‹ Les théories de l'inconnaissable: Les degrés de la connaissanceChapitre 29 sur 43 · ALL À · texte numérisé non relu

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çus que parce qu’ils affectent notre organisme (1). Or, d'après la 4° proposition de la 5° partie : « Il ny a pas « d'affection du corps dont nous ne puissions nous for- « mer quelque concept clair et distinct.» Voilà Spinoza, semble-t-il, d'accord avec les empiristes pour signaler dans l’expérience la source d’idées claires, positives et parfaitement déterminées.

Pas du tout: cette proposition a un tout autre Sens. Il le faut bien puisque, d’après Spinoza : « les idées et « les affections du corps humain, en tant qu’elles se « rapportent seulement à l'âme humaine, ne sont point « claires et distinctes, mais confuses. » (Propos. 88, « part. Il.) Et, en général, la connaissance du premier « genre est l’unique cause de la fausseté des idées. » Elle se compose des perceptions « fournies par l’expérience vague. » En d’autres termes, rien de plus indéterminé que les choses sensibles expérimentalement connues, rien de plus éloigné de la véritable connaissance, de plus rapproché de l’Inconnaissable. Nous n’avons ici qu'à transcrire : « L’âme humaine, toutes « Les fois qu'elle perçoit les choses dans l’ordre commun « de la nature, n'a point d'elle-même, ni de son corps, « ni des corps extérieurs, une connaissance adéquate, « mais seulement une connaissance confuse et muli- « lée. » (Coroll. de la prop. 29, £° part.)

Comme quoi le Spinozisme enveloppe dans la même théorie de l’Inconnaissable, tous les objets de lexpérience externe et même interne.

La connaissance du second genre nous donnera-t-elle du moins quelques idées claires, déterminées, scientifiques ? On peut l’espérer, puisqu'elle est constituée par « les notions communes et les idées adéquaies que nous

(1) V. Ethique, part. IT, propos. 17.

« avons des propriétés des choses. » (Propos. 40, sch. 21) Le corollaire de la proposition 88 est encore plus net: « Tous les corps se ressemblent en certaines choses, les- « quelles doivent être aperçues par tous d’une façon « adéquate, c'est-à-dire claire et distincte. »

Mais ici, comme plus haut, il faut entendre le langage de Spinoza. Ces idées communes ne sont claires et distinctes qu'autant que nous les déduisons de l’idée de Dieu. Elles ne sont adéquates gwen Dieu et en nous, en tant que Dieu nous constitue et pense en nous d’une manière déterminée. (V. la démonstr. de la prop. 39.) De telle sorte que Spinoza peut écrire à deux pages de distance ces deux phrases en apparence contradictoires : « Ce qui est commun à toutes choses ne se peut conce- « voir que d’une façon adéquate. » — « Le Corps « humain n’est capable de former à la fois, d’une ma « nière distincte, qu’un nombre déterminé d'images. « Si ce nombre est dépassé, les images commencent de «se confondre; et, s’il est dépassé plus encore, les « images se mêlent les unes avec les autres dans une «€ confusion universelle ; et, dès lors, l'âme n’ihagine « plus les corps que d’une manière confuse et sans « aucune distinction. »

Nous voilà retombés dans l’Inconnaissable, si l’on fait, de la connaissance du second genre, une généralisation de l'expérience. Il faudra atteindre le degré supérieur : « L’effort suprême de Pâme et la suprême vertu, c’est « de connaître les choses d’une connaissance du troi- « sième genre. » (Part. V, prop. 25.)

Mais nous rencontrons ici une contradiction plus flagranie que toutes les autres. Ou plutôt c’est l’un des cas particuliers de la contradiction fondamentale qui vicie tout le système et que M. Saisset a signalée après Leibniz. Spinoza se débat sans cesse entre le besoin de

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recourir à l'expérience et l'intention systématique de l’écarter. C’est ainsi qu’il écrit (prop. 24, part. IL): « Plus nous comprenons les choses particulières, plus nous comprenons Dieu, » quand sa méthode et sa vrale pensée devraient lui faire dire: « Plus nous comprenons Dieu, plus nous comprenons les choses particulières. »

D'ailleurs ce n’est pas de la connaissance du premier genre, mais de celle du deuxième que nous pouvons passer à celle du troisième : la contradiction n’est pas moins manifeste : « Le désir de connaître les choses d’une con- « naissance du troisième genre ou leffort que nous « faisons pour cela ne peuvent naître de la connaissance « du premier genre, mais s peuvent naître de celle « du second. » (Part. II, prop. 28.) La démonstration de cette proposition est peu logique et monire bien l'embarras, conscient où non, de Spinoza : « Les idées « qui sont en nous claires et distinctes ou quise rappor- « tent à la connaissance du troisième genre ne peuvent « résulter des idées confuses et mutilées, lesquelles se « rapportent à la connaissance du premier genre, mais « bien des idées adéquates, c’est-à-dire de la connais- « sance du second et du troisième genre. » Ainsi, nonseulement on n’examine pas si les deux genres supé— rieurs de connaissance comportant tous deux des idées claires, le second ne provient pas du troisième plutôt que le troisième du second, mais encore Spinoza s’oublie à dire que le froisième genre résulle du troisième genre. Cet exemple donnerait une pauvre idée de la logique de Spinoza, pourtant si fameuse

Quoi qu’il en soit,arrivons à cette connaissance du troisième genre, « but de l'effort suprême de l’âme et suprême vertu. »

Spinoza répète à satiété que la connaissance intuitive

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