‹ Les théories de l'inconnaissable: Les degrés de la connaissanceChapitre 30 sur 43 · OISE · texte numérisé non relu

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de Dieu est une idée adéquate, claire, parfaite ; l’idée par excellence et qui donne toutes les autres à celui qui sait les en déduire.

Qu'est-ce que cette idée ? À priori, c'est l’indétermination pure, la suspension absolue de la pensée. Tout ce qui est parfait n’est-il pas indéterminé ? Omnis delerminatio negatio est ; rien de négatif ne doit entrer dans cette idée. Mais renferme--t-elle quelque chose de positif, de vraiment clair et distinct? Non assurément, Surtout si l’on donne au mot positif le sens actuel, si on le fait synonyme de Scientifique. Pour les penseurs Contemporains, pour les savants, pour les philosophes de l’école de Spencer, pour bien d’autres peut-être, cela seul est positivement et scientifiquement connu qui est déterminé, et déterminé quantitativement. Or la détermination et la quantité ne peuvent entrer ni en Dieu ni en son idée.

Au reste, l’idée absolue de Dieu a cela de commun avec toute idée absolue ou, par une transposition légitime des termes, avec toute idée d’un absolu quelconque : la matière, l'esprit, aussi bien que Dieu. Méditons ce passage important, qui résume et conclut la Réformede l’entendement CE >

« Les idées que l'entendement forme absolument «expriment l’infinité; celles qu’il tire d’autres idées « Sont déterminées...

« L’entendement perçoit les choses non pas tant sous « la condition de la durée que Sous un certain caractère « déternité et en nombre infini; ou plutôt, en perce- « vant les choses, il ne considère ni le nombre, ni la « durée, au lieu que, quand il imagine, il les perçoit

(1) Trad. Saisset. T. III, p. 342.

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« dans un nombre déterminé, dans une durée et avec « une quantité déterminées. »

Remarquons-le : Spinoza accorde ici la détermination, c’est-à-dire, semble-t-il, le caractère positif et scientifique, aux idées fournies par l’imagination ou représentation. Ce serait la thèse de l’empirisme contemporain, celle de Spencer. Mais nous avons vu que la représentation est le domaine du trouble, de la confusion, de Pinadéquat. Pour Spinoza, détermination et confusion seraient donc synonymes; la même idée serait donc à la fois déterminée et indistincte, c’est-à-dire indéterminée. On comprend qu’on ait pu rattacher Hégel à Spinoza et faire remonter jusqu’à lui l’origine de l’identité des contraires.

Mais, dit-on, Hégel n’identifie pas les contraires, il les concilie (1). Spinoza aussi. Transportez dans l'absolu et l'infini ces idées particulières ; considérez-les dupoint de vue de l’éternilé : de confuses qu’elles étaient, elles deviennent parfaitement claires et adéquates. Ainsi, les mêmes idées sont confuses du point de vue du temps, dans le relatif; claires du point de vue de l'éternité, dans l'absolu. La conciliation est opérée, la contradiction a disparu.

Mais restent-elles positives et déterminées? C'est là toute la question. Elle l’étaient tout à l’heure, d’après Spinoza ; elles échappent maintenant à toute détermination. L’absolu ne souffre point de limite, point de négation, point de détermination, en un mot, rien de mesurable et de positif. Nouvelle contradiction: du point de vue de l'éternité et de labsolu, les idées sont claires, adéquates, parfaites, mais indéterminées, c’est-

(1) On connaît les interprétations et les imitations de M. Fouillée, le grand conciliateur.

à-dire qu’ellés échappent aux conditions de la pensée : le suprême connaissable devient l’Inconnaïssable absolu.

Cette fois, pas moyen de sortir de l’impasse. Où chercher en effet un objet pour la pensée ? une pensée au sens propre du mot? Le premier et le second degré de la pensée, il me semble l’avoir prouvé, sont l’Inconnaissable, si on les prend isolément et en eux-mêmes ; si on les unit au troisième degré, on les appuie à l’Inconnaissable absolu. Comment l’Inconnaissable plus l’inconnaissable donnerait-il le connaissable ?

Résumons toute cette discussion en deux mots et en reprenant l’ordre véritable des idées de Spinoza.

Au sommet de l’entendement, la Pensée absolument indéterminée. De là il faut déduire toutes les idées. De l’indéterminé ou de l’inconnaissable on ne saurait, par aucun artifice de logique, tirer le déterminé etle connaissable. Que dis-je ? plus la déduction est rigoureuse, plus complètement l’inconnaissable envahit tout, plus rapidement et plus sûrement on arrive aü nihilisme absolu, dans l’ordre de la pensée, comme dans celui de la réalité.

L’empirisme et le criticisme, en prenant pour point de départ le relatif, comme un terrain solide où la science peut asseoir ses certitudes, se font peut-être illusion. Du moins se donnent-ils quelque apparence de raison, produisent-ils illusion aux yeux d'autrui, en affirmant que lesprit, sorti du relatif et entré dans Pabsolu, se trouble, s’'évanouit et ne voit plus. Dans le Spinozisme, plus d’illusion possible. Spinoza nous jette de prime abord en plein inconnaissable et son inexorable déduction ne nous permet plus d'en sortir. Plus profonde à certains égards que les doctrines de Kant et surtout de Spencer, la sienne arrive à des conclusions plus radicalement dés-

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