‹ Les théories de l'inconnaissable: Les degrés de la connaissanceChapitre 22 sur 43 · PRE TUE · texte numérisé non relu

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« tives (1). » Pour donner aux lois qui les relient en un système une valeur scientifique, il faut, de toute nécessité, leur donner une réalité, au moins dans la pensée, c’est-à-dire dans la connaissance. « Ees perceptions et « les images laissées par elles sont multiples et « diverses; si elles létaient d’une manière absolue, « c’est-à-dires’il n’y avait pas passage d’un phénomène à « l’autre, la conscience naïîtrait et mourrait avec chaque « phénomène (j'ajoute avec chaque élément infinitésimal « de chaque phénomène), pour renaître et mourir encore « avec le phénomène suivant (2).» En d’autres termes, réduisez la science à la connaissance des phénomènes, elle s’évanouit dans l’inconnaissable, et cela parce que, objectivement, le phénoménisme isolé de la matière est un pur rien; le phénoménisme mène au mihilisme (3).

Au reste, ramener tout phénomène à un mode du mouvement c’est en faire une manifestation de la force, c'est faire de la matière elle-même un système de forces. Cette conception, toute leibnizienne, prévaut généralement dans le spiritualisme contemporain. Je l'adopterai pour ma part (4). En attendant, elle nous conduit à une nouvelle discussion de Spencer, sur l'idée de force.

Déjà en examinant l’hypothèse de Boscovich sur la

(1) Liard : Les sciences positives et la métaphysique, p. 356.

(2) Op. cit., p. 263. M. Liard montre fort bien que c’est par un abus de langage qu’on fait de la loi un fait général. Ces deux mots sont contradictoires. Au reste, Spencer lui-même semble reconnaitre le caractère purement symbolique de la loi, dans l’empirisme. V. plus Join.

(3) L'expression est de M. Liard. Je l'ai retrouvée, depuis, chez M. Robert : De la certitude — M. Desdouits : De la métaphysique — M. Ollé-Laprune : De la certitude morale.

(4) Liv. IT.

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matière, il essaye de prouver que la force est inconcevable.

Un des arguments dirigés par Spencer contre la force est celui-ci: L’axiome de l'égalité de l’action et de la réaction n’est intelligible qu’en Supposant les forces de la matière, auxquelles peut s'opposer l'effort musculaire, identiques en nature à la force que nous avons Conscience de déployer, supposition qui, d’après lui, est elle-même absurde (1). Pour ma part, Je n’y trouve aucune absurdité. L’évolutionisme lui-même soutient qu'y aentre Les forces physico-chimiques ou mécaniques el la force vitale, dont la force musculaire est un élément, une différence de degré seulement et non pas de nature. Je vais plus loin et j'admets sans difficulté que la force consciente, que je ne confonds pas, comme Spencer, avec la force musculaire ou vitale, est analogue à toutes les forces de la nature. Elles ont de commun non pas la conscience, l’aperception, mais l'activité, et cela sufñt à expliquer laxiome en question et à lever toute absurdité. C’est le principe de la monadologie de Leibnizet J'y reviendrai (2): \

D’autre part, Spencer voit une contradiction éntre la loi de attraction en raison inverse du carré des distances et la loi de résistance, qu’on applique pourtant l'une et l’autre et avec une égale nécessité à la force (3). Cette contradiction, il l’établit ainsi : la résistance vient de la densité et de l’état d'équilibre interne du Corps résistant. Mais en vertu de la loi d'attraction, cet équilibre existera quelles que soient les distances entre les molécules : la matière prendra donc avec la même faci-

(1) Premiers Principes, p. 61.

(2) Liv. III.

(3) Op. cit., p. 64.

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lité toutes les densités possibles. Donc pas de résistance.

C’est un sophisme à peine spécieux. Dire que la densité peut changer, ce n’est pas détruire toute densité. La résistance sera toujours en raison de la densité. Et comme, en fait, il y aura, toujours des conditions d’intervalle données, il y aura toujours et une densité et une résistance données.

Enfin, dire que deux centres de force inétendus sont inconcevables, c’est une affirmation toute gratuite, une pétition de principe qui sera écartée (1). Quant à la difficulté d'expliquer la connexion de la force et de la matière, elle disparaît si l’on identifie la force et la matière, en un certain sens qui sera déterminé (2).

Ce que je veux montrer ici, c’est que si la force en elle-même est inconnaissable, ses rayonnements, ses manifestations sont à plus forte raison inconnaissables et la science n’a plus rien où se prendre. Qu’on adopte l'hypothèse .de l'émission ou celle de londulation, ces manifestations sont toujours des mouvements indéfiniment décomposables : premier motif d'indétermination de la pensée, déjà signalé à propos des phénomènes sensibles, qui ne sont pas autre chose que ces rayonnements de forces. Spencer lui-même, dans son remarquable chapitre sur le rhythme du mouvement, montre que le rhythme sensible où apparent se compose d’une infinité d’alternances infinitésimales. Dans ce va et vient, dont le champ est d’ailleurs imperceptible, où la pensée peut-elle se fixer et saisir un objet? Que l'alternance soit considérée objectivement ou subjectivement, elle provoque une sorte de balancement de la pensée qui donnerait le vertige, si l'esprit n'avait un point fixe où

(1) Liv. HI.

(2) Ibid.

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