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IV. — Les antinomies de la monnaie-marchandise

§ I. — Le médium des échanges.

M. Kitson transporte sa critique de la monnaie-marchandise dans la théorie générale de la circulation.

Ce n'est plus ici la fonction de mesure des valeurs, mais celle d'intermédiaire des échanges qu'il va considérer. Le terme circulation, exprimant un cours continu, a été, dans sa signification la plus large, comme je l'ai montré, emprunté à la biologie par les physiocrates ; à l'image de la circulation du sang, il exprime la continuité ininterrompue des échanges de richesses, entretenant la vie collective. Les mots currency^ circulating médium j intermédiaire de la c/rc^/a/io^ s'attachent plus étroitement, ainsi que Mac Leod le rappelle dans ses Principes de la Science économique (ch. IV, § 21), au moyen, à l'intermédiaire par lequel les marchandises sont mises en mouvement, à ce qui accomplit la fonction de faire circuler les marchandises, à la grande roue de la circulation d'Adam Smith. Les marchandises se meuvent, dit M. Kitson, en sens inverse de l'instrument de la circulation ; tandis qu'il se dirige vers le vendeur, elles se dirigent vers l'acheteur, et ces mouvements opposés embrassent tout l'ensemble des opérations commerciales du monde entier. La quantité de marchandises en circulation, dans un temps donné, est proportionnelle à la masse du médium de la circulation, multipliée par la vitesse avec laquelle il se meut. C'est son moment, en termes de mécanique. Il est manifeste qu'une petite quantité de cet intermédiaire se mouvant rapidement fera autant dé besogne qu'une grande masse se mouvant lentement. Ceci explique comment l'Angleterre, les Etats-Unis, avec moins d'argent par tête que la France, peuvent atteindre un chiffre beaucoup plus considérable d'affaires.

Dès lors, puisque la fonction du médixmi de la circulation est de faciliter le mouvement des marchandises, et puisque ce mouvement est proportionnel à la masse et à la vitesse de cet intermédiaire, il suit que celui qui se meut le plus rapidement et qui est le moins sujet aux dérangements est le meilleur, le plus utile, celui dont la circulation s'opère avec le moins de

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frottements. Il est évident, parla, que la monnaie-marchandise ne peut accomplir la fonction de la circulation aussi efficacement que la monnaie libre de cette association. Influencée comme elle l'est toujours par la marchandise même, elle a des mouvements constamment entravés et restreints.

C'est ainsi qa^ amasser, thésauriser j est directement contraire au commerce, puisque c'est retirer de la circulation une partie de l'intermédiaire circulant, et causer par là une diminution de moment, au sens mécanique, dans la masse mouvante de la circulation. Or, la propension à amasser {hoarding) vient du désir de conserver la possession de la marchandise avec laquelle la monnaie, est en général, associée.

Le désir d'amasser de l'or et de l'argent semble être universel parmi les classes les plus ignorantes, spécialement en Orient. On dit que de 1602 à 1734 les Indous enterrèrent i5o millions de livres sterling d'argent, venus originairement d'Amérique en Europe.

De i856 à 1866, l'Angleterre exporta aux Indes et en Chine 120 millions de Uvres en argent. Le penchant du paysan français à amasser est proverbial. Toutes les sommes amassées sont retirées de la circulation, ce qui tend nécessairement à réduire la circulation des marchandises. « Tout au commencement de la circulation des marchandises, dit Karl Marx, cité par Kitson, est né le désir passionné de maintenir ferme le produit de la première transformation. Ce produit est la métamorphose de la marchandise, ou sa chrysalide d'or. Les marchandises sont ainsi vendues, non avec le dessein d'en acheter d'autres, mais afin de remplacer leur forme marchandise par leur forme monnaie. Etant, au départ, im simple moyen d'effectuer la circulation des marchandises, ce changement de forme devient la fin. La monnaie se pétrifie en un trésor, et le vendeur devient un avare d'argent.

» Afin que cet or puisse devenir monnaie et puisse former un trésor, il faut l'empêcher de circuler ou de devenir un moyen de jouissance. L'avare, donc, sacrifie ses désirs à son fétiche d'or.

» D'autre part, il ne peut retirer de la circulation plus qu'il n'y a mis sous la forme de marchandises.

» Plus il produit j plus il peut vendre.

» Un travail forcé, Téconomie et l'avarice sont donc ses trois vertus cardinales; et vendre beaucoup et acheter peu sont la somme de son économie politique. »

Chaque somme d'argent retirée de la circulation doit être ainsi remplacée par des marchandises. Celles-ci ne continuent pas longtemps à circuler ; elles sont achetées pour la consommation et sont par conséquent continuellement retirées de la circulation.

La monnaie, au contraire, est créée pour la maintenir ; elle n'est jamais consommée. En remplaçant la monnaie par des marchandises, on augmente la besogne qui doit être faite par la monnaie encore en circulation. Le système de thésaurisation est semblable à l'action de percer le principal tuyau d'une machine à vapeur ou de détourner une partie du courant qui active la roue d'une usine.

La monnaie devrait être libre de tout fardeau inutile, comme le voyageur pédestre. Elle devrait ressembler au lièvre plutôt qu'à la tortue.

C'est ainsi que M. Kitson est conduit à l'examen de cette question encore controversée, à savoir : Quel degré d'extension il faut donner aux termes circulating médium, currency, intermédiaire de la circulation, circulation^ considérés comme synonymes? Que faut-il y comprendre, à côté de la monnaie métallique ?

En 1840, il y eut sur cette définition un débat intéressant au sein du Comité parlementaire de la Banque d'Angleterre. Certaines des théories qui y furent développées furent, depuis, incorporées à Vact qui reconstitua cette Banque, en 1844.

On trouve l'exposé de cette controverse dans les ouvrages de Mac Leod. C'est là que M. Kitson puise quelques citations importantes et qu'il est encore utile de reproduire. C'est ainsi que M. Normans, directeur delà Banque d'Angleterre, n'assigne les caractères d'ime circulation parfaite à aucun instrument de crédit :

« Je considère, dit-il, que les trois qualités les plus essentielles que devrait posséder la monnaie seraient d'être demandée universellement par chacun en tout temps et en tous lieux ; de posséder une valeur fixe; d'être un parfait numérateur. Il y a d'autres qualités, mais je crois celles-ci les plus essentielles»

Mais quand je regarde tous les instruments de crédit, je trouve qu'ils ne possèdent pas complètement ces qualités. Jls ne les ont qu'à un degré très bas; nous avons vu, en i835, la circulation diminuer avec une très grande augmentation des dépôts en banque; et il y avait toute apparence des effets d'une contraction.

» Par le terme numérateur ^ j'entends ce qui mesure la valeur des autres marchandises avec la plus grande facilité possible. Quand nous voyons tous ces expédients de banque, nous remarquons qu'ils possèdent les trois qualités dont j'ai fait mention à un degré très bas.

» Je ne puis les prendre qu'un à un ; une lettre de change est un titre ordinairement payable à une époque future et à im certain endroit à quelque individu particulier ; elle n'est d'aucun usage pour une autre personne, excepté quand elle lui est endossée.

» Un homme ne peut entrer dans un magasin avec une lettre de change et acheter ce qui lui manque ; il ne peut payer ses ouvriers avec une lettre de change. De même, avec un dépôt en banque ou un crédit aux livres d'une banque. »

M. Samuel-Jones Lloyd, depuis lord Overstone, n'embrassait dans la circulation que les espèces métalliques et les billets de banque.

« J'entends par le terme circulation, disait-il, des espèces métalliques et des billets promettant de payer ces espèces au porteur, sur sa demande. » — « Dans votre définition du mot circulation vous ne comprenez pas les dépôts? » — « Non, ]e ne le fais pas. » — « Y comprenez-vous les lettres de change? » — ce Non. » — « Pourquoi ne comprenez-vous pas les dépôts dans votre définition de circulation? » — « Les métaux précieux sont distribués dans les différentes contrées du monde par l'opération de lois particulières qui ont été recherchées et sont maintenant bien reconnues. Selon ces lois, chaque pays a une certaine portion des métaux précieux qui reste la même aussi longtemps que les autres circonstances restent les mêmes. Les métaux précieux convertis en numéraire constituent la monnaie de chaque pays. Ces espèces métalliques sont, dans les pays très avancés, représentées, dans certaines limites, par des billets promettant le paiement en espèces au porteur, sur sa demande ;

ces billets étant d'une telle nature en principe que leur augmen* tatîon supplée aux espèces métalliques avec une même extension. Quand ces billets sont en cours en mê|me temps que les espèces métalliques, ils constituent avec elles la monnaie ou la circulation de ce pays. Maintenant cette monnaie est marquée par certains caractères qu'on peut distinguer ; le premier de tous, c'est que le montant en est déterminé selon les lois qui opèrent la distribution des métaux précieux aux différentes contrées du monde; secondement, qu'elle est dans tous les pays la mesure des valeurs commune à toutes les autres marchandises, l'étalon, par rapport auquel la valeur de chaque autre marchandise est déterminée et tout contrat exécuté ; et troisièmement, elle devient l'intermédiaire commun pour le règlement de toutes les transactions, également, en tout temps, entre toutes les personnes et en tous lieux. Elle a de plus la propriété de remplir ces fonctions d'une manière indéfinie. Ni les dépôts en banque, ni les lettres de change ne possèdent ces qualités. D'abord, leur montant n'est pas déterminé par les mêmes lois que celles qui régissent la distribution des métaux précieux dans chaque pays; en second lieu, ils ne peuvent aucunement servir de mesure commune des valeurs, comme étalon, par rapport auquel nous pouvons fixer la valeur relative de toutes les autres marchandises ; et enfin, ils ne possèdent pas ce pouvoir d'échange universel qui appartient à la monnaie d'un pays. »

« Toute obligation de payer une somme due peut devenir un symbole de la monnaie, tout symbole peut acquérir certains avantages de la monnaie en circulation. La lettre de change peut être transmise par la méthode sûre et rapide de l'endossement, mais elle n'est payable qu'à une époque éloignée, et, pour la réaliser, il faut s'en dessaisir.

« C'est une obligation éventuelle que l'on contracte soi-même et sous le poids de laquelle le crédit souffre jusqu'à ce qu'elle soit acquittée.

« On n'est pas toujours disposé à révéler la nature de ses affaires par les signatures que l'on met en circulation. Ces inconvénients ont conduit à chercher un symbole de la monnaie toujours plus actif et plus convenable, qui participe, comme la lettre de change, aux qualités de la monnaie métallique, parce

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qu'il n'a que le mérite de la représenter; qui, semblable aux pièces de monnaie, est transmis de main en main, sans la nécessité d'être garanti par une signature, sans laisser de traces de son passage.

» Le billet, payable au porteur, émis par de puissantes associations formées sous les yeux de l'autorité et agissant sous la continuelle surveillance du gouvernement^ a apparu avec ces avantages. De là, les banques de circulation. »

— « Dans de semblables circonstances, le montant des crédits ouverts aux déposants sur les livres des banquiers a-t-il quelque relation avec la quantité de monnaie du pays ? »

— « Je crois qu'il en est dépendant à un très haut degré. Je considère la monnaie du pays comme le fondement, et les lettres de change comme l'édifice construit dessus. Je considère les lettres de change comme étant une forme importante des opérations de banque, et la circulation du pays est la monnaie à laquelle ces opérations doivent être ajustées ; toute contraction de la circulation du pays agira naturellement sur le crédit ; les lettres de change étant une forme importante du crédit, ressentiront l'effet de cette contraction à un degré très élevé ; elles seront contractées, en fait, à un degré beaucoup plus élevé que la circulation de papier. »

Sir Robert Peel. — « Quels senties éléments qui constituent la monnaie dans le sens que vous attachez à cette expression « quantité de monnaie »? Quel est le sens exact que vous attachez aux mots « quantité de monnaie, quantité de circulation métallique? »

— ce Quand je me sers des mots « quantité de monnaie », je veux dire la quantité d'espèces métalliques et de billets de banque, promettant le remboursement en espèces sur demande, qui sont en circulation dans ce pays. »

M. Kdtson cite encore le colonel Torrens, l'auteur dû projet de diviser la banque en deux départements, que sir Robert Peel adopta dans son act de 1844. Il dit : « Les termes de monnaie et de circulation ont été jusqu'ici employés pour montrer ces instruments d'échange qui possèdent une valeur intrinsèque ou dérivée, et par lesquels, selon la loi et la coutume, les dettes sont éteintes et les transactions terminées. Les billets de banque, payables en espèces sur demande, ont été compris dans ces

termes, aussi bien que les espèces, parce que, par la loi et la coutume, Tacceptation d'un billet d'ime banque solvable, non moins que l'acceptation des espèces, liquide les dettes et termine les transactions ; tandis que les lettres de change, les crédits en banque, les chèques et autres instruments par lesquels on économise Tusage de la monnaie, n'ont pas été compris dans les termes de monnaie et de circulation, parce que l'acceptation de tels instruments ne liquide pas les dettes, ne met pas un terme aux transactions. » Il dit encore, en réponse à quelques observations parfaitement justes de M. FuUarton : « C'est un écart évident dulangage ordinaire de dire que, si un achat est payé en billets de banque ou par une lettre de change, le résultat est le même. La monnaie et le crédit, tels qu'ils sont établis par l'usage universel du marché, un achat payé en billets de banque, c'est un achat argent comptant; tandis qu'une transaction négociée par le payement en une lettre de change est un achat à crédit. Dans le premier cas, la transaction est consommée et le vendeur n'a plus aucune action contre l'acheteur; dans le dernier cas, la transaction n'est pas consommée et le vendeur continue à avoir un droit contre l'acheteur. Un billet de banque liquide une dette ; une lettre de change enregistre l'existence d'une dette, promet sa liquidation à une date future. M. FuUarton se trompe quand il dit que les transactions qui ont été faites avec l'aide des billets de banque doivent rester incomplètes jusqu'à ce que ces billets soient revenus à la banque qui les a émis ou acquittés en espèces. Un billet de banque de loo £ peut passer des acheteurs aux vendeurs plusieurs fois par jour, et terminer à l'instant chaque transaction successive. Une lettre de change peut aussi passer des acheteurs aux vendeurs plusieurs fois par jour, mais aucune de ces transactions successives, dont elle est l'intermédiaire, ne peut être terminée avant 'que le dernier porteur n'ait reçu, en espèces ou en billets de banque, le montant de la somme qu'elle représente.

» Il y a donc la nécessité du remboursement ultérienr qui constitue le point essentiel de distinction y qui établit la limite entre la forme du crédit et celle de la monnaie. Il y a une nécessité qui s'applique aux lettres de change et aux chèques, mais non pas aux billets de banque.

Ces dépositions, et bien d'autres encore, sont textuellement

reproduites dans les Principes de la Philosophie économique de Mac Leod et dans sa Théorie du Crédit, avec les observations critiques de cet économiste célèbre. M. Kitson les fait siennes ; et il n'est peut-être pas de moyen de mieux faire saisir leur commune pensée, que d'emprunter directement tout d'abord quelques lignes à Mac Leod lui-même :

« Cette circulation n'est autre chose que l'attestation d'un service antérieurement rendu, dont on n'a pas encore reçu l'équivalent, mais qui peut être réclamé immédiatement, ou à l'échéance fixée... Ces simples considérations éclairent d'un trait la nature fondamentale d'une currency. Il est clair, en effet, que son usage principal est d'attester et d'enregistrer des créances, de faciliter leur transfert d'une personne à l'autre, et quels que soient les moyens que l'on emploie pour y atteindre. Or, argent, papier, ou tout autre, c'est un instrument de circulation, currency, et, en quelque matière qu'elle consiste, elle atteste et représente une créance transmissible, rien d'autre. » (Mac Leod, Principes de Philosophie économique, ch. IV, § 20 et suivants.)

M. Mac Leod est d'ailleurs resté fidèle à cette conception jusqu'aujourd'hui, et nous lisons dans une récente communication (1896), qu'il a faite zm National libéral club political Economy Cercle, sur le crédit : « Si un marchand achète des marchandises à crédit, il fait circuler ces marchandises exactement de la même manière que s'il les avait achetées avec de l'argent; et ce crédit affecte les prix exactement de la même manière que la la monnaie. Dès lors le médium circulant, circulating médium, consiste dans la monnaie et le crédit dans toutes ses formes, qu'elles soient écrites ou non écrites. »

Ayant ainsi atteint une généralisation assez haute pour envelopper toutes les formes de crédit et la monnaie elle-même dans une commune propriété d'opérer la transmission d'une créance, M. Kitson combat successivement toutes les thèses qui se ramènent à resserrer plus ou moins étroitement la notion du médium de la circulation.

Il repousse d'abord, contre M. Normans, l'idée qu'une substance ou une matière quelconque soit l'objet d'une universelle demande ; les billets de la Banque d'Angleterre, les souverains et les shillings ne sont pas des objets de demande

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dans la circulation à tous les moments, sur tous les points, chez tous les peuples. Si l'universalité était le caractère nécessaire du médium de la circulation, il n'y aurait pas de circulation. Il dit encore que, d'ailleurs, cette prétendue universalité des instruments de circulation que l'on défend est, au sein même de chaque nation, le fait de la loi : l'artifice d'établir par la loi, dit ironiquement M. Kitson, un système d'échange et d'obliger les gens à trafiquer par ce moyen, et de soutenir alors qu'il existe une demande universelle de la chose, est digne de souvenir.

M. Kitson condamne la distinction faite par le col(mel Torrens entre la monnaie et les billets de banque, d'une part, les crédits en banque^ lettres de change, chèques,.etc., de l'autre. Torrens a soutenu que le billet a pour l'acquit d'une dette une efiicacité qui manque à la lettre de change. La critique de Torrens a déjà été faite avec beaucoup d'habileté par Michel Chevalier {La Monnaie, section I, ch. V). Mac Leod a repris, avec des développements nouveaux, la thèse de Michel Chevalier {Philosophie économique, 1. c.)

M. Kitson se place surtout au point de vue de la fonction de la monnaie. Je continue à la traduire complètement.

Un acte légal, dit-il, ne' peut ni faire un échange complet d'un demi-échange, ni convertir la monnaie en marchancUse. Nous avons déjà vu qu'une vente de marchandises pour de Targent n'est, en économie, qu'une demi-transaction, et qu'elle n'est complète que lorsque la monnaie est échangée contre d'autres produits ; donc, économiquement parlant, une transaction n'est pas plus terminée par l'usage d'un étalon monétaire ou d'un billet de banque que par l'usage d'un chèque ou d'une lettre de change.

La distinction établie par Francis Walker, entre les billets de banque et les chèques, dans son ouvrage sur La Monnaiey est que les premiers sont une forme de crédit entre le détenteur et celui qui les a émis, mais non entre le vendeur et l'acheteur, tandis que les chèques sont une forme de crédit entre les premiers et les derniers. Une autre distinction faite par lui, c'est que les chèques sont acceptés avec références prises sur le caractère et la situation des personnes qui les offirent, tandis qu'il n'en est pas ainsi pour les

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billets de banque ; et enfin, que les chèques passent usuellement par des endossements successifs, et les billets de banque non pas.

Ces distinctions, cependant, quand on les examine soigneusement, ne constituent pas une différence vitale ou fondamentale dans la nature des instruments eux-mêmes. La première distinction n'est pas importante ; c'est une simple coïncidence qui fait que le détenteur et le souscripteur d'un chèque sont habituellement l'acheteur et le vendeur.

Quant à recevoir des billets de banque « sans références sur les personnes qui les offrent », cela n'est pas vrai. Si j'emprunte de l'argent dans une banque, et si je suis payé en billets de cette banque, je les prends les croyant valables, et avec confiance dans les personnes qui les offrent. Si j'avais le moindre doute à ce sujet, je ne les prendrais certainement pas; je traiterais avec une banque en laquelle j'aurais confiance,

La seule distinction qui puisse être établie entre les chèques et les billets de banque est la différence dans le degré d'acceptation, et, dans certains cas, il est contestable qu'il y ait même une différence à cet égard. Les chèques d'un homme d'affaires bien connu, ou d'une corporation, passeront couramment dans une société aussi aisément qu'un billet de banque. Dans les deux cas, le degré d'acceptabilité (acceptability) est mesuré par le crédit de celui qui les émet. Il est quelque peu étonnant de voir le professeur Walker classer les billets inconvertibles comme monnaie, tandis qu'il exclut les chèques et les lettres de change, spécialement, après avoir dit : « Est considéré comme monnaie, ce qui en remplit les fonctions ». Ce qui constitue la monnaie, c'est ce qui remplit les fonctions d'intermédiaire d'échange. Elle enregistre des dettes exprimées dans les termes d'un dénominateur des valeurs. U acceptabilité' est généralement la condition sine qua non de la monnaie. Mais jusqu'à quel point un instrument devient-il monnaie? Nous avons vu qu'il n'y a pas de monnaie universellement acceptable. Dans quelques contrées, l'argent a été l'étalon légal au lieu de l'or. L'or est l'étalon dans d'autres pays où l'argent ne l'est pas. Mais, même dans les pays où un étalon métallique similaire est employé, les pièces d'une contrée ne circuleront pas dans une autre. En fait, la monnaie ne va jamais réellement

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d'un pays dans un autre. Elle doit être vendue en lingots pour être réalisée ou être échangée comme marchandise. La même monnaie n'est pas universellement acceptable,

Mac Leod établit une similitude entre les chèques, les lettres de change et les billets de banque, même considérés au point de vue de la loi anglaise,

« Les billets de banque, les chèques et les crédits en banque sont exactement sur le même pied pour Uquider les dettes et terminer les transactions. Aucun débiteur ne peut forcer son créancier à accepter un billet de banque ordinaire, un chèque ou un crédit en banque, en payement d'une dette ; mais sHl accepte volontairement, tout cela liquide également les dettes et termine les transactions. L'offre d'un chèque équivaut à celle d'un billet de banque ordinaire. Et, quand la banque a transféré le crédit du compte du débiteur à celui du créancier, elle liquide la dette et clôt la transaction en tous points, comme s'il y avait eu un payement en argent. Si un créancier accepte d'être payé par un chèque et le garde pendant un temps indu, sans le présenter à l'encaissement, et si la banque fait faillite, alors qu'un crédit suffisant existait au compte du débiteur, la dette entre le créancier et le débiteur est liquidée et la transaction terminée. » Tels sont les faits, suivant les lois anglaises. En comprenant les billets de banque dans la currency, les chèques et les lettres de change, donc, doivent y être également classés. M. Kitson, dans cette longue digression, aboutit aux conclusions de Michel Chevalier et Mac Leod. Il s'attache, en concluant, à montrer combien les écrivains qu'il critique ont perdu de vue les vraies fonctions de la monnaie.

ce Un billet de banque liquide une dette, une lettre de change enregistre l'existence d'une dette et promet sa liquidation à une époque future », dit le colonel Torrens. Eh bien! risposte M. Kitson, la fonction de la monnaie n'est pas de liquider les dettes, mais d* enregistrer leur existence; car, comme le dit très justement Mac Leod, « où il ri y a pas dette, il ne peut y avoir circulation ». Nous avons vu comment la nécessité de la monnaie surgit des inégalités de rechange, et comment son usage enregistre et exprime ces inégalités. Nous avons vu aussi que la véritable liquidation d'une dette, ou sa satisfaction, n'est pas obtenue avant que la monnaie, espèces ou billets, ne soit transfor-

mée en marchandiseSé En faisant des espèces ou des billets de banque un. liquidateur final des dettes {final liquidator), nous en faisons une fin d'échange, au lieu d'un intermédiaire; de là, on pourrait conclure que les espèces et les billets de banque ne seraient pas, scientifiquement parlant, la vraie tnonnaie, tandis que les lettres de change le seraient.

Pour résumer : Nous sommes, dit M. Kitson, d'accord avec Mac Leod sur l'extension du terme circulation; il comprend les espèces fi'appêes, les billets de banque, les chèques, les lettres de change, les bons du trésor, les simples dettes reconnues sur papier donnant un titre au payement. « De ces considérations, il suit que la circulation d'im pays est la somme totale de totUes les dettes dues à tous les individus du pays; c'est tout son Crédit et toute sa monnaie. » L'enregistrement d'une dette, exprimée en termes de relations d'échange des marchandises, et acceptée comme intermédiaire d'échange pour les marchandises, c'est la circulation, currency, peu importe qu^l puisse être le degré de sa circulation.

Elle est monnaie courante aussi longtemps qu'elle circule, car aussitôt que la circulation cesse, elle n'est plus monnaie courante. Le « degré d^ acceptabilité » n'a rien à y faire.

Elle est circulation, ou elle ne l'est pas; ce n'est pas une question de degré, mais entièrement une question de fait; et puisque circulation, currency^ est symmyvae de monnaie, les mêmes règles s'appliquent à cette dernière, «c Ceci est de la monnaie; tout cela en est; est seulement monnaie ce qui en remplit les fonctions, » Les chèques, les lettres de change, les bons du trésor, les billets de banque et les inscriptions de dettes au grand livre sont tous exprimés dans les termes du dénominateur des valeurs ; ils servent à faire circuler les marchandises ; ils forment un intermédiaire d'échange ; bref, ils remplissent les fonctions de la monnaie ; donc, ils sont monnaie dans le sens le plus strict du mot. Et M. Kitson, dégageant rigoureusement les conséquences de sa conception de la monnaie soustraite à toute association nécessaire avec la marchandise, ajoute : « Lorsque je comprends les espèces comme monnaie courante, je ne fais pas allusion anx pièces d^or et d^ argent « de pleine valeur », mais simplement aux monnaies à valeur conventionnelle, jetons, token coins. » Il est évident que l'échange des marchandises

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contre des pièces d*or et d'argent de pleine valeur n'est autre chose que V échange d'une marchandise contre une autre. ?»

Revenant à la définition de Mac Leod : « La circulation ne représente que des créances transférables », il ajoute : ce Une pièce de pleine valeur ne représente pas plus une créance que toute autre marchandise, puisqu'elle porte plein remboursement avec elle. La dette qu'elle représenterait autrement est éteinte par la valeur de l'or ou de l'argent qu'elle renferme. Les espèces, donc, ayant la pleine valeur d'une marchandise ne sont pas de la monnaie, elles sont des marchandises. »

Ce long chapitre de M. Kitson, dont la traduction est vraiment laborieuse, n'aurait aucune originalité s'il n'avait d'autre objet que d'élargir la notion de la circulation (currency) adoptée par lord Overstone ou le colonel Torrens. Déjà, dans son livre sur La Monnaie, Michel Chevalier avait résumé une lumineuse critique dans les termes suivants (section I, ch. V) : « La langue anglaise a un mot générique qui embrasse là monnaie, le billet de banque, le papier-monnaie ou assignat non convertible en espèces, et toute autre espèce de titre qu'on peut mettre dans la circulation et qu'accepte plus ou moins le commun des hommes : c'est le des mot currency. Notre langue n'en offre pas l'éqmvalent parfait. Cependant, le terme numé^ raire pourrait être pris dans le même sens... »

Mais il y a quelque chose de plus, dans ces pages de M. Kitson, que l'extension du sens du mot currency : en effet, il exclut précisément de la circulation les monnaies métalliques à valeur pleine pour n'y laisser, à côté des instruments de crédit, que les monnaies métalliques à valeur conventionnelle. La monnaie-marchandise présente ainsi en elle-même une opposition absolue de caractères et d'éléments : elle est fin et moyen, elle est instrument de réchange et matière de l'échange; elle est une contradiction, une antinomie, si je puis employer ici cette terminologie,

§ 2. — Le crédit et les crises monétaires.

« Vous avez un écu. Que signifie-t-il en vos mains? Il y est comme le témoin et la preuve que vous avez, à une époque quelconque, exécuté un travail, dont, au lieu de profiter, vous avez fait jouir la société en la personne de votre client. Cet

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écu témoigne que vous avez rendu un service à la société, et de plus il en constate la valeur, // témoigne, en outre, que vous n'avez pas encore retiré de lasociétéunserviceréél équivalent, comme c'était votre droit. Pour vous mettre à même de Texercer, quand et comme il vous plaira, la société, par les mains de votre client, vous a donné une reconnaissance, un titre, un bon de la république, un jeton, un écu^ enfin, qui ne diffère des titres fiduciaires qu'en ce qu'il porte sa valeur en lui-même, et si vous savez lire, avec les yeux de l'esprit, les inscriptions dont il est chargé^ vous déchiffrerez distinctement ces mots : « Rendez au porteur contre le présent, un service équivalent à celui qu'il a rendu à la société, valeur reçue, constatée, prouvée et mesurée par celle qui est en moi-même. »

Ce lumineux passage de Frédéric Bastiat {Maudit argent) ^ que M. Kitson ne cite pas renferme néanmoins la thèse fondamentale que celui-ci va défendre.

Il adopte la notion du crédit admise en général; c'est l'échange d'une prestation actuelle contre l'engagement d'une prestation future. Le crédit est l'attente d'une satisfaction, dit-il ; la créance çt la dette sont les deux aspects d'un même phénomène économique, ils sont comme les deux pôles de la satisfaction, la créance en est le pôle positif, la dette le pôle négatif. Toute transaction commerciale doit nécessairement revêtir l'une de ces formes : le troc ou le crédit. L*échange direct des marchandises, c'est le troc ; et, là où il n'y a pas troc, le crédit prend la place de l'une des marchandises.

C'est ici que M. Kitson incorpore la monnaie au crédit à l'aide d'une généralisation dont les éléments sont contenus dans le passage cité de M. Fr. Bastiat et dans les travaux de Mac Leod. Il propose, en effet, une division du crédit en ^tationnaire et circulant {stationary and circulating).

Le crédit circulant, c'est la monnaie elle-même, mais on a coutume, dit-il, d'appliquer le terme crédit exclusivement au crédit stationnaire; le terme monnaie, il ne faut pas s'y tromper, est pris ici avec V extension que M. Kitson lui donnait tout à l'heure.

Si, en échange de marchandises vendues, quelqu'un me donne un billet à ordre, payable dans six mois, et que je sois impuissant à m'en servir pour acheter d'autres marchandises ou le donner

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à d'autres en payement de dettes contractééis par moi, le billet me reste jusqu'à échéance ; c'est du crédit stationnaire. Un tel billet, aussi longtemps qu'il est en ma possession, est simplement un titre de crédit; ce n'est pas de la monnaie. Si, d'autre part, je puis le transférer pour obtenir la satisfaction que je désire, ce titre de crédit devient du crédit circulant, de la circulation, de la monnaie. Le crédit est du pouvoir d'achat, et ce pouvoir d'achat peut être spécial ou général; il est général chaque fois qu'il est généralement transférable et acceptable en payement. Ainsi, l'étalon légal représente d'une manière générale le pouvoir d'achat ; c'est-à-dire qu'il est généralement accepté par tout le monde, dans le pays, en payement de toutes les dettes. D'autre part, un simple billet à ordre qui n'est pas généralement négociable, est un exemple de pouvoir d'achat spécial. Il est donné particulièrement à une personne en payement d'une dette spéciale, et ne peut être employé par cette personne avant l'échéance.

Toutes les marchandises ont un pouvoir d'achat spécial, et l'échange de ces marchandises contre de la monnaie est la transformation d'un pouvoir d'achat spécial en un pouvoir général. Le crédit circulant est donc le pouvoir d'achat général et le crédit stationnaire le pouvoir d'achat spécial.

Quoique ce soit la coutume d'établir une distinction entre la monnaie et le crédit, cependant, comme nous l'avons vu, ils sont précisément de même nature. Strictement parlant, le crédit est le genre dont la monnaie est une espèce. On oppose souvent une affaire au comptant à une opération à crédit, comme si elles étaient d'un caractère opposé ; la vérité est que le payement comptant en espèces est seulement une forme de crédit plus haute et plus générale.

« Ils ont chacun un droit ou un titre à demander que quelque chose soit payé ou fait par quelqu'un d'autre. Personne ne peut forcer un autre à lui vendre quelque chose pour de l'argent ou à crédit. Quand, donc, quelqu'un a volontairement pris de l'argent en échange d'une chose quelconque, ce n'est en réalité que du crédit, parce qu'il ne l'a accepté qu'avec la conviction qu'il pourra l'échanger de nouveau. » (Mac Leod, Theory o Crédit.)

On voit par ce passage l'influence que M. Mac Leod a exercée

as A. KITSON

sur les idées de M. Kitson. Dans son dernier travail {Crédit à paper read at the National libéral club political Economy Cercle^ 1897), M, Mac Leod reproduit sa pensée : « Une série d'écrivains, Aristote, Tévèque Berkeley, les physiocrates, Adam Smith, Thomton, Burke, Bastiat, Mill et les juristes ont tous vu que la monnaie n'est autre chose que la forme la plus élevée et la plus générale du crédit... » « En économie politique^ dit-il encore, toute monnaie est crédit, mais tout crédit n'est pas monnaie. »

Puisque les termes crédit et dette sont simplement deux aspects de la même chose, la monnaie, dit M. Kitson, peut également être appelée créance circulante. Il s^ ensuit donc, selon le mot de Mac Leod, ce que là où il n'y a pas dette, il ne peut y avoir circulation ».

Les tentatives des gouvernements et des législateurs défaire de la monnaie une marchandise ne sont rien moins que des tentatives de détruire la principale fonction de la monnaie.

L'idée que la monnaie doit être « quelque chose de précieux », « quelque chose ayant une valeur intrinsèque », afin de constituer une monnaie « honnête », révèle une conception complètement fausse de la monnaie et de ses fonctions ; car si la monnaie est une marchandise précieuse, si elle est, per se, l'équivalent des marchandises achetées, elle ne peut représenter un crédit ou une dette. Si, en échange de marchandises, je donne actuellement leur équivalent en « pleine valeur », il n'y a nul élément d*un crédit quelconque ; la transaction est un échange. Au lieu d'un échange de satisfactions présentes, l'usage de la monnaie implique l'échange d'une satisfaction immédiate contre une satisfaction différée. Toutes les marchandises représentent une satisfaction immédiate; c'est-à-dire qu'elles satisfont ellesmêmes les besoins, les désirs de l'homme. La monnaie et le crédit en sont simplement les s}rmboles, exprimant les droits a la satisfaction ; par conséquent, quand la marchandise apparaît, la satisfaction l'accompagne, tels sont l'homme et son ombre ; elle n'est pas différée plus longtemps, elle est présente. Donc, « marchandise-monnaie » est une contradiction de mots; c'est comme l'homme sans ombre, c'est ime absurdité.

De là, les pièces d'or et d'argent de « pleine valeur » ne sont pas, sdentifiquement parlant, de la monnaie; elles ne

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représentent pas une dette. La valeur de Tor ou de l'argent qu'elles renferment, éteint la dette que, comme monnaie, elles représentent.

Nous nous trouvons ici devant une seconde forme de Tantinomie monétaire que M. Kitson a déjà exposée plus haut; il y a antinomie entre la monnaie-mojy^n et la Taonnsiie-marckandise fin, entre la monnaie intermédiaire de l'échange et la monnaiemarchandise matière de l'échange. Il y a aussi antinomie entre la monnaie-cr^^/Y (circulant), et la monnaie-marchandise équivalente dans V échange actuel.

Ici, nous allons voir M. Kitson se séparer de M. Mac Leod.

L'une des thèses que M. Mac Leod défend avec ardeur, c'est que les droits abstraits, tels que les créances, sont des richesses échangeables, ou, selon son expression, forment le troisième ordre de quantités économiques ou de quantités échangeables ; les deux autres classes sont les choses matérielles et les qualités personnelles sous les formes de travail et de crédit. Toutes ces quantités peuvent être vendues et achetées, et leur valeur est mesurée par la monnaie. (Voyez déjà Mac Leod, Principles of Economical philosophy, § i6 et suiv.. Economies for beginners et Crédit j 1897.)

La critique de cette doctrine par M. Kitson est aussi vive que celles de M. Leroy-Beaulieu et de M. Gide. Sa thèse est évidemment inconciliable avec celle de M. Mac Leod, et M. Mac Leod lui-même bouleverse la notion positive de la richesse. Je ne dois pas, dit M. Kitson, manquer de faire remarquer la fatale erreur de Mac Leody lorsqu'il traite les créances et les dettes comme des marchandises vendables. Une dette n'est pas une marchandise; c'est, pour me servir de ses propres expressions, « l'obligation du débiteur de payer » ou « le droit du créancier d'agir ». De payer quoi? Le droit d'agir pour quoi? L'obUgation du débiteur est nécessairement de donner satisfaction, et le droit du créancier est d'obtenir satisfaction ; en d'autres termes, il s'agit de donner ou d'obtenir des marchandises.

N'est-ce pas le plus pur non sens de parler de l'obUgation abstraite de payer ou de donner une marchandise et du droit abstrait d'agir pour obtenir une marchandise, comme de choses tangibles j comme de marchandises vendables? « Si l'on

demandait, dit M. Mac Leod, quelle est la découverte qui a le plus profondément affecté la prospérité de la race humaine, on devrait dire probablement avec vérité : la découverte que les dettes sont des marchandises vendables. » M. Kitson poursuit :

Une telle découverte n'ayant pas encore été faite, excepté dans l'esprit de Thabile auteur lui-même, il est difficile de prédire comment elle affecterait « la prospérité de la race humaine », Si Ton demandait quelle découverte a le plus injurieu sèment affecté les conditions de la race humaine, on pourrait dire, sans crainte de désapprobation, que c'est la découverte de la monnaie métallique comme base, car de son monopole dérive Tesclavage absolu du travail humain. Les grandes découvertes qui ce ont le plus avantageusement affecté la prospérité de la race humaine », ce sont les machines salutaires au travail, par lesquelles la race humaine est capable de produire beaucoup plus de marchandises qu'elle n'en consomme. De telles découvertes ont conduit à la vaste production et à l'accumulation des richesses qui caractérisent le siècle actuel. C'est là ce qui a déterminé le développement du grand système moderne de crédit dont la raison d'être est dans la grande vérité que l'homme peut produire plus qu'il ne consomme; en engageant une part de son avenir, il peut tirer ime satisfaction présente de la connaissance de cette capacité qu'il a de produire, dans un temps donné, plus que l'équivalent des avances qu'il a faites à la production.

Que le travail doive produire considérablement plus qu'il n'est nécessaire pour son entretien, c'est une vérité qui demande à peine une démonstration. Puisqu'il n'y a qu'une partie de l'humanité qui travaille, et que tous doivent nécessairement vivre des produits de ce travail, chaque travailleur doit nécessairement produire plus qu'il ne consomme. Sil n'en était ainsi, les rentes, les intérêts et les profits n'auraient jamais pu exister. Ici, donc, est le grand et merveilleux avantage que le crédit, convenablement utilisé, accorde à l'humanité. C'est un instrument pour aider à la production de la richesse en fournissant une avance de richesse. Il est le moyen de vivre pour ceux qui produisent les moyens de vivre pour les autres. « Le crédit a fait plus, mille fois, pour enrichir les nations, que toutes les mines du monde, » dit Daniel Webster.

Nous avons à voir maintenant les effets du système de crédit sur le commerce. De beaucoup, la majeure partie du commerce du monde repose sur le crédit, en tant que distinct du comptant.

On a estimé que le montant du crédit en usage dans la Grande-Bretagne est au moins Téquivalent de vingt-cinq milliards de dollars, le montant des espèces et des billets étant d'environ 600,000,000 de dollars.

Aux Etats-Unis, 3 p. c. au plus des affaires sont faites au comptant. Toute cette énorme création de crédit — crédit stationnaire — a été, dit M. Kitson, produite par les restrictions absurdes que les gouvernements ont imposées à l'émission de la monnaie.

L'auteur, que je vais traduire littéralement dans la suite de ce chapitre, oppose ici les deux formes de crédit qu^il a admises : le crédit circulant, la monnaie, acceptable en tout paiement et libératoire de toute dette, associée par le législateur à certaines marchandises ; le crédit stationnaire, trop souvent insuffisamment garanti, incertain et dangereux, et dont le développement excessif est dû aux injustes privilèges accordés par la loi à ces marchandises particulières, l'or et l'argent.

L'industrie moderne trouvant la monnaie monopolisée, appelle le crédit à l'action. En fait, si le commerce et l'industrie ne s'adaptaient pas au système de crédit, ils retourneraient au point où ils étaient il y a un siècle.

Il a été démontré par J.-S. Mill et par d'autres économistes, que Teffet du crédit sur les prix est le même qu'une augmentation de volume de l'instrument de la circulation. Puisque le crédit affecte l'offre et la demande de la monnaie, dans les conditions actuelles, comme le ferait une augmentation de la quantité de monnaie, il est évident que les prix doivent être affectés dans la même mesure. c< Dans un commerce qui jouit habituellement de beaucoup de crédit, dit Mill, les prix généraux, à certain moment, dépendent beaucoup plus de l'état du crédit que de la quantité d'argent. Car le crédit, quoiqu'il ne soit pas du pouvoir productif, est du pouvoir d'achat ; et une personne qui, ayant du crédit, en profite pour acheter des marchandises, crée justement autant de demandes pour ces marchandises, et contribue tout autant à élever leurs prix, que •

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si elle faisait une égale quantité d'achats avec de l'argent comptant. »

Mac Leod dit ainsi : « C'est l'énorme création de crédit dans les temps modernes, sous forme de crédits en banque et de crédit commercial, qui a élevé si prodigieusement les prix des produits et abaissé le taux de l'intérêt, dans les deux derniers siècles et dans celui-ci. C'est la quantité de crédit qui détermine principalement le prix des produits ; et les variations dans la quantité de crédit produisent plus de changements dans la valeur des productions que n'importe quelles variations dans la quantité d'or et d'argent ; et ce sont les abus de crédit qui produisent ces terribles calamités, appelées crises commerciales et paniques monétaires. »

Cependant, ajoute M. Kitson, ce n'est pas l'abus du crédit qui crée ces calamités ^ c'est le monopole de V argent. C'est la funeste et injuste intervention des législateurs et des gouvernements dans les opératioils naturelles, qui cause le trouble financier ; la tentative de forcer la nation à faire l'impossible, c'est-à-dire, à accomplir toutes ses transactions sur la base d'ime marchandise qui est restreinte et monopolisée artificiellement. Ces calamités résultent de Teffort tenté par la force de la loi, de liquider toutes les opérations de crédit par ime marchandise particulière, au lieu de le faire par toutes ; c'est le futile essai de faire passer le chameau par le trou de l'aiguille.

Dans le chapitre sur les prix, j'ai montré la cause du phénomène connu de la hausse et de la baisse gnérales des prix, qui est dû aux fluctuations de ce qui sert de dénominateur des valeurs. En se référant à l'exemple donné : le thé est vendu à 60 cents la livre, le blé à 75 cents le boisseau, le fer à 25 dollars la tonne, l'argent à 90 cents l'once, avec le dollar pour dénominateur commun des valeurs, les prix sont les suivants :

Thé Blé Fer Argent

par livre par boisseau par tonne par once

00 (un dollar)

Il est apparent que les valeurs de ces fractions varient en sens inverse des variations du dénominateur ; si en restreignant l'offre artificiellement, la valeur d'un dollar montait jusqu'à la

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valejir de deux, les fractions ci-dessus seraient modifiéescomme suit :

Thé Blé Fer Argent

Le prix du thé est maintenant de 3o cents par livre au lieu de 60 cents. Ainsi le prix du blé est tombé de 75 cents par boisseau à 37 1/2 cents. Le fer aussi a baissé de 5o p. c, à savoir, de 25 dollars par tonne à 12 1/2 dollars, etc. Ainsi, l'effet (ï augmenter la valeur du dénominateur, est défaire diminuer le prix de toutes les marchandises; et si le dénominateur augmente de 100 p. c, il y a une baisse générale des prix de 5o p. c. Et, inversement, une baisse dans la valeur du dénominateur détermine une hausse générale des prix. Cependant, pour le public en général, il n'y a jamais aucun changement apparent dans la valeur de l'argent; un dollar est toujours un dollar, jamais deux. C'est pourquoi, aux yeux du vulgaire, une hausse ou une baisse générale des prix est une chose aussi mystérieuse qu'une étoile filante.

Dans la forme-prix^ donc, le dénominateur est toujours constant en apparence. Il est toujours représenté par un dollar, ou, numériquement, par i.oo. Ce sont les numérateurs, les marchandises qui semblent subir le changement. Ainsi, le thé baisse de 60 cents à 3o par livre et le blé de 75 cents à 37 1/2 par boisseau, tandis que, en fait, la valeur de ces marchandises n'a probablement jamais changé d'un iota sous l'influence directe de l'offre et de la demande. C^est le pouvoir d^ achat du dollar qui a changé actuelleme^it ; et si les dollars étaient des unités de pouvoir d'achat convenablement exprimées, ce changement serait exposé exactement.

M. Kitson, dans ce passage qu'il souligne lui-même, rappelle la distinction qu'il a faite antérieurement entre la valeur d'échange et le pouvoir d'achat. Il s'est appliqué à montrer que s'il n'y a pas de mesure de la valeur, d'unité invariable de la valeur, il peut y avoir une unité invariable du pouvoir d'achat, et que des nombres représentent les rapports proportionnels dans lesquels sont les uns à l'égard des autres les pouvoirs ac'quisitifs des différentes marchandises. L'unité de pouvoir

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d'achat devient ainsi Tunité numérique ; si le pouvoir d'achat d'une marchandise augmente, son augmentation se traduit par un accroissement visible, manifeste du nombre de ses unités de pouvoir acquisitif. C'est ce qu'il oppose ici au mouvement apparent des prix dissimulant le mouvement réel de l'or. Si le pouvoir acquisitif était ramené à l'unité numérique, l'augmentation du pouvoir de l'or se traduirait par une augmentation d'unités. Le mouvement réel deviendrait apparent au lieu de se dissimuler dans les variations générales des prix.

Dans l'exemple exposé ci-dessus, le pouvoir d'achat du dollar a effectivement augmenté comme ceci, exprimé en termes d'unités de pouvoir d'achat :

Thé BIA Fer Argent

Mais dans \z. forme-prix apparente, il est toujours représenté comme s'il était resté invariable et ce sont les prix des marchandises qui varient tous d'une manière apparente :

Thé Blé Fer Argent

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