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espérantes pour l’intelligence humaine et pour la science. Hors de cette extase impersonnelle et inconsciente, où le sage trouve le suprême bonheur, tout n’estqu'illusion (1). L'univers des corps et celui des âmes est un ensemble, une suite de phénomènes. Ces phénomènes, qui ne sont rien de réel en eux-mêmes, se tiennent et s’enchainent grâce à une substance absolument indéterminée, c’est-àdire qui, en dehors de ces mêmes phénomènes, r’a, elle non plus, aucune réalité. Rien sur rien, deux ou trois fois le néant: voilà à quoi se réduit cette métaphysique: le nirvâna radical, l’absence totale de toute pensée et de toute action, la mort et le silence : voilà logiquement toute la logique et toute la morale qu’on en peut tirêr,
Je veux bien que Spinoza fasse d’incroyables efforts, déploie une merveilleuse habileté à rendre à tout le mouvement et la vie. Ses propres principes, sa propre méthode le condamnent ; son système se détruit luimême. Un de ses descendants a voulu de nos jours faire sortir et évoluer le conscient de l’inconscient. C’est entreprise semblable. Le panthéisme est toujours le même.
Celui d’'Hartmann comme celui de Spinoza, comme celui des Alexandrins, comme celui des Eléates, succomberont devant les mêmes objections (2), devant le témoignage de la raison, de la conscience, et même, j'ose le dire, de la simple perception externe. Le monde, l'âme, Dieu, ce sont comme le disait Aristote, trois essences distinctes, et distinctes dans la pensée comme
(t) D'après la 27° prop. de la 5° Part, l'âme, en connaissant Dieu, « aurait l'idée de soi-même. » Mais comment serait-elle consciente dans lindéterminé absolu? On le voit, Spinoza sème les contradictions à pleines mains.
@) V. Un article de M. Franck sur Hartmann, dans le Journal des savants:
LH dans la réalité. Ce sont les trois degrés du connaissable qu’il s’agit d'apprendre à franchir.
Mais remarquons-le bien, si Spinoza nous a conduit à des conclusions beaucoup plus radicales que Kant et Spencer, ce qui nous a permis une critique plus courte et plus rapide, c’est que ceux-ci mutilaient seulement l'induction, tandisque Spinoza la renie complètement et semble l’ignorer. Qu’on ne s’étonne pas si nous cherchons à la restaurer : là est le nœud de toute la question du débat entre le Connaissable et l’Inconnaissable.
Une remarque avant de clore ce chapitre et ce livre. J’ai condamné dans Spinoza un langage queje parais adopter pour mon propre compte dans le chapitre précédent. Moi aussi, je vois dans les connaissances relatives et expérimentales, l’indétermination et le vague. Avec Spinoza, je soutiens que la pensée de l'absolu est au fond de toutes nos idées, et que seule elle fonde leur réalité logique et leur certitude. C’est qu’en effet, en donnant à plus d’un théorème de Spinoza un certain sens (qui n’est pas le sien), on obtiendrait une doctrine à laquelle je souscrifais des deux mains. Entre le panthéisme et la métaphysique spiritualiste il y a de nombreux points de contact et parfois identité de langage. Leibniz, qui à tant combattu Spinoza, s’est souvent rencontré avec lui dans la même expression des mêmes idées. Malebranche, quile traitait de « misérable », le côtoie sans cesse. N’ai-je pas dit qu'à mes yeux, sa philosophie est beaucoup plus profonde que celle de Spencer et même celle de Kant?
Mais si le panthéisme et le spiritualisme semblent parfois se donner la main, c’est par-dessus un abîme. Le Dieu du spiritualisme n’est pas celui du panthéisme, et cela suffit à rendre cet abîme infranchissable. Cette conception différente de Dieu entraîne en effet des
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