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(6) 188. Conf. Liard. Les sciences posilives et la métaphysique, p. 168: « Les êtres ont un dedans et un dehors; par leur dehors ils
Bref, toute analytique transcendantale se résume dans la distinction des phénomènes et des noumènes, qui n’est d’ailleurs pas nouvelle, puisqu'on la trouve chez les prédécesseurs de Socrate et qu’elle est capitale dans les théories de Platon, sous les dénominations de « sensible » et d « intelligible. »
La doctrine n’est pas nouvelle non plus. Le débat entre ceux qui prétendent qu’on ne connaît que les phénomènes et ceux qui soutiennent que la vraie science est l’intuition des essences remonte, pour le moins, aux Toniens et aux Eléates. L'originalité de Kant consiste à introduire dans la connaissance des faits des conditions subjectives & priori. Abélard n’avait-il pas fait un essai de ce genre en posant le conceptualisme entre le nominalisme et le réalisme ? En tout Cas, Si Aristote a pu reprocher à Platon d’avoir doublé inutilement le monde sensible du monde intelligible, ne pourrait-on pas demander à Kant s’il était bien utile de doubler le phénoménisme externe d’un phénoménisme interne ?
Mais nanticipons pas sur la critique, continuons d'exposer. C’est dans la dialectique que Kant va résoudre définitivement, du point de vue spéculatif, la question des limites de la connaissance.
Il a d’ailleurs eu soin de nous faire connaître à l'a vance la solution en un langage assez rare chez lui (trop rare peut-être) pour attirer l’attention.
« Le pays de l’entendement, dit-il en commençant le « chapitre où il pose, comme résumé de l’analytique « transcendantale, la distinction des phénomènes et des « noumèênes, est une île que la nature elle-même a ren- « fermée dans des bornes immuables. C’est le pays de
« constituent l’objet de la science : nous ne les voyons et les parcou- « rons qu’en surface, l’intérieur nous est inaccessible. »
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« la vérité (mot fiatteur) (1), environné d’un vaste et « orageux océan, empire de l’illusion, où, au milieu du « brouillard, maint banc de glace, qui disparaîtra bien— « tôt, présente l’image trompeuse d’un pays nouveau, «etattire, par de vaines apparences, le navigateur « vagabond qui cherche de nouvelles terres et s'engage « en des expéditions périlleuses auxquelles il ne peut « renoncer, mais dont il n’atteindra jamais le but (2). »
L'unité, imposée par l’entendement aux intuitions de la sensibilité, n’est pas encore complète. Il faut ra— mener la diversité des jugements à l’unité suprême de la pensée. Ce sera le rôle des idées de la raison. Kant emprunte le terme à Platon. Mais il a soin de nous préveuir que ce sera dans un tout autre sens. Ce qui précède le fait assez prévoir.
Il nous prévient aussi (3) que l’obstination de la rai— son à donner à ses idées une valeur objective, est une illusion naturelle et inévitable. Il n’espère pas la détruire; cela est impossible. Toute son ambition est de montrer qu’il y a là illusion et d'empêcher ainsi, sinon qu’elle se produise, du moins qu'elle nous trompe. |
Les idées de la raison sont au nombre de trois. Leur fonction, essentiellement synthétique, est en effet de rapporter tout jugement, qui n’est encore qu'une synthèse conditionnelle, à une unité suprême et, comme telle, inconditionnelle. Or tous les jugements se ramènent nécessairement soit à l’unité inconditionnelle ou absolue du sujet pensant, soit à l'unité absolue de la série entière ou de la totalité des phénomènes, soit à l'unité absolue
(1) Il faut bien faire une concession au scepticisme qu'on combat si mollement.
(2) Op. cit., p. 304.
(3) Dialectique transcendantale : Introduction.
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de la condition de tous les objets de la pensée en général. De là trois idées, celle de l'âme, celle du monde, celle de l’être des êtres ou de Dieu. De là aussi, en Considérant les idées du point de vue transcendantal, la psychologie transcendantale, la cosmologie transcendantale, la théologie transcendantale.
En vertu de Pinévitable illusion dont on a parlé, la raison attribue une réalité objective à ses idées par suite d'un raisonnement dialectique qui est un véritable sophisme
La première idée donne lieu à un paralogisme transcendantal, la deuxième à une antinomie, la troisième à idéal de la raison pure.
Conclure de unité du concept du sujet comme condition de l’unité de tous les jugements que nous portons par rapport au moi, à l’unité substantielle du sujet luimême, c’est, d’après Kant, un paralogisme. Le jugement je pense est la forme générale de tous ceux par lesquels nous exprimons les modifications du moi; mais pour qu'il ait une valeur objective, il faut ajouter au sujet un prédicat déterminé, c’est-à-dire qui exprime une certaine modification. Supprimez ce prédicat, vous n’avez plus qu’une forme pure, nécessaire, mais vide, un cadre Sans tableau, comme s'expriment les criticistes modernes. Ce jugement suppose bien l’existence d’un sujet mais ne donne pas sa connaissance. « Par ce moi, ou « cette chose qui pense, on ne se représente rien de plus < qu'un sujet transcendantal des pensées — X (1). »
Le jugement « je pense » suppose bien qu’on regarde ce sujet je comme un, simple, identique, distinct de tout autre. Sans cela, en effet, le jugement n'aurait pas de sens. Mais ce n’est qu’une nécessité logique et pure-
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