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s’appuyer. Sans image, si l’on ne rapporte pas les données concernant le Mouvement à la connaissance de Ja force, si celle-ci est inconnaissable, il n’y a plus d’unité de mesure, plus de connaissances positives, plus de Science possible.
Cette vérité, si souvent formulée dans ce Chapitre, devient plus manifeste encore, si l’on considère que ces rayonnements, perçus comme différant les uns des autres, sont tous identiques en nature. Qu'on fasse objectives ou Subjectives leurs différences Spécifiques OU qualitatives, question que je réserve, il faut en chercher la raison dans la nature même de la force : si
est condamnée à se taire.
C'est un progrès considérable accompli par le positivisme anglais Coniemporain sur celui d'Aug. Comte, de reconnaître Comme objet de Science, non-seulement les phénomènes externes, mais les faits internes. Les
Anglais ont Certainement bien mérité de la psyc 10logie ;
Mais passons.
S'ils ont pu exceller dans les recherches psychologiques, c’est malgré leur principe : en un mot, ici encore, si, Comme le proclame Spencer, la Conscience est inconnaissable, du même Coup Ses modifications le deviennent.
Les idéalistes qui ramênent tout fait objectif à une modification du sujet, doivent, si les Considérations précédentes les ont COnvaincus, nous aCCorder comme
Marat
Que M. Spencer soit idéaliste ou non, ce que je ne démêle pas bien dans ses ouvrages, il semble que nous n’ayons ici qu'à enregistrer ses aveux. « Considérons, «dit-il, 20n pas les forces auxquelles nous altribuons « nos modifications subjectives, mais les modifications ( subjectives elles-mêmes (1). » Ces modifications forment une série, une chaîne dont les deux bouts nous échappent. Donc la série;de ces modifications est irreprésentable, par conséquent inconnaissable ? Chaque terme de la série, chaque modification est-elle plus connaissable ? I] faut dire des faits de conscience ce que noùs avons montré de tout phénomène. Un fait de conscience west tel qu’en tant qu'il est actuel, c’est-à-dire présent. Mais le présent, du point de vue du devenir, est zéro. C’est une limite entre le passé qui n’est plus et l'avenir qui n’est pas encore. Pour lui donner une réalité, bien plus, uneintelligibilité, une cogitabilité, pour en faire enfin un objet de pensée, il faut s’élever au-dessus des lois du mouvement et du devenir : en un mot, si la conscience, identique en elle-même et douée d’une permanence, image de l'éternelle existence, est inconnaissable, ses modifications sont impensables.
La conclusion demeurerait inattaquable quand même on confondrait ici concevoir avecpercevoir. On soutient que « la conscience implique un changement perpétuel «et l'établissement perpétuel de relations entre ses phases successives (2). »
Cette proposition, communément acceptée comme un axiome par l’école de psychologie expérimentale, n’est qu’une partie de la vérité. Bien plus, elle est inintelligible si on ne la complète par la contre-partie, ou, si Pon veut, par l’autre partie de la vérité: le changement lui-même
(1) Premiers Principes.
(2) Op. cit., p. 66.
n’est concevable que si Von conçoit quelque chose qui, ne changeant pas Substantiellement, éprouve d’abord. telle modification, puis telle autre. C’est la vieille doctrine d’Aristote qui nous amêne, à propos de la conscience, à poser une fois de plus notre conclusion : si l’être en SOI est inconnaissable, les faits Sont impensables.
€ Il suffit d'admettre Pexistence de ja conscience, me dirait Spencer, et je n'hésite pas à le faire. Lisez plutôt la page 68 (traduction française) de mes Premiers Prin- Cipes. » Cétte page est en effet très-remarquable ; j'en ai cité quelques lignes au premier chapitre du Liv. I, etje la transcrirais volontiers tout entière ici, parce qu’elle me semble contenir en germe la réfutation de tout le positivisme.
Pour nous en tenir au sujet du présent chapitre, Spencer ne s'aperçoit il pas qu’on ne peutadmettre l'existence de la Conscience, sans penser cette existence, et qu’en penser l'existence c’est en Connaîlre la nature, c’est-en avoir une idée positive. On peut chicaner là-dessus, quand il s’agit de toute autre existence : mais ici c’est impossible. Savoirqu’elle existe, c’est, pour laconscience, se saisir elle-même, se percevoir, se voir. Spencer reproche à M. Mansel, qui fait la même remarque, de se contredire. Il est possible en effet qu’un Kantiste, comme l'est M. Mansel d’après Spencer, se heurte ici à une contradiction et j'espère le faire voir. Mais M. Spencer se contredit bien autrement quand il ajoute: « La person- « nalité (car il vajusqu’à l’accorder à l’âme) la personna- « lité, dont chacun à conscience, est une chose qu’on ne (C peut nullement connaître : la connaissance de la per- « Sonnalité est interdite par la nature de la pensée(1). »
(1) Op. cit., p. 69.
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J'avais cru jusqu'ici, sur la foi du positivisme lui-même, que avoir conscience et connaître, c’est tout un.
Cette contradiction, ici manifeste, ailleurs plus voilée, circule à travers tout le chapitre des Premiers Principes sur les « idées dernières de la science, » comme un virus qui en corrompt et en détruit tous les arguments, toutes les affirmations. Cette contradiction d’ailleurs n’est pas autre que celle que M.Spencer pose en définitive entre le connaissable et l’inconnaissable.Ceci tue cela. Le soi-disant inconnaissable plonge dans le néant de la pensée le soi-disant connaissable.
Etablissons-le maintenant à propos des « idées der- « nières de la religion. »
Ici la thèse est plus radicale et par suite les conséquences sont plus désastreuses. Il ne s’agit plus de tel ou tel aspect de l’absolu, comme le temps, l'espace, etc. Il s’agit de l'absolu lui-même, qu’on déclare l'in concevable par excellence. Ce n’est donc plus telle ou telle application de la raison qui devient impossible : la raison elle-même se détruit.
S'il nous est interdit de penser la cause première et Porigine de l’univers, aucune cause, aucune origine ne tombera sous le regard de l’esprit. Toute idée de cause seconde, d’origine relative emprunte en effet ce qu’elle renferme de positif, d'affirmatif à la cause et à l’origine première. L'idée du relatifest un diminutif de idée de l'absolu ; elle est découpée dans l’idée de l'absolu.
Le positivisme accepte la conséquence, il est Vrai ; cest même la base de tout le système. Mais on ramène l'idée de cause à l’idée de succession et tout est dit : la science est possible.
Eh bien, non! telle ou telle théorie particulière, la détermination de telle ou telle loi conserve une apparence de vérité et de vie. Le détail des phénomènes est expliqué. Mais l'édifice scientifique tout entier manque de
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base et doit s’écrouler sous les coups d’une logique rigoureuse.
Quelle est en effet l'explication de l’univers la plus récente dans l'école positiviste ? Quelle théorie Synthétique coordonne en un système unique les découvertes de la science contemporaine? A quelle loi générale, en un mot, ramène-t-on toutes les lois particulières? Quelle formule résume et explique toutes les autres ?
On connaît la théorie de l’évolution, entrevue et indiquée par Diderot (1), appliquée par Lamarck (2) et Darwin aux espèces végétales et animales, étendue par Spencer à l’univers tout entier.
Le point de départ de l’évolution est une masse gazeuse homogène. Or, on peut retourner contre cette hypothèse tous les arguments de M. Spencer contre l'hypothèse de l’athéisme et du panthéisme sur l'origine de l'univers. C’est qu’au fond elle n’en diffère pas. Comme l’athéisme, l’évolutionisme élimine toute cause extérieure ; comme le panthéisme, il place au sein de cette masse, d’où sortiront successivement toutes les formes de l'existence, une nécessité immanente. \
Gette masse primitive, cette nébuleuse si l’on veut, est où finie ou infinie et dans le temps et dans l’espace.
Du point de vue du temps d’abord, si elle est finie, toute idée de cause créatrice étant écartée, avant le
premier moment de son existence, elle élait le néant,
première contradiction d’après M. Spencer lui-même ; le néant est passé de lui-même à lexistence, deuxième absurdité, toujours d’après le propre aveu de M. Spencer, Supposons-la éternelle. Dans la théorie de l'évolution,
(1) V. dans la Revue des Deux-Mondes du 15 octobre 1879, un remarquable article de M. Caro.
(2) V. Etude sur la théorie de l’'Evolution, par M. L. Carrau.
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avec le principe de l'instabilité de l’homogène, nécessaire à la théorie, on ne peut le faire sans supposer, en même temps, qu'elle a passé par une série infinie de changements, par une alternance sans commencement d’évolntions et de dissolution. Or une éternilé sérielle est une contradiction : nul ne l’a mieux prouvé que notre auteur. Donc, la nébuleuse en question n’est ni finie ni infinie sous le point de vue du temps. C’est-à-dire qu’elle est inconcevable ; qu’elle n’est pas donnée dans la pensée: la théorie n'a pas de point de départ et ne peut se développer.
Supposons néanmoins la nébuleuse existant à un moment du temps. Du point de vue de l’espace il faut la penser comme finie ou infinie.
Finie, elle est plongée dans un milieu hétérogène.
Si le milieu en effet était homogène, il ferait partie de la nébuleuse, qui dès lors ne serait plus finie. Si le milieu est hétérogène, nous perdons le postulatum, à sa— voir l’homogénéité du tout primitif. Nous abandonnons du même coup le bénéfice du principe de l'instabilité de l'homogène. Les relaiions qui existent nécessairement entre la nébuleuse et son milieu hétérogène peuvent, jusqu’à un certain point, expliquer les changements qui s’y produisent, mais ce n’est plus en vertu du principe de l'évolution. Il faut recourir à une autre théorie, laquelle devra commencer par expliquer les relations, « les correspondances » entre la nébuleuse et son milieu, correspondances d’où naïtront toutes les autres. Pour la logique, la plus simple relation est aussi difficile à expliquer que les correspondances les plus complexes.
Si a nébuleuse est immense et d'ailleurs parfaitement homogène, ses molécules sont dans un état d'équilibre et aucune cause mécanique assignable ne viendra le trou-
bler. Elle restera indéfiniment homogène (1). Faire intervenir la soi-disant instabilité de l’homogêne, que nombre de faits scientifiques démentent d’ailleurs, c’est attribuer à une pure abstraction une puissance extraordinaire. Les scolastiqués n’en permettaient pas tant à leurs entités. Donc, si la nébuleuse est finie, adieu l’homogène et son instabilité; si elle est infinie, la rupture de l’équilibre est inexplicable, adieu l’évolution.
Pour que cette théorie elle-même fût intelligible, il faut, de toute nécessité, admettre une puissance créatrice cause et de l’origine et des développements de la dite nébuleuse (2). Au sein de l’éternité et de l'immensité, indivisibles et pleines, de cette cause pourra évoluer, Sans bornes assignables, la série indéfinie des mouvements qui constituent l'univers sensible. L’irfini contient et explique la totalité éndéfinie des objets finis.
(1) Cela serait encore vrai quand même on regarderait les molécules comme acliives. « Imaginons l’univers rempli d'un nombre aussi grand qu’on voudra de principes actifs, identiques les uns aux autres, uniformément répandus dans l’immensité, et par suite en état d'équilibre par fait. Tout sera endormi dans un sommeil absolu, où la forme sans figure el la force sans ressort seront comme sielles n'étaient pas. Eutre une subsiance homogène, immobile et identique à ellemême dans tous les points de l'espace, et le néant, la raison n’aperçoit aucune difference. Dans un pareil système rien ne pèse, puisqu'il n'y a pas de centre d'attraction ; la chaleur n’y est pas plus possible que la lumière, puisque ces deux formes de l'énergie sont liées à l'existence de systèmes de vibrations inégaux, de milieux diversifiés et de groupements moléculaires variés. À fortiori, les phénomèêues de la vie seront-ils incompatibles avec cette universelle unité de substance, avec cette invariable identité dynamique. »
(Fernand Papillon, Revue des Deux Mondes, 1° juin 1873.)
Méditer à ce sujet l'expérience de M. Plateau.
(2 L'étoffe primordiale est peu de chose à côté de la puissance du tisserand qui en arrange les fils et qui sait d'avance quelle sera la physionomie de la trame. (F. Papillon, loc. cit.)
L'existence même des différences implique nécessairement une cause ordonnatrice et régulatrice. (Ibid.)