‹ Les Théories de l'inconnaissable et les degrès de la connaissanceChapitre 5 sur 14 · CHAPITRE TROISIEME ïj'Saieoiinaissable fl'upsrès le gmiittaéisine · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME ïj'Saieoiinaissable fl'upsrès le gmiittaéisine

Une substance unique qui s'exprime par une infinité d'attributs infinis, lesquels se manifestent par une infinité de modes finis, sous la loi d'un rigoureux déterminisme, tel est le point de départ de la métaphysique de Spinoza.

Remarquons-le tout de suite : la substance en soi est absolument indéterminée; c'est en quelque sorte une pure puissance (1), comme la matière d'Aristote et des anciens philosophes, comme l'Idée d'Hegel ou l'Inconscient d'Hartmann ; c'est le Dieu de tous les panthéistes.

Ses attributs sont également indéterminés ; la Pensée et l'Etendue, les seuls que, d'après Spinoza, nous connaissions, ne sont rien en dehors des modes qui les manifestent, c'est-à-dire les âmes et les corps.

(1) « L'entendement en acte, soit fini, soit infini, doit se rapporter à la nature naturée, non à la nature naturante. Par entendement, en effet, nous ne désignons pas la pensée absolue. » {Ethique, Part. I, prop. 3

Les âmes et les corps, que sont-ils eux-mêmes? Des modes complexes de la Pensée et de l'Etendue. Une collection d'idées correspondant exactement à une collection d'affections sensibles; plus exactement encore, un agrégat de faits à double lace, l'une interne et psychologique, l'autre externe et physiologique: tel est l'homme de Spinoza.

C'est exactement la doctrine du positivisme contemporain. Si l'identité ne saute pas d'abord aux yeux, du lecteur de l'Ethique, c'est que la rigueur logique de Spinoza est tout extérieure et artificielle et qu'en réalité, sous ce tissu de déductions soi-disant géométriques, les contradictions abondent.

C'est ainsi que Spinoza commence par donner à la substance la plénitude de Fètre. Lisons en effet la suite des premières propositions de l'Ethique:

L'existence appartient à la nature de la substance, (Part. I, prop. 7.) Toute substance est nécessairenent infinie. (Prop. 8.) Suivant qiC une chose a plus de réalité ou d'être, un plus grand nombre d'attributs lui appartiennent. (Prop. 9.) Dieu y c'est-à-dire une substance constituée par une infinité d'attributs dont chacun exprime une essence éternelle et infinie, existe nécessairement (prop. 11), etc.

Mais il faut entendre le langage de Spinoza, et bien se garder de donner à ces propositions et à celle où il prête à Dieu la pensée, l'action, la liberté, l'éternité, l'immensité, etc., le sens obvie et qui résulterait de la signification ordinaire des mots.

D'abord Dieu est absolument infini. Or, pour Spinoza, comme pour Kant et pour Spencer, déterminer c'est limiter. Omnis deierminatio negatio est. Dieu infini, illimité est donc indéterminable. Ses attributs sont identiques avec son essence et son essence échappe à toute détermination.

Que sont d'ailleurs ces attributs qui constituent ou qui expriment (1) cette substance que Spinoza appelle Dieu? De purs indéterminés.

Indéterminés en ce sens déjà que Spinoza n'a jamais pu, malgré les instances qu'on lui fît, les désigner, sauf la Pensée et l'Etendue, auxquelles il ramène les quelques autres qu'il indique.

Qu'est-ce, enfin, que la Pensée et l'Etendue en tant qu'attributs divins? C'est une Pensée qui exclut toute idée en acte, une Etendue absolument vide. « L'enten- <( dément en acte, soit fini, soit infini, comme par « exemple la volonté, le désir, l'amour, etc., se doivent « rapporter à la nature naturée et non à la nature natu- (( rante. » (Prop. 31.) 11 ajoute dans la démonstration :

« Par entendement, nous ne désignons évidemment ce pas la pensée absolue, mais seulement un certain « mode de penser, tel que le désir, l'amour, etc., lequel ce mode doit être rapporté à la nature naturée et non à ce la naturante, tout comme les autres modes de la « pensée. » Au reste, la Pensée absolue est infinie, et d'après le principe : omnis determinatio negatio est, elle est indéterminée. Pour trouver quelque détermination positive, il faut sortir de la nature naturante et de descendre à la naturée, autrement dit de Dieu aux âmes humaines : ce Les pensées particulières, je veux (( dire telle ou telle pensée, sont autant de modes qui (( expriment la nature de Dieu d'une certaine façon dé- « terminée.» (Part. II, prop. 1. Démonstr.) C'est ce que Hartmann, après tous les panthéistes anciens et modernes, exprime en disant : (d'Inconscient prend conscience de lui-même dans l'intelligence de l'homme. »

Même raisonnement pour l'Etendue. Spinoza le dit

(1) Part. I,prop. 19.

expressément : « Dieu est chose étendue. La démom-

« (ratio// dt' cette pro/tosi/io// se fait de la même façon

« que cette de ta proposition précédente : Dieu est chose (( pensante. » C'est-à-dire que les corps seuls introduisent la détermination au sein de cette étendue, en soi indéterminée.

En un mot, Dieu ou la substance n'est rien en dehors

doses attributs la Pensée et l'Etendue \ la Pensée et l'Etendue ne sont rien en dehors des âmes et des corps.

Les âmes et les corps ne sont rien eux-mêmes que des collections de faits dont l'unité est purement nominale : « L'être de la substance n'appartient pas à l'es- « sence de l'homme ; en d'autres termes, ce n'est pas la « substance qui constitue la forme ou l'essence de « l'homme. » (Part. II, prop. 10.)

Et dans le corollaire de cette proposition : ce L'essence « de l'homme est donc une affectio7i ou un mode ({m a exprime la nature de Dieu d'une certaine façon « déterminée. »

Ce n'est même pas?,mr? affection ou un mode, mais un agrégat d'affections. « L'idée qui constitue V être formel « de Fâme humaine rt est pas simple, mais composée de <( plusieurs idées. » (Propos. 15.) Et cela parce qu'elle est « l'idée du corps, lequel est composé de plusieurs « individus fort composés eux-mêmes. » Par individus il faut entendre affections ou modes.

Ainsi, des faits, reliés entre eux par une substance qui n'est rien en dehors de ces faits, c'est-à-dire par une abstraction absolument indéterminée, voilà toute la réalité pour Spinoza. C'est bien le pur phénoménisme. Et ce terme est le vrai pour désigner à la fois le panthéisme, le criticisme et le positivisme.

Une pareille théorie de l'existence amènera nécessai-

rement Spinoza à une théorie de la connaissance identique, sous le point de vue fondamental, à celles de Kant et de Spencer, et dont le dernier mot est celui-ci : l'absolu est inconnaissable.

Elle offre d'ailleurs les mêmes difficultés que la théorie de l'existence, parce qu'elle enveloppe les mêmes contradictions.

« L'ordre et la connexion des idées est le même que a l'ordre et la connexion des choses. » (Eth., part. II, prop.7.)

Le même veut dire, pour Spinoza, non point qu'il y a parallélisme, mais identité, par cette raison, fondamentale dans la philosophie de Spinoza, que « la subs- (( tance pensante et la substance étendue ne font qu'une « seule et même substance, laquelle est conçue tantôt « sous l'un de ses attributs, tantôt sous l'autre. »

« De même, un mode de V étendue et Vidée de ce mode « ne sont qvHune même chose exprimée de deux « manières. » (Même propos. DémoLStr.) En d'autres termes, l'agrégat de phénomènes qui constitue un homme possède une double face, Tune externe, l'autre interne, l'une objective, dirait Spencer, l'autre subjective. C'est Je sens de cette phrase spinoziste : ((L'âme est l'idée du corps; le corps est 1* objet de (( l'âme. »

Une idée particulière est donc l'aspect psychologique d'une affection du corps. Spinoza le professe expressément : a Le premier fondement de l'être de l'âme (( humaine n'est autre chose que l'idée d'une chose (( particulière et qui existe actuellement (1). » (Ethiq.,

(!) « L'objet de l'idée qui constitue l'àine humaine, c'est le corps, en d'autres termes, un certain mode de l'étendue, lequel existe en acte et rieo de plus. » (Prop. 12.)

part, il, prop. 1 1 .) Penser, c'< Bt se représenter une modification de notre organisme, et une modification actuelle.

Se représenter une modification passée, c'est se souvenir, et le souvenir, pour Spinoza comme pour Spencer, est une sensation faible comparée à la sensation actuelle.

L'idée est si bien une représentation, que nous no percevons pas directement les affections du corps, mais seulement ces affections on tant qu'elles sont données dans l'esprit : « L'âme humaine no connaît pas le « corps humain lui-même et ne sait qu'il existe que par « les idées des affections qu'il éprouve » (Prop. 19.)

Quant aux idées générales, nous retrouvons encore chez Spinoza le nominal isme de Spencer. Ce sont de purs symboles, d'autant plus dépourvus d'exactitude qu'elles s'éloignent davantage des idées particulières. « Je dirai en peu de mots quelle est l'origine de ces « termes qu'on appelle trtmscendantaux, comme être, « chose, quelque chose. Ces termes viennent de ce que « le corps humain, à cause de sa nature limitée, n'est « capable de former à la fois, d'une manière distincte, (( qu'un nombre déterminé d'images. De telle façon « que, si ce nombre est dépassé, les images commencent <( de se confondre; et, s'il est dépassé plus encore, ces « images se mêlent les unes avec les autres dans une « confusion universelle... Ainsi, dès que les images (( sont livrées dans les corps à une entière confusion, « l'âme n'imagine plus les corps que d'une manière « confuse et sans aucune distinction, et les comprend <( toutes comme dans un seul attribut, l'attribut être ou <c chose, etc. » (Propos. 40, schol. 1.)

Ces notions sont aussi toutes relatives : « Il faut re- « marquer que ces notions ne sont pas formées de la

« môme façon par tout le monde ; elles varient pour ee chacun, suivant ce qui dans les images a le plus souce vent affecté son corps, et suivant ce que l'âme imace gine ou rappelle avec plus de facilité. » (Ibid.)

ee II résulte clairement de tout ce qui précède que ee nous tirons un grand nombre de perceptions et toutes ee nos notions universelles : 1° des choses particulières « que les sens représentent à V intelligence d'une ma- « nière confuse, tronquée et sans aucun ordre ; 2° des <( signes, comme, par exemple, des mots que nous ai- (( mons à entendre ou à lire et qui nous rappellent cer- <( taines choses, dont nous formons alors des idées semée blables à celles qui ont d'abord représenté ces choses ee à notre imagination ; 3° enfin, des notions communes ee et des idées adéquates que nous avons des propriétés ee des choses. » (Même prop., sch. 2.)

Jusqu'ici l'accord est complet entre le spinozisme et l'empirisme actuel. Ici et là, toute idée est la représentation subjective et relative d'un fait ou d'un groupe de faits. Les idées particulières sont seules exactes ; les idées générales sont de purs symboles, des mots commodes pour réunir, dans des notions de plus en plus vides de contenu d'ailleurs, des groupes de plus en plus complexes.

Dans la Réforme de V entendement , Spinoza exprime plus catégoriquement encore la même doctrine : ee II ee nous est tout à fait nécessaire de tirer toutes nos idées ee des choses physiques, c'est-à-dire des êtres réels, ee sans passer aux choses abstraites et universelles, ni ee pour en conclure rien de réel, ni pour les conclure ee de quelque être réel; car l'un et l'autre interrompent ee la marche véritable de l'entendement. »(Trad. Saisset.

T. III, p. 338.)

On ne peut dire plus fortement que l'expérience externe est la source unique de toutes nos idées.

Voici pour Le subjectivisme : « Nos pensées n'ont hors « d'elles-mêmes aucun fondement sur lequel elles aient « à s'appuyer. » (Ibid.p., 340.) On se rappelle (Tailleurs a que l'ordre des choses et l'ordre des idées sont les « mêmes. »

En outre : c< Plus une idée est spéciale, plus elle est (( distincte et par suite plus elle est claire. » (Ibid., p. 338.)

Mais c'est ici qu'éclatent les contradictions. Et d'abord : « L'entendement enveloppe la certitude, c'est-à-dire qu'il a sait que les choses sont formellement telles qu'elle (c sont objectivement en lui-même (1). » (Ibid., p. 341.) Voilà le subjectivisme renversé.

De plus qu'est-ce que Spinoza entend par choses physiques (réelles) et particulières ? « 11 faut remarquer que « par la série des causes et des êtres réels je n'entends (( point ici la série des choses particulières et chance géantes, mais seulement la série des choses fixes et « éternelles. » Et, suivant son habitude, Spinoza ne craint pas d'accuser la contradiction : « Ces choses « fixes et éternelles, quoique particulières, seront pour « nous, à cause de leur présence dans tout l'univers et « de l'étendue de leur puissance, comme des univera saux, c'est-à-dire comme les genres des définitions des <( choses particulières et changeantes, et comme les ce causes immédiates de toutes choses. » (Ibid., p. 339.) Tout à l'heure, ces universaux n'étaient que des abstractions et des mots.

Tout cela demande explication. En pénétrant plus avant dans la théorie spinoziste de l'entendement, nous verrons qu'on peut, à certains égards, lever les contra-

(1) Oq sait que, dans le langage cartésien, le formel répond à notre objectif, l'objectif à notre subjectif.

dictions, mais en accentuant la doctrine de l'Inconnaissable.

Pour Spinoza, il y quatre modes de connaissance ou de perception.

« Il y a une perception que nous acquérons par ouïdire... une deuxième par expérience vague , une troisième ce dans laquelle nous concluons une chose d'une autre, » enfin une quatrième « qui nous fait saisir la chose par la seule vertu de son essence ou bien par la connaissance que nous avons de sa cause immédiate (1). »

Dans l'Ethique (part. II, prop. 40, sch. 2,) il réunit les deux premiers modes en un seul qu'il appelle opinion ou imagination; le troisième mode est pour lui la raison ou connaissance du second genre; le dernier enfin est la science intuitive. « Ce sont les trois degrés de la dialectique platonicienne, wç«, sioatom, y^Ves. Mais Spinoza entend par science intuitive autre chose que Platon, ou plutôt il retourne le procédé. Platon conduit l'âme du sensible à l'intelligible ; Spinoza descend de l'intelligible au sensible : (( La science intuitive va de l'idée adéquate de « l'essence formelle de certains attributs de Dieu à la « connaissance adéquate de l'essence des choses. » C'est le vice fondamental de sa méthode.

Quoi qu'il en soit, Spinoza est plein de dédain pour la connaissance expérimentale ; la connaissance discursive a un peu plus de valeur; mais la seule vraie, la seule digne de la poursuite du sage, c'est la science intuitive. « La connaissance du premier genre est Tunique cause « de la fausseté des idées; celle du second et du troi- « sième genre est nécessairement vraie. » (Eth. Part. II, prop. 41.)

(1) Réforme de l'entendement. Traduct. Saisset. T. III, p. 204.

C'est que : « Toute id(5o d'un corps ou d'une chose « particulière quelconque existant en acte enveloppe « nécessairement l'essence éternelle et infinie de Dieu. » (Prop. 45.) Or, « la connaissance de l'essence éternelle « infinie de Dieu, que toute idée enveloppe, est adé- « quate et parfaite. » (Prop. 46.) Bref, « l'âme humaine « a une connaissance adéquate de l'infinie et éternelle « essence de Dieu. » (Prop. 47.) « Or, comme toutes « choses sont en Dieu et se conçoivent par Dieu, il s'ente suit que nous pouvons de cette connaissance en dé- « duire beaucoup d'autres qui sont adéquates de leur « nature et former ainsi ce troisième genre de connais- « sance dont nous avons parlé. » (Schol.)

Telle est donc, pour Spinoza, l'idée par excellence, la seule adéquate en elle-même : c'est celle de Dieu ; les idées des essences particulières ne sont adéquates que parce qu'elles se déduisent de celle-là. Cette idée suprême est d'ailleurs la seule absolument vraie et elle nous sert de critérium pour discerner la vérité ou la fausseté de toutes les autres. « La connaissance qui a pour objet « l'être absolument parfait sera supérieure à la coure naissance qui a pour objet les autres idées (il s'agit « toujours de la science intuitive); c'est à-dire que la « méthode parfaite est celle qui nous enseigne à diriger « l'esprit sous la loi de l'idée de l'Etre absolument par- « fait (1). )>

C'est ainsi que disparaît toute contradiction. Connaître les choses particulières mais fixes et éternelles (2), c'est voir dans chaque fait un mode particulier de l'essence éternelle et infinie , c'est concevoir toute chose , comme s'exprime Spinoza, sous la forme de V éternité. « 11 n'est

(1) Réforme de l entendement, p. 311.

(2) V. plus haut, p. 39.

« point de la nature de la raison de percevoir les choses ce comme contingentes, mais bien comme nécessaires. » (Eth. Part II, prop. 44.) « Il est de la nature de la raison (( de percevoir les choses sous la forme de Féternité. » (Coroll. 2.)

Ainsi Fidée adéquate et parfaite, c'est celle de Dieu; cette idée, pénétrant toutes les autres, les rend à leur tour adéquates et parfaites. Une intuition suprême, réfrangée en quelque sorte en autant d'intuitions particulières qu'il y a de faits, suivant les lois de la déduction ; l'expérience servant tout au plus de prisme à cette réfraction ; en un mot la lumière divine pénétrant partout et éclairant à nos yeux les moindres détails de la réalité, telle est la doctrine de l'entendement chez Spinoza.

Nous voilà bien loin, semble-t-il, de l' expérience, du criticisme, des théories de l'Inconnaissable.

Mais rappelons-nous la métaphysique spinoziste : des phénomènes déterminés exprimant une essence unique, absolument indéterminée en soi. Rappelons-nous le principe logique qui domine toute cette doctrine : Omnis determinatio negatio est.

Dès lorsque devient cette idée suprême? Une lumière tellement éblouissante qu'elle produit dans notre esprit la plus complète obscurité.

Dieu en soi est absolument indéterminé : l'idée que nous en avons est donc l'indétermination absolue de la pensée. Cette idée est parfaite : mais tout ce qui est parfait, éternel, infini, est pour Spinoza en dehors de toute détermination possible ; donc la perfection de cette idée est telle qu'elle se confond avec Ja plus extrême indigence : elle est radicalement vide de contenu. En un mot, l'affirmation suprême consiste à n'affirmer absolument rien ; penser les choses sous la forme de l'éternité, c'est sortir par la pensée de toute connaissance

positive et s'élever à une intuition qui est une véritable extase, où lu pensée humaine se perd, s'évanouit, se confond avec la Pensée divine, absolument indétermi née, absolument inconsciente. Depuis Le mysticisme alexandrin on n'avait pas aussi complètement supprimé toute condition de la pensée, au moment où l'on croit en poser le fondement inébranlable. Les théories de l'Inconnaissable présentées par Kant et Spencer sont loin d'être aussi radicales que celle de Spinoza. Nous n'aurons, au troisième chapitre de notre livre deuxième, qu'à tirer la conclusion de l'exposé précédent pour montrer que logiquement Spinoza absorbe toute chose et toute idée dans l'Inconnaissable.

Est-il besoin d'ajouter que Spinoza beaucoup plus que Kant et Spencer maltraite l'induction? Il ne se contente pas comme eux de la mutiler ; il la proscrit absolument. Non-seulement il l'exclut pour son propre compte : nonseulement son Ethique est une suite de syllogismes déductifs enchaînés comme les théorèmes d'un traité de géométrie; mais la déduction est le fond même de son système et, comme je le disais plus haut, le vice radical de sa doctrine. C'est l'abus de ce procédé qui le conduit nous le verrons, au nihilisme absolu.

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