‹ Les théories de l'inconnaissable: Les degrés de la connaissanceChapitre 35 sur 43 · NET · texte numérisé non relu

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connue par leur physionomie et leur langage. Non-seulement je suis certain que toute plante est un système de forces vivantes et actives; mais comme tous les mouvements décrits et définis par la science sont coordonnés, obéissent, suivant l'expression connue de Claude Bernard, à une idée directrice, j’en conclus que le système est tout entiersubordonné à une force centrale, à une monade dominante, principe d’unité et d’harmonie, et par conséquent que cette force, que cette âme agit avec une certaine industrie, et ressemble en quelque manière et à quelque degré à l’âme humaine. Sans doute, elle n’a pas la conscience distincte et claire de ses actes ; elle ne les veut pas, au sens propre du mot, c'est-à-dire avec prévision et liberté, et dans la conscience il y a des degrés. L’âme humaine elle-même en présente une infinité. Dans la production des phénomènes vitaux elle déploie une énergie qui est insensiblement mais réellement consciente et volontaire (1). Ainsi de l'âme des plantes. Sans doute ce minimum de conscience et de volonté ne suffit pas à expliquer les merveilles de l’organisation végétale comme de l’organisme animal ; il faut y joindre le concours d'une intelligence et d’une puissance supérieures : le rôle joué par Dieu est considérable ; par suite, celui du principe créé est moindre, mais il n’est pas nul. Les plantes, pas plus que les animaux, ne sont des machines, mais des êtres vivants et, comme on dit, animés. Supprimez, disions-nous plus haut, dans l'âme humaine la raison et la liberté morale, réduisez-la à la partie sensible, vous avez l'âme d’un animal. Poursuivez la réduction ; ne conservez, si vous voulez, que la puissance végéta-

(1) V. dans le Principe vital et l'Ame pensante les chap. xxI : Perceptions insensibles, et XXII : Conscience de la vie.

tive : vous aurez l'âme de la plante. Comme l’âme humaine, en tant que principe vital, d’un nombre considérable de cellules indépendantes et sans cesse renouvelées, elle fait un tout coordonné ; au milieu du tour-

billon vital, elle maintient le type spécifique et con—

traint toutes les molécules, fournies par le milieu, à prendre une place déterminée dans un ensemble défini ; pendant la période d’accroissement, elle donne à l’organisme lénergie nécessaire pour acquérir plus qu’il ne perd; et quand la décroissance a commencé, elle maintient encore unis les éléments qui restent; elle défend la vie contre la mort (1), jusqu’à l'heure fixée par les lois de la nature, c’est-à-dire par leur auteur. Elle a, du reste, préparé à l’individu une sorte d’immortalité en donnant à son organisme la vertu génératrice (2). En un mot, dans la plante comme dans tout vivant, nutrition, accroissement, génération sont l’œuvre commune de l’âme et de l’organisme. Celui-ci est l’ensemble des matériaux sur lesquels celle-là opère. Lui prêter ces opérations, c’est en affirmer des attributs positifs et déterminés, non pas quantitativement, mais qualitativement. C’est la connaître. \ Métaphores, hypothèses, mots vides de contenu, dira un savant. Je veux bien que cette connaissance des qualités de l’âme végétative soit nulle du point de vue

(1) « Bichat disait que la vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort. Non que, par une puérilité indigne de son génie, il eût le dessein d'éliminer la notion de force de la définition de la vie. Mais c’est que, la vie ne se révélant à nos sens que par les fonctions organiques, et toute fonction organique étant essentiellement dynamique, définir la vie par les fonctions, c'était, en réalité, la définir par l’idée de force. » Magy, oper. cit., JO AE

(2) Ce ne sont pas les railleries de Molière sur la vertu dormitive de l’opium ni celles des modernes contre les qualités occultes des scolastiques, qui m’arrêteront ici.

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scientifique. Reste à savoir si elle n’est rien, du point de vue métaphysique. Nous comparerons les deux certitudes, qualitative et quantitative. En attendant je constate une fois de plus que la raison (par analogie, induction, peu importe) m’impose la première, et que l'âme de la plante ne n’est pas plus inconnue que Pâme de mes semblables, en ce qu’elles ont de commun. «II faut bien, « dit M. Bouillier, que toutes les âmes, sans exception, «depuis la première jusqu’à la dernière, aient la même « essence ; qu’elles soient, pour ainsi dire, de la même « étoffe; il faut bien aussi qu’étant toutes également « unies à des corps, elles aient toutes un certain nom- « bre d'opérations communes (1). »

Descendons enfin jusqu’à la matière dite inanimée. Je rappelle ici que les évolutionistes contemporains tiennent beaucoup à effacer les limites qui séparent l’inorganique de l'organique; à voir dans les plussimples relations physico-chimiques des faits biologiques rudimentaires, d’où l’on passera insensiblement et suivant la loi de continuité aux plus élevés : action réflexe, instinct, sentiment, intelligence, volonté. Il est certain qu'une chose morte, au sens rigoureux du mot, serait une chose qui n’existerait pas; exister et vivre sont synonymes. Le repos absolu ne se trouve nulle part dans la nature. Les êtres qui nous paraissent le plus inertes sont en réalité doués de mouvements imperceptibles mais réels, mesurables et mesurés.

Pour nous, qui, sous le mouvement et comme raison d'être du mouvement, voyons la force, nous serions amenés, semble-t-il, à renouveler les rêveries de Campanella et à douer tout être d’une âme; à peupler la nature des archées de Van Helmont, qu’on n’apas moins

(1, Principe vital et VAme pensante, p. 167.

raillées que les entités de la scolastique. Laissons Van

Helmont et Campanella, avec leur réputation équivoque, et tenons-nous à la monadologie de Leibniz et au dynamisme tel que le professent certain nombre de philosophes contemporains, comme MM. Papillon et Magy.

Quand on voit deux athlètes lutter et opposer l’un à l’autre des efforts si parfaitement égaux qu’ils sont immobilisés, ou deux taureaux vigoureux appliquer front contre front et se tenir mutuellement en respect, il ue vient pas à l’esprit qu’il n’y a là que des mouvements qui s’annulent, et par conséquent rien de saisissable, de réel. Il serait absurde de nier, dans ce cas, l’action et la réaction réciproques de deux forces opposées. Du point de vue dynamique, quelle différence entre ces cas et celui où une digue puissante oppose une résistance invincible à la pression d’une grande masse d’eau, qu'elle retient dans un bassin ? Pour moi, je n’en vois pas.

Il w’est impossible, dans ce dernier cas, comme dans les premiers, de ne pas affirmer l’action et la poor réciproques de deux systèmes de forces.

De même un homme robuste lance au loin un projectile; un peu de gaz, enfermé dans des grains de poudre ei dépassé subitement dans la chambre d’un canon, projette à deux kilomètres un obus de 25 kilogrammes; — un vendangeur écrase entre ses doigts une grappe de raisin; un pressoir exprime le jus d'un tonneau du même fruit en un tour de vis; d’un coup de poing déloyal sur la tempe de son adversaire, l’un de nos athlètes couche l’autre mort à ses pieds; une étincelle partie d’un nuage orageux le foudroie à son tour ;.… que dirai-je? On pourrait multiplier à l'infini les exonples. Tous seraient des cas particuliers d’un seul et même fait général : l’action et la réaction, égales ou inégales, de deux

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