‹ Les théories de l'inconnaissable: Les degrés de la connaissanceChapitre 7 sur 43 · PRE · texte numérisé non relu

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tholique et protestante. Que S. Thomas et Leibniz, pour ne citer que ces deux noms, se fassent complètement illusion et croient dire quelque chose d’intelligible quand, en réalité, l'être dont ils parlent, les idées qu’ils émettent sont l’inconcevable, l’inconnaissable, c’est pour le moins étrange. Mais encore une fois nous n'avons pas a les défendre (1).

Nous nous demanderons plus tard s’il est permis d’identifier la Religion, et avec elle la métaphysique, au faux mysticisme des Alexandrins, lequel aussi s’évanouit dans l’inconnaissable, dans l’indétermination de la pensée. Nous nous demanderons surtout ce que devient la science elle-même dans cette théorie.

Ce qu'il importe de noter ici, c’est le procédé à l’aide duquel on obtient ces conclusions.

Les idées dernières de la Science, comme celles de la Religion, sont inconcevables parce que leur objet est irreprésentable. Il n’est même pas besoin, pour rencontrer ce caractère, d'arriver à ces idées dernières. Nous l'avons vu, dès qu’un objet, par ses dimensions Ou sa complexité, dépasse la faculté de représentation, il est inconnaissable. Toutes les idées générales en soni là. Le particulier, Vindividuel, encore sous certaines conditions de petitesse et de simplicité, tel est le seul objet dont nous puissions avoir une idée exacte, positive, c’est-à-dire scientifique. Nous voilà loin de l’aphorisme d’Aristote : « il n’y à science que de l'universel. »

Pressons d'avantage la théorie et arrivons à la conclusion de ce premier chapitre.

(1) « ILest étrange que les grands métaphysiciens, tant anciens « que modernes, vous disent unanimement : nous voyons, nous Con « naissons, et que certains philosophes, dont l'esprit ne peut avoir » plus de puissance et d'étendue, viennent leur dire : vous ne voyez « vous ne connaissez pas » (Tissandier.)

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Embrasser dans une idée plusieurs objets, ou, si l’on veut, observer successivement plusieurs phénomènes, dégager des conditions complexes et variables qui les accompagnent, la condition invariablement liée à la production de ces faits, c’est pratiquer l'induction.

Mais c’est en même temps éliminer, effacer successivement les traits de la réalité et s'engager dans la voie qui conduit aa symbole.

D’après cette théorie, l’induction serait donc une méthode qui vide peu à peu de leur contenu les conceptions que nous nous formons de la réalité. À mesure qu’elle nous mêne à des généralisations plus hautes, sa conclusion $’appauvrit. La généralisation dernière, la plus haute induction aboutit au néant de Ja pensée. L’induction donne en définitive l’Inconnaissable.

Nous voilà également loin de la doctrine de Platon, pour qui la dialectique menait à la source de toute déter-mination, à l’idée du bien, impliquant toutes les idées. C’est ce que le P. Gratry appelait: un procédé retourné. Au lieu de s'élever à l’Etre, on descend au néant. Mais ne critiquons pas encore. \

Le Positivisme d'ailleurs prétend bien ne pas far œuvre vaine en généralisant. « Cette formation de conceptions symboliques est le plus sonvent une opération très-utile et même nécessaire. Quand, au lieu de choses dont les attributs peuvent s’unir assez bien dans un seul état de conscience, nous avons affaire à d’autres choses dont les attributs sont trop étendus, « ou trop nombreux pour être ainsi réunis, il faut que « nous renoncions à Concevoir une partie des attributs « ou que nous n’en concevions aucun, c’est-à-dire que « nous en formions une conception te où MOINS SyM- « bolique où que n’en formions aucune (1). »

(1) Premiers Principes, p. 21.

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