloration entre les deux côtés est, :

chez ces poissons, le résultat d’une variation germinale consistant en ce que, d’un côté du corps, le caractère « coloration » était resté à l’état latent ; au moment où un facteur extérieur, la lumière, est venu agir, il y a eu simplement réveil de ce caractère latent. Mais on pourrait objecter qu’il est bien difficile de comprendre pourquoi cette variation germinale, par conséquent indépendante

de l’action directe du milieu, a coïncidé précisé-

ment avec l’absence de lumière, facteur qui généralement produit la décoloration, et pourquoi, de plus, cette variation accidentelle a porté sur le groupe tout entier de ces poissons. C’est, encore une fois, proposer une interprétation compliquée

et tout arbitraire et fermer les yeux sur celle que

les faits suggèrent naturellement.

Comme un des meilleurs exemples de transmis-

sion héréditaire d’un caractère acquis on peut citer aussi les coquilles fossiles étudiées par A. Hvatt, un paléontologiste américain et un des principaux représentants de l’école néo-lamarckienne. Il s’agit de ces céphalopodes dont il ne reste actuellement qu’un seul représentant vivant, le Nautile. Depuis les terrains primaires, leurs coquilles ont pris successivement différentes formes : d’abord en cônes allongés droits (coquilles orthocératiques), elles prennent ensuite une forme recourbée (cyrtocératique) qui s’accentue de plus en plus et aboutit à une forme spirale, à tours de spire d’abord lâches, ne se touchant pas (coquille gyrocératique), puis plus serrés, en contact les uns avec les autres (coquille nautilienne). Plus tard, ces coquilles suivent une évolution inverse : par une sorte de dégénérescence, les tours de spire redeviennent plus lâches et vers le moment de l’extinction de ces animaux on revient à la forme simplement recourbée ou même droite. Mais pendant la partie ascendante de cette

évolution la spire se serrant de plus en plus, il

arrive que le tour de spire externe s’imprime sur celui qui est à l’intérieur de lui et produit un sillon caractéristique. Hyatt démontre par toute une série de preuves que l'origine de ce sillon est bier mécanique; on voit d’ailleurs les surfaces se mouler exactement l’une sur l’autre. Or, ce sillon dorsal, qui apparait d’abord chez l'adulte où il est dû ainsi à des causes mécaniques, se retrouve ensuite dans la coquille larvaire 4 un stade où aucune pression

effective n’existe encore et qui est d'autant plus précoce qu'il s’agit de terrains plus récents1. C'est bien là un exemple d’action purement locale retentissant sur la descendance, exemple que le grand nombre et la précision des faits cités par Hyatt rend indiscutable.

Le Dantec, qui s’est servi des recherches de Hyatt pour prouver l’hérédité des caractères acquis, nous dit dans son exposé que le sillon produit par la pression des tours de spire l’un sur l’autre subsiste dans les formes dégénérées redressées ;

nous trouvons même chez lui un schéma qui le. montre très bien?. Or, nous venons de voir que

ce n’est pas là-dessus que Hyatt base son argumen-

tation; il dit même, au contraire, en décrivant les.

coquilles dégénérées, qu’elles deviennent « défor-

mées, plus petites, à spire plus cylindrique, plus

lisse et perdent leur zone d’empreinte » (d’un tour

de spire sur l’autre)$. Dans un autre passage, Hyatt

parle de la ressemblance absolue entre les coquilles adultes dégénérées et les coquilles droites primitives, ce qui évidemment exclut l'existence, chez les premières, de ce sillon. Cela ne rend pas son argumentation moins probante, et si nous avons tenu à relever cette erreur de Le Dantec, c’est parce que les faits qu’on apporte comme arguments dans la discussion d’une question aussi

1. À. Hyarr. Phylogeny of an Acquired Caractsristic. (Proeceed. Amer. Philos. Soc., vol. XXXII, 1893, p. 349-616.)

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