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complexe et aussi controversée que celle-ci doivent, dans l'intérêt mème de l'opinion qu’on défend, être très exacts.
Citons enfin un dernier exemple, emprunté cette fois aux effets de l’usage et du non-usage des organes. Cattaneo a eu l’idée d’étudier des animaux domestiqués depuis la plus haute antiquité : les chameaux et les dromadaires, et a émis l’hypothèse, déjà formulée par Buffon, que leurs bosses et les callosités de leurs genoux doivent leur origine aux charges qu'on a l'habitude de leur faire porter et à l'attitude spéciale qu’on leur fait prendre en les forçant à s’agenouiller. Il rapporte que le célèbre voyageur Prjevalsky a tué, en Asie centrale, deux chameaux sauvages, ou plutôt redevenus sauvages, qui n'avaient pas de callosités et dont la bosse était moitié moins grande qu'habituellement. Or, les bosses et les callosités sont héréditaires et non acquises par chaque génération à nouveau. De
même, un autre auteur, Ritter, a décrit sur la foi d'un géographe turc du xvu° siècle, des chameaux devenus sauvages dont la bosse était à peine visible. — Certains dessins relatifs à Ninive et à Babylone représenteraient de même des chameaux avec des bosses plus petites que celles des chameaux actuels. — Un autre fait du même ordre est rapporté par Fogliata, cité également par Cattaneo. Une änesse avait longtemps été employée au service du bâti; elle présentait sur la région dorsale une forte saillie adipeuse ressemblant, comme forme et comme étendue, à l'empreinte d’un bât et due à la pression
L'RÉRÉDITÉ DES CARACTÈnES ACQUIS 227
exercée par lui. Or, unie à un âne ordinaire, elle donna naissance à un jeune qui avait exactement la même particularité {. — Pour frappantes que soient ces observations isolées, il faut dire qu’elles sont beaucoup moins démonsitratives que les observations générales du genre de la précédente, car elles sont toujours explicables par une simple coïncidence.
À certains de ces exemples aucune des objectons habituelles des anti-lamarckiens irréductibles ne peut s'appliquer: il n’y a là ni infection directe par le germe, ni passage possible d’une substance chimique du parent au descendant, ni même action simultanée d’un facteur extérieur sur le germe et le soma. Ii s’agit bien ici de caractères exclusivement somatiques, strictement localisés, produits par des influences qui ne peuvent agir directement
sur les organes reproducteurs. Et ce sontces exem-
ples surtout qui démontrent que certains caractères acquis au moins peuvent être transmis.
Parmi les caractères acquis par l’usage. citons P ge,
encore les caractères psychiques, les instincts, etc., qui occupent une place un peu à part et semblent être héréditaires d’une façon plus évidente que les autres. Spencer a longuement développé l’exemple de la faculté musicale. Il est douteux, dit-il, que jamais le talent musical ait pu être d’une importance capitale pour la conservation de l'individu; il n’a donc pas pu avoir donné prise à la sélection.
4. G. CaTraneo. Le gobbe e le callosità dei Cammelli in rapporto colla questione dell ereditarietà dei carratteri acguisiti. (Rend. Ist. Lombardo, XXIX, 1896.)
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PA 2 La faculté musicale, d’abord rudimentaire, a dû s'être développée tout autrement. Une association entre un certain rythme de langage et certaines: émotions s’est peu à peu établie dans lesprit de l'homme; ces rythmes, combinés, ont donné la mélodie, et les hommes, de plus en plus habitués à les entendre et à les exécuter, ont acquis et transmis aux descendants une sensibilité musicale de plus en plus avancée. On a d’ailleurs fréquemment vu des cas de talent musical, non seulement héréditaire, mais plus considérable chez le fils que chez le père, à eause, certainement, de l'exercice du père, car on pourrait plutôt s’attendre à un amoindrissement, la mère n'étant pas forcément douée sous ce rapport. C’est le cas de beaucoup de musiciens célèbres : Mozart, Beethoven, Bach, Haydn et d’autres.
Weïismann, qui a répondu à Spencer sur ce point, - reconnaît que le talent musical ne peut donner prise à la sélection naturelle; mais il cherche à échapper à la nécessité de voir là un cas d’hérédité des caractères acquis en niant l’évolution progressive du genie musical. Il admet que ce talent est aussi développé chez les sauvages les mieux doués sous ce rapport que chez nos compositeurs modernes les plus raffinés et que la seule différence entre eux réside dans le développement de l’art musical chez les peuples civilisés et peut-être une sensibilité générale plus aiguisée chez certains sujets.