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puisqu'elle est nécessairement en relation avec son effet. C’est jouer sur l’équivoque, qui s’attache à ce terme d’absolu. Quand on dit : Dieu, c’est l'absolu, on affirme Sa souveraine indépendance. Or, la création ne la lui enlève pas, du moment qu’on en fait, comme il est rationnel, un acte de libre amour. Il peut donc être à la fois l’absolu et la cause par excellence. En dehors de lui toute cause est plus ou moins subordonnée à ses effets, parce qu'aucune cause n’est inconditionnée dans son action. Aussi n’y a-t-il de cause, dans le sens absolu du mot, que Dieu. Et l’idée de toute cause seconde est, comme on l’a dit plus haut, une idée diminuée de la cause première. Elle est en partie négative, en partie positive; négative du côté de sa dépendance nécessaire avec son effet ou avec les conditions de son action; positive par rapport à sa puissance de production, participation de la puissance suprême. Supprimez l’idée, absolumenti positive, de la cause absolue, toute idée relativement positive de cause relative devient impossible. De quelque côté que nous nous tournions, nous aboutissons toujours à la même conclusion. Li SENS
M. Mansel soutient que d’une part on ne peut refuser la conscience à l’absolu, que d'autre part la lui accorder, c’est introduire en lui la relation et par conséquent le détruire. C’est abuser ici du terme relation, comme on abusait tout à l’heure du mot absolu (4). On fait relation synonyme de dépendance, de même qu'on entend par absolu, un être duquel on ne peut rien affirmer: c’est une double pétition de principe. Quelle contradiction, dailleurs, y a-t-il à supposer qu'un être absolument intelligent se connaisse d’une connaissance complète,
(1) V. la thèse de M. Ollé-Laprune, De la certitude norale, p. 196 et suiv., sur la personnalité, et aussi sur la bonté, en Dieu.
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adéquate, soiten un mot, absolument conscient? Aristote, que l’on ne peut guère accuser d’ignorer les lois de la contradiction, a donné de l'être qui est tout en acte, qui est acte pur, en un mot de l’absolu, une définition qui résistera à la critique la plus subtile, écrw à nets, vnasus vos. (Metaph., XII, 9.)
On dit : il faut, pour donner la conscience à l'absolu, le dédoubler en sujet et en objet. C'est s'effrayer d’un mot ou plutôt c’est abuser de son obscurité. Qu'est-ce à dire : dédoubler ? Aurons-nous deux êtres, substantiellement distincts, dont l’un connaîtra l’autre ? Mais cela, ce n’est pas se connaître, être conscient.
Puisque nous avons affaire ici à un théologien, c'est par la théologie qu’il conviendrait de lui répondre, et opposer à ses subtilités la profonde doctrine de saint Thomas sur les relations en Dieu. Mais restons à notre
centre de perspective.
Si le fait de la conscience est difficile à expliquer, ce n’est pas dans l'absolu, mais dans le relatif, non pas en Dieu, mais dans l’homme. Nous l'avons déjà vu, un état de conscience perçu est, en réalité, un faisceau d'états de conscience imp2rceptibles. Toutes les études psychologiques faites de nos jours sur l'inconscient, ne permettent plus de douter de l’exactitude de ce texte de Leibniz
-que je prends parmi beaucoup d'autres (1) : « Nos gran-
« des perceptions et nos grands appétits, dont nous nous « apercevons, sont composés d’une infinité de petites « perceptions et de petites inclinations, dont on nesaurait « s’apercevoir. Et c’est dans les perceptions insensibles « que se trouve la raison de ce qui se passe en nous,
.« comme la raison de ce qui se passe dans les corps
(1) Cité par M. Colsenet dans l'introduction de sa thèse sur la vie inconsciente de l'esprit, p. 7.
TER « sensibles consiste dans les mouvements insensi- « bles. »
Pourquoi ne percevons-nous pas les éléments de la conscience ? Evidemment parce que le regard intérieur est trop faible, de même que les éléments des corps où des phénomènes externes échappent à la faiblesse de nos yeux. Supposez un regard infiniment perçant, au— trement dit une conscience tout en acte, absolue, l'être qui en sera doué se connaîtra tout entier, parce qu’il est d'ailleurs indivisible. Son verbe sera infini comme luimême, substantieilement identique à lui-même, quoique réellement distinct. On peut dire de lüi sans aucune restriction : en se pensant, il se pose, parce qu’on peut dire réciproquement et avec une égale vérité : en se posant, il se pense. Pour lui, être et se connaître, il faudrait ajouter : et s’aimer, c’est un seul et même acte.
Au contraire, un être qui est partie en puissance, partie en acte; une conscience dont le fond et les éléments sont l’inconscient ; une connaissance de soi dont on ne peut jamais dire : elle est accomplie, mais, elle devient, elle se fait; elle sort insensiblement, sans jamais cesser d’être indéfiniment décomposable, des ténèbres de l'inconscient, pour émerger à la lumière, mêlée d'ombre, d’une conscience qui n’est jamais pleine et entière : voilà ce qui est difficile à expliquer, voilà l’indéterminé, l’inachevé, l’inconnaissable. En réalité la conscience en nous ne s'explique que par une participation de la vie insconsciente de notre esprit à la vie pleinement consciente de l'esprit absolu. Supprimez cette lumière indéfectible, présente dans notre âme, ainsi que s'accordent à l’enseigner tous les philosophes et tous les théologiens qui ont christianisé le platonisme (1), et l'om-
(1) La théorie de l'intellect actif d’Aristote suppose également ja présence dans notre intelligence de la lumiere divine.
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bre et la nuit nous envahissent; la conscience disparaît. BosSuet a écrit : « La connaissance de nous-mêmes nous élève à là connaissance de Dieu. » Nous le dirons après lui, en nous demandant comment et en quel sens. Mais nous ajouterons que la connaissance de Dieu, et d'un Dieu infiniment conscient, une fois obtenue, nous pouvons redescendre en nous et acquérir alors une connaissance de nous-mêmes beaucoup plus complète. C'était la vraie doctrine de Descartes et de Malebranche. Ici, nous nous contenterons de répéter la conclusion, le refrain, si j'ose le dire, de ce chapitre : faites Dieu et la conscience absolue, inconnaissables, et il n’y a plus de concience possible (1).
Après cet examen de toutes les « idées dernières de la science et de la religion » passées en revue par Spencer, 1l est temps de résumer toute cette critique en examinant le principe et le procédé logiques qui ’'amènent à ces soi-disant contradictions ; nous allons voir que si l’on acceptait la théorie, elle conduirait plus loin.
Connaître, d’après Spencer, c’est se représenter, ou, comme disait Bossuet, imaginer. Or, on ne peut pas se représenter ni par suite connaître les ohjets immatériels et il faut exclure de la connaissance les idées abstraites et les idées générales. Ce sont, Spencer le dit lui-même, des symboles nullement confurmes à la réalité. Voilà donc l’homme réduit, en fait de connaissance exacte,
(1) J'aurais pu emprunter les termes de cette conclusion à Spencer « lui-même : « Si le non relatif ou absolu, dit-il (Premiers Princi- « pes, p. 97) n’est présent à la pensée qu’à litre de negation pure, la, « relation entre lui et le relatif devient inintelligible, parce qu'un « des termes de la relation est absent de la conscience. Si la rela- « tion est inintelligible, Le relatif lui-même est inintelligible faute de « son antithéèse : d'où résulte lévanouissement de toute pensée, » — Je ne crois pas qu’on puisse se condamner soi-même plus fortement.
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c’est-à-dire scientifique, à la sensation actuelle. Or, quoi de moins scientifique que la sensation ? La connaissance sensible est celle de la bête, incapable de dégager par Pabstraction et la généralisation lesensde ces signes qu’on appelle phénomènes. Que si Spencer, par une première contradiction, accorde à l’homme la faculté de former des concepts généraux, de formuler des lois, c’est pour faire de ces concepts des inexactitudes et des illusions, de ces lois des choses inintelligibles et impensables. Il faut dire de toutes les lois scientifiques, ce que M. Spencer affirme de celles de la force : « Il est impossible de comprendre les lois « qui en régissent les variations. » La science serait donc réduite à répéter des formules inintelligibles et qui n’ont rien de commun avec la réalité. Il est difficile de la condamner plus durement, plus complètement.
Et plus la science va en avant, plus elle se perd dans l'indéterminé, dans l’inconnaissable, dans l’inintellicible. L'induction, son véritable, son seul instrument logique, vide peu à peu de leur contenu les généralisations qw’elle fournit, jusqu’à ce qu’elle arrive à la généralisation la plus haute, dans laquelle la pensée est égale à ZÉTO.
Est-ce une exagération de dire que le positivisme, par sa théorie de l’Inconnaisable, aboutit au nihilisme ?
Le mot est d’un criticiste éminent. Voyons maintenant si la doctrine de Kant est plus heureuse et plus féconde.
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