‹ Les théories de l'inconnaissable: Les degrés de la connaissanceChapitre 6 sur 43 · PAT · texte numérisé non relu

PAT

: n PC h be NOR NORD TS

Mo in ur CE doré

UP CT PS PES Ve PT EE

d 'RIALT Te

me

S'il en est ainsi des idées dernières de la Science, à plus forte raison « les idées dernières de la Religion » sont-elles, d’après la théorie, « radicalement vicieuses « et illusoirés, et telles qu’on ne peut en aucune façon « les distinguer des pures fictions. »

Telles sont d’abord les conceptions que nous formons sur l'origine de l’univers. Prétendrons-nous qu'il existe par lui-même. Ajouter les mots par soi au mot existence ce n’est rien dire d’'intelligible. Nous pouvons nous faire d’un développement spontané une idée assez approximative de la réalité. Mais se représenter une existence par soi, c’est-à-dire sans commencement, c’est absolument impossible. Reculer à l'infini le premier moment dune existence, ce n’est pas le supprimer ; c'est simplement se jeter d’une autre manière dans l’irreprésentable,

- par conséquent dans l’inconnaissable, « Non-seulement

« la théorie athéiste est inconcevable, mais, ne le fût- « elle pas, elle ne serait pas pour cela une solution (1). » Soutiendrons-nous que l'univers s’est créé lui-même, c’est-à-dire que l'existence en puissance est devenue existence actuelle par l'effet d’une nécessité immanente ? Mais nous ne pouvons nous représenter ni l'existence potentielle qui est un pur rien, ni une nécessité immanente qui n’exprime pas autre chose qu'un changement se déterminant lui-même, ce qui est une absurdité. D'ailleurs, d’où viendrait l’existence potentielle ellemême? L'hypothèse panthéiste est inintelligible et inutile.

Reste l'hypothèse du théisme: la création par un pouvoir extérieur. Mais se représenter une création est impossible. Cette conception a été formée par analogie avec les productions de Part. Elle est purement

Joie

symbolique. La création de l’espace suppose d’ailleurs un vide absolu antérieur ; mais ce vide est inconcevable. Enfin on retomberait dans les contradictions d’une existence par soi.

« Tous nos efforts pour expliquer l’origine de l’uni- « vers ne peuvent donc que multiplier le nombre des « conceptions impossibles (1). »

La nature de l’univers n’est pas moins incogitable. Quelque cause que l’on suppose à nos sensations, la ma ère ou l'esprit, l’idée de cause nous amène iuévitablement à la cause première. Or supposer une cause première, c’est supposer quelque chose qui n’a pas de cause. Ce qui ne se peut. — Cette cause devrait être absolument indépendante. Mais la séparer de toute autre existence, c’est nier qu’elle soit cause. Elle est nécessairement en relation avec ses effets, ce qui est une dépendance. introduire des relations au sein même da la cause première, c’est y introduire la dépendance. Par exemple, la faire consciente d’elle-même, c'est reconnaître en elle un sujet et un objet dans une mutuelle dépendance. Et pourtant on ne peut lui refuser la donscience. — D'autre part, il faut à l'absolu une unité absolue; mais une unité sans multiplicité est inconcevable. $

En un mot, «la conception de l’absolu et de l'infini, « de quelque côté qu’on la considère, semble entourée «de contradiction. Il y a contradiction à supposer « qu'un tel objet existe, soit seul, soit uni à d'autres, «etily a contradiction à supposer qu’il n’existe pes. «Il y a contradiction à le considérer comme un, et il y « a contradiction à le considérer comme multiple. I] ya « contradiction à le regarder comme personnel, et il y

Le n

SRE

« a contradiction à le regarder comme impersonnel. « On ne peut sans contradiction se le représenter « comme actif, et on ne peut pas davantage, sans une « égale contradiction, se le représenter comme inactif. « On ne peut le concevoir comme la somme de toute « existence, nile concevoir seulement comme une partie « seulement de cette somme (1). »

De ce qui précède M. Spencer tire cette conclusion : « L'analyse de toutes les hypothèses possibles sur Pab- « solu, sur Dieu, démontre non-seulement qu’il ny a « pas d’hypothèse suffisante, mais qu’on ne peut pas « même en concevoir. Ainsi donc le mystère que toutes « les religions reconnaissent devient plus transcentdant « qu'aucune d'elles ne le soupçonne; ce n’est point un « mystère relatif, mais un mystère absolu (2). »

M. Spencer, qui, comme tous les Anglais, a le tempérament profondément religieux, se propose ainsi de mettre fin à l’antagonisme «le plus ancien, le plus pro- « fond, le plus grave et le plus généralement reconnu, « celui de la religion et de la science. » Il n’est pas raisonnable, d’après lui, de rejeter ni l’une ni l’autre; ce sont deux faits qui appartiennent au même titre à la constitution de notre intelligence comme à l'histoire de l'humanité. « Si la religion et la science reposent sur « la réalité, 27 faut qu'il y ait entre ell:s une harmonie « fondamentale (3). » Or cette harmonie, la voici : les idées dernières de la science et les idées dernières de la religion sont de purs symboles. L'une et l’autre abou-

(1) Spencer emprunte ces dernières contradictions et ce résumé à un théologien, M. Mansel, « parce que, dit-il, on ne peut faire mieux que lui. » En fait de théologie c’est n’être pas difficile.

tissent à cette vérité ultime que le fond de toutes choses est absolument inconcevable, inconnaissable.

Seulement, remarquons-le dès maintenant, en dehors de cette affirmation ultime qni se résout en une idée toute négative, c’est-à-dire une négation, la science conserve le vaste domaine des faits, où elle peut poser des affirmations positives. Que reste-t-il à la religion ? rien, absolument rien. De la sorte la science a le droit de parler, d'une manière relative, il est vrai, mais aussi d'une manière positive. La religion a le droit de se taire. À lune le Connaissable, à l’autre l’Inconnais- Sable.

Je doute que ce singulier accord soit du goût de tous les théologiens. AM. Spencer, qui le propose sérieusement, cite M. Mansel et voit en lui le type de tous «les théologiens éclairés de l’époque actuelle. » Il aurait pu également citer quelques auteurs catholiques modernes, qui, abusant du mot de mystère et des exagérations de Pascal et de Jansenius, condamnent aussi l’intelligence à se taire, à s’anéantir devant le dogme, et proclament impie lalliance de la philosophie et de la religion, autrement dit, de la raison et de la foi ().2

IS pourraient reconnaître leurs théories dans celles de M. Spencer. Comme lui, ils condamnent l'esprit humain au silence devant le mystère.

Nous n’avons pas à examiner ici le danger qu'on fait courir au dogme lui-même en n’admettant que la foi aveugle (2). Mais il est permis de s'étonner que M. Spencer semble ne connaître, en fait de théologie, que quelques travaux modernes, et ose biffer d'un trait de plume les monuments considérables de 1a théologie ca-

(1) V. le P. Ventura.

(2) V. Lettre sur l'étude de la philosophie, par Mgr Perraud, 1880.

Page 1