‹ Les Théories de la valeur et les conceptions du système monétaireChapitre 14 sur 15 · VI. — Principes de la solution du problème monétaire · texte numérisé non relu

VI. — Principes de la solution du problème monétaire

Le dernier chapitre de l'œuvre de M. Kitson porte pour épigraphe ces mots de Proudhon : « Le moment est venu pour les sages de choisir une direction et de se préparer pour la reconstruction. »

Il n'y a, en effet, dans ce chapitre qu'une préparation à la reconstruction, et sous un double aspect : négatif et positif.

D'une part, elle consiste à faire table rase, à arracher à l'Etat le droit régalien d'instituer et de maintenir un système monétaire obligatoire, enchaînant les forces économiques à la monnaie-marchandise, les livrant aux fluctuations du marché monétaire et aux détenteurs de l'or. Sous cet aspect la conclusion reflète la pensée de Herbert Spencer : les forces productives livrées à elles-mêmes dégageraient spontanément par une expérience plus ou moins longue le système naturel de circulation qui s'adapterait le mieux aux besoins de l'échange et de la production, après l'élimination successive des autres. C'est la théorie de la sélection naturelle et de l'évolution.

Cependant M. Kitson va au delà de la lutte des systèmes engendrés par la liberté et de la survivance du plus apte, il

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s'élève à une pensée organique, définie, en empruntant à Proudhon et à certains réformateurs américains le principe dirigeant de la réorganisation future du crédit et de la circulation : le principe de la mutualité. C'est là l'aspect positif de la conclusion.

Et d'abord considérons le premier aspect de la solution monétaire. La critique monétaire est un cas particulier de la critique générale des fonctions des gouvernements qui doivent être ramenées, d'après Herbert Spencer, à ce que Adam Smith appelait la justice négative.

Nous avons vu que ce qui cause notre plus grande anxiété, ce qui soulève dans l'esprit de millions d'hommes la question de savoir si la vie vaut vraiment d'être vécue, en fait, ce qui nécessite l'Economie sociale, c'est la rareté des moyens d'existence. Et nous avons aussi vu que la tendance et, qui plus est,, le but de l'Economie sociale, de la civilisation, c'est d'augmenter ces moyens en les rapprochant des dons de la nature, dans le langage d'Adam Smith, « de mettre le peuple à même de se procurer un revenu abondant ». Bref, l'objet de l'Economie peut être considéré comme l'abolition de la disette pour autant qu'elle concerne les moyens d'existence. Nous avons aussi vu que les maux de notre système monétaire peuvent être résumés en un seul mot, disette, condition provenant seulement de l'opération des lois restrictives, — lois qui donnent à quelques-uns un pouvoir absolu sur la vie et la fortune des masses. L'action de ces lois est complètement opposée au but de la civilisation. Elles tendent à la restriction au lieu de l'affranchissement, à la limitation de l'approvisionnement plutôt qu'à l'abondance.

La solution de la question monétaire, comme la solution de la question des tarifs douaniers, doit être trouvée dans l'abolition des contraintes que les gouvernements ont exercées sur les échanges et sur leur mécanisme. Bref, ce n'est qu'élargir le champ de la liberté humaine. Ayant reconnu le droit de tout homme à la vie, nous avons à reconnaître son droit à se sou-, tenir dans la vie; en fait, l'un implique l'autre. Mais des lois qui restreignent le commerce, qui mettent des obstacles à l'émission de la monnaie, nient ce droit. « Le commerce, dit Proudhon, n'existe que chez les hommes libres. » Nous pou-

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vons transposer cet aphorisme et affirmer que les hommes ne sont libres que lorsque le commerce est libre; comme nous l'avons vu, le commerce n'est libre que là où le mécanisme de l'échange l'est. Au point de vue pratique, deux opérations distinctes sont nécessaires ; l'une de démolition, l'autre de recon-» struction. L'œuvre de destruction consiste simplement dans l'abolition de la fiction connue comme étalon de la valeur, dans l'abrogation des lois concernant l'émission, l'offre de la monnaie. En d'autres termes, la solution de la question monétaire sera trouvée dans le libre échange; réchange libéré des tarifs, taxes de tous genres, non obstrué par des douanes ni patenté par des banques, par les faiseurs de lois, les usuriers. Le terrain doit être entièrement déblayé afin qu'on puisse construire un édifice solide, stable à la place de celui que nous avons à présent et qui est vermoulu.

Nous avons été lents à apprendre dans ces dernières années une vérité que les honmies sages reconnaissent depuis longtemps : que plus les pouvoirs et les fonctions des gouvernements seront restreints, mieux cela vaudra pour la société.

De tous les pouvoirs qui ont été conférés aux souverains et aux Etats, celui de régler la circulation monétaire est de beaucoup le plus dangereux, le plus menaçant pour les libertés du peuple. Il n'y a probablement rien de plus important pour notre civilisation présente que la liberté de l'échange. La vie dépend de l'industrie, et l'industrie dépend de la faculté d'échanger ses produits; celle-ci, sous notre système industriel présent, dépend du mécanisme de l'échange, c'est-à-dire de la monnaie.

Ceux qui voient dans le système actuel des tarifs les maux, l'oppression et les injustes privilèges auxquels son action donne lieu, et qui manquent de remarquer l'iniquité d'un contrôle gouvernemental sur la circulation, sont étrangement aveugles en principe. Quel serait l'avantage pour une nation d'abolir ses douanes, aussi longtemps que l'intermédiaire de l'échange serait laissé sous le contrôle de quelques banques autorisées par le gouvernement? Les tarifs et les taxes s'imposent à certaines marchandises spéciales et affectent des échanges spéciaux; mais une monnaie restreinte, qu'elle soit limitée par l'approvisionnement d'une marchandise spéciale telle que l'or, ou par

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les règles arbitraires d'un gouvernement, est une taxe sur tous les échanges, un fardeau placé sur le champ entier de Tindustrie. Le commerce non restreint est impossible avec une monnaie restreinte. En d'autres termes, le libre échange n'est possible qu'avec une monnaie libre.

L'idée dominante que la circulation d'une nation doit nécessairement être restreinte en volume, est due entièrement au sophisme que la monnaie est forcément quelque chose ayant une valeur, ou, comme il est communément établi, que la monnaie doit être « une valeur intrinsèque », — un sophisme, comme nous l'avons déjà vu, qui est attribuable à la fausse conception du mot z;a&î^r. La monnaie n'est pas, scientifiquement partant, une chose de valeur; elle n^est pas la richesse. Elle est le. symbole de la richesse, le titre, la preuve d'une dette, un moyen convenable de reconnaître et d'exprimer les valeurs des marchandises. La monnaie n'est pas un étalon de la valeur^ ni une mesure des valeurs, ni une marchandise. C'est un dénominateur commun des valeurs et une mesure du pouvoir d'achat. . J'ai démontré combien il est impossible, scientifiquement parlant, de faire de la monnaie une marchandise. J'ai démontré combien il est physiquement impossible de faire d'une chose matérielle un dénominateur commun des valeurs. L'or ne peut pas « mesurer » les valeurs. Et maintenant, voyons quel serait l'effet produit en démolissant l'étalon de la valeur? Le grand résultat qui en serait obtenu serait le divorce de la monnaie de son alliance antinaturelle avec les métaux précieux. Le seul prétexte allégué par les économistes et les législateurs en basant la monnaie sur le numéraire est qu'il est nécessaire d'agir ainsi, afin que la monnaie puisse remplir les fonctions d'étalon de la valeur. L'abolition de cette fonction anéantit d'un coup toute prétendue nécessité de maintenir le numéraire comme base. La question s'élève : Qu'est-ce qui le remplacera? Que sera le système monétaire? Pour commencer, la nomenclature sera la même. Un dollar restera toujours l'unité monétaire, mais au lieu d'être déterminé par un certain poids fixe d'or, il sera simplement une unité de pouvoir d'achat. // ne représentera aucun montant ni aucune quantité fixe d^ aucune marchandise particulière. Son pouvoir sera représenté par toutes les marchandises. Les marchandises seront toujours estimées dans le système du

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dollar. Les cours du marché seront imprimés dans les mêmes termes qu'à présent, la seule différence étant que les prix des marchandises ne seront pas soumis aux fluctuations de Tor et de l'argent. Ces métaux pourront être amassés, exportés, importés, mis de côté ou jetés sur le marché avec la plus grande impunité, sans affecter les prix d'aucune autre marchandise dans le plus léger degré. Chaque marchandise se tiendra sur sa propre base. Une baisse ou une élévation générale des prix sera complètement impossible. Maintenant, au contraire, dans notre système actuel inique et antiscientifique, le prix de chaque marchandise dépend d'abord de l'offre et de la demande des marchandises elles-mêmes; ensuite, de l'offre et de la demande de la monnaie.

Des variations dans ces deux ordres de phénomènes peuvent se produire séparément ou simultanément, et les fortunes et les existences des hommes sont beaucoup plus affectées par les secondes que f)ar les premières. Les premières sont subordonnées aux dernières, et les banquiers contrôlent à un haut degré les destinées des producteurs et des commerçants. Aujourd'hui, un commerçant peut voir la valeur de son fonds subitement diminuée de moitié, sans qu'aucun changement se soit produit dans le coût de production ou dans l'offre des marchandises elles-mêmes, simplement par l'action combinée d'un certain nombre de banquiers en diminuant (cornering) l'offre de la monnaie. Observez, par exemple, comme la diminution de l'or précipita la panique générale connue sous le nom de blackfriday, vendredi noir! Aucune diminution de marchandises ne pourrait créer une panique générale, si la fonction monétaire n'était plus enchaînée à une marchandise particulière.

Dans le système que je propose, les variations dans l'offre et la demande de la monnaie ne pourront avoir aucun effet sur les prix, parce que l'offre sera toujours aussi grande que la demande. En rendant toutes les marchandises égales, en les mettant toutes sur le même pied, toutes seront également monétisables.

L'industrie et le commerce prendront ainsi leur position naturelle et deviendront indépendants de la finance. Les fortunes des manufacturiers et des commerçants cesseront d'être les jouets des spéculatetws.

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Un marchand de nouveautés trouvera aussi facile de monétiser son fonds, qu'un entrepreneur sa maison, ou un extracteur d'or son or. Avec la liberté de monétiser toutes les marchandises également, la monopolisation de la monnaie sera aussi impossible que la monopolisation de toutes les marchandises. De plus, l'offre de la monnaie sera si abondante que l'intérêt dû pour l'usage de la monnaie disparaîtra rapidement. L'intérêt n'est possible qu'avec une circulation restreinte.

Dans le chapitre sur le Pouvoir d'achat, M. Kitson s'est appliqué à démontrer comment on peut se pourvoir d'une unité invariable de pouvoir d'achat.

L'opération de l'estimation du rapport des marchandises dans les termes de leurs unités comprend, comme nous l'avons vu, l'usage d'un nombre sans fin de figures. En se servant de la méthode du dollar, cette difficulté disparaît. Les rapports d'échange de toutes les marchandises sont maintenant exprimés en dollars et en cents. En conséquence, il est seulement nécessaire d'abolir l'étalon de la valeur, afin de faire du dollar une unité invariable de pouvoir d'achat. Mais, me demande-t-on, qu'estce qu'un dollar qui n'est plus basé sur l'or? Simplement une unité de pouvoir d'achat choisie arbitrairement qui, en simples multiples ou en fractions, puisse exprimer les rapports d'échange ou de valeur de toutes les marchandises. Un tel dollar est purement idéal. Le dollar idéal est invariable puisqu'il ne peut avoir, per se^ de fluctuations ni de l'offre ni de la demande.

Le dollar d'or, au contraire, le dollar-marchandise varie continuellement. Quoique Tidée de ce que le dollar pourra être doive sembler nouvelle à un grand nombre de personnes, quelques moments de réflexion leur montreront que presque tout le monde, excepté les banquiers et les manieurs d'argent, fait usage, en pratique, du dollar dans ce sens idéal, bien qu'inconsciemment.

Pas une personne sur dix mille ne s'arrête jamais à penser à ce qu'est un dollar, exprimé en or. Tout ce qu'elles en pensent tient à sor pouvoir d'achat exprimé dans la marchandise particulière do il elles ont besoin, et comme elles n'ont pas besoin d'or, elles ne songent jamais à s'assurer de la valeur en or d'un dollar. « Combien de ceci ou de cela pourrai-je acheter avec mon dollar? » est la question qui les intéresse le plus.

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Ni le marchand, ni Tentrepositaire n'embarrasseront leur cervelle de ce qu'on appelle la valeur intrinsèque de la monnaie.

En fait, il est douteux qu'un seul homme sur dix mille puisse dire de mémoire combien de grains d'or représente un dollar. Ce ne sont que les spéculateurs d'argent et les usuriers qui s'intéressent réellement à ce sujet, et qui s'en servent de temps en temps pour intimider le public et créer une panique.

La preuve de l'usage de la monnaie idéale est fournie par l'expérience faite dans différents pays, du papier-monnaie inconvertible. « Les gouvernements, » dit Francis Walker, ont souvent émis du papier-monnaie sans avoir une quantité suffisante d'or et d'argent pour assurer sa conversion, sans qu'une telle conversion, en fait, eût lieu et quelquefois sans qu'elle fût même promise, et cependant ce papier-monnaie a circulé aussi rapidement que Vor ou l'argent eût pu le faire, a été échangé aussi librement contre des marchandises et des services, et même en plusieurs cas a conservé une valeur égale à celle du montant des métaux précieux dont il était nominalement V équivalent.

» Le papier-monnaie du Massachusetts, pour la plus grande part de la période 1690 à 1710; le papier-monnaie de la Russie pour les vingt années après 1768 ; ce que l'on appelait la monnaie continentale de la révolution américaine, pour une année et plus après la première émission ; le papier-monnaie de la Prusse pour une période de temps non insignifiante, tous circulèrent librement, même sans escompte en espèces. » Et il ajoute : « Les billets appelés greenbacks de la guerre civile américaine ne perdirent jamais leur cours, au moindre degré, depuis 1862 jusqu'à la fin de la guerre en 1878. Ils furent toujours acceptés à leur cours nominal, promptement et avidement. Jamais les hommes ne cherchèrent à éviter leur usage en prenant l'or avec prime ou à recourir à l'échange ou au crédit. » Ce dernier exposé est remarquable, à raison du fait que le gouvernement des Etats-Unis déshonora cette monnaie par la fameuse ou plutôt infâme clause d'exception, en refusant d'accepter le papier en paiement des impôts et des intérêts d'obligations...

C'est ici que le second aspect, positif et organique de la solution monétaire apparaît dans le livre de M. Kitson avec un caractère profondément optimiste. Ayant dissous, dit-il, l'asso-

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dation immorale des banquiers avec le gouvernement, sur quelle base opéreront-ils à Tavenir? Comment et par qui la monnaie sera-t-elle émise? Comment sera-t-elle remboursée? La première chose à dire est celle-ci : qu'avec le champ entièrement libre et débarrassé des obstructions législatives, il y a place pour le meilleur système financier possible qui sera le produit naturel de IHndustrie même. Les meilleures institutions, les plus utiles, les plus stables, ont grandi dans les conditions les moins restrictives. De telles institutions, naissant dans des conditions parfaitement naturelles, doivent nécessairement être mieux adaptées aux besoins des hommes que les méthodes •artificielles des institutions gouvernementales.

Il est difficile — en fait inutile — de prédire quel sera le système de banque qui remplacera les banques nationales actuelles si elles sont supprimées. Les bons systèmes de finances, comme toutes les bonnes institutions sociales, sont choses de croissance et elles se conforment naturellement — si les législateurs les laissent tranquilles — aux besoins du peuple. Ce que ces besoins seront dans dix, vingt, cinquante ans d*ici, personne ne pourrait le prédire. Fixer arbitrairement un système de banque qui serait incapable de variation ou d'adaptation à la croissance sociale, serait semblable à la méthode des Chinois qui emprisonnent les pieds de leurs femmes dans des souliers d'enfants.

Les méthodes de banques devraient s'adapter elles-mêmes aux exigences du commerce, loin que le commerce dût s'adapter aux systèmes fixes des banquiers. Les banques devraient exister exclusivement pour faciliter le commerce. Sous notre système actuel, le commerce existe pour le bénéfice des banquiers et est forcé de s'adapter à leurs fantaisies et à leurs opinions. De nombreux plans ont été proposés pour supplanter le système actuel, et on ne peut mettre en question que l'expérience déterminerait bientôt quel système serait le mieux approprié aux conditions économiques. Le plan qui me paraît le plus scientifique, le plus capable de varier et de s'étendre et d'accord avec les principes que j'ai décrits, est celui qui est connu sous le nom de système de crédit mutuel. Ce système est une coopération par laquelle les membres d'une société s'organisent euxmêmes en société de crédit mutuel, dont lèsopéfations consistent

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à émettre des billets représentatifs des marchandises qui sont le gage en assurant le remboursement. Chaque membre de la société peut devenir un membre de l'association banquière, pourvu qu'il ait des marchandises acceptables et qu'il désire les transformer en monnaie. Chaque membre de l'association convient d'accepter ses billets en payement de ses services et de ses marchandises. Aucun intérêt n'est exigé pour le crédit accordé, mais seulement une prime qui suffit rigoureusement à couvrir les dépenses et charges courantes de la banque. En d'autres mots, il n'y a pas de capital de banque et, par conséquent, pas de dividendes.

Le retour à la banque des billets émis dégage les marchandises qui leur servaient de couverture. Ces billets de banque seront émis comme à présent, en unités, en multiples et en fractions de dollar. Ils constitueront la monnaie dans le sens le plus strict; ils seront simplement l'intermédiaire des échanges divisé en unités de pouvoir d'achat. Ce système placera toutes les marchandises sur un pied d'égalité avec l'or. En d'autres termes, cela fera pour les marchandises ce que jadis on supposait que le républicanisme ferait pour une nation, procurer r égalité des conditions et des moyens de développement à tous ses membres.

L'idée d'une banque mutuelle n'est pas précisément moderne. Elle fut proposée, il y a des années, par Beck, Proudhon et d'autres. Le premier suggéra l'application de ce qui est connu comme « crédit en compte courant », le dernier se base sur la a lettre de change». En essayant de résoudre cette question gigantesque, je décline toute intention d'inventer un système de banque. Je prétends que le problème monétaire sera résolu aussitôt que les gouvernements cesseront de monopoliser la circulation monétaire en s^en mêlant. L'abrogation des lois interdisant et restreignant rémission de la monnaie^ fera naître de nombreux systèmes dont la compétition conduira à la survie du plus avantageux, ce qui est la solution naturelle de la question de la circulation et de la monnaie.

Que d'ardentes objections soient soulevées contre l'abrogation de lois relatives à la monnaie, et à la reprise aux gouvernements du droit régalien d'imposer le système monétaire et de frapper la monnaie, c'est à la fois naturel et inévitable, puisque

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Gela ne signifie rien moins que le détrônement de Tor, du monopole de la monnaie et du privilège. Ce sera encore une fois la vieille question du Temple de Diane :

« Messieurs, vous savez que par cette ruse nous avons notre richesse... Et notre ruse est en danger d*être réduite à rien. »

Pour tous ceux, ajoute M. Kitson, qui croient aux fonctions paternelles du gouvernement, protectionnistes, socialistes, nationalistes et greenbackers, cette proposition ne rencontera que le ridicule. Comme le Parisien du xvii® siècle, qui, entendant dire que Venise était gouvernée sans roi, mourut de rire de Tabsurdité de la chose, ainsi Tidée que la monnaie peut être émise sans la force de la loi semblera déraisonnable à un grand nombre.

Quant à ceux qui regarderont le sujet avec calme et sans passion dans la lumière de la raison, ils ne verront rien de visionnaire ou d'impraticable dans la suggestion. Ils verront comment les grandes industries du pays, les manufactures, les entreprises de transport et d'assurance, etc., s'opèrent avec succès par les individus, les corporations et les associations volontaires, avec un degré de perfection qu'aucune forme de gouvernement ne pourra jamais atteindre. Reconnaissant que la perfection de ces diverses opérations est due au libre concours des individus et des groupes d'individus, ils en déduiront naturellement qu'un semblable degré de perfection pourra être atteint pour la monnaie et la circulation, pourvu qu'une libre concurrence des banquiers et des systèmes de banque soit permise. Même plus : ils reconnaîtront que, puisque le présent contrôle gouvernemental de la circulation est la véritable cause de l'insécurité, et du système instable de crédit par lesquels les affaires de ce pays sont faites maintenant, et que l'incertitude et l'insécurité qui entourent le commerce moderne sont entièrement dues à cette base indigne de confiance, que l'abolition des restrictions gouvernementales conduira à l'adoption d'un régime solide et stable d'échange, et à un système monétaire qui s'adaptera naturellement au développement du commerce et de l'industrie. Aujourd'hui, la monnaie, sous la forme de traites émises par des individus et des sociétés, consiste pour la plus grande partie en promesses de j aire V impossible,

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c'est-à-dire de les racheter par une certaine marchandise^ ou par un certain genre spécial de monnaie, dont Toffre est de beaucoup inférieure à celle qui serait nécessaire pour répondre à la demande. Ce qui en résulte, les faits en témoignent, c'est que le monde est constamment en danger de paniques financières. Tout ce qui est nécessaire afin de précipiter une panique provient en une certaine proportion^ de la demande de remplir ses obligations, faite par la classe des créanciers à la classe des débiteurs. Elle est précisément analogue à ces paniques auxquelles donne lieu le cri de : c< au feu ». Et justement, comme les chances et les horreurs d'une panique augmentent en proportion de la diminution du nombre et de la grandeur des issues d'un bâtiment, de même, plus le danger et les dévastations des paniques financières sont grands, plus la circulation de la monnaie des nations est limitée et restreinte.

C'est ici que M. Kitson vient se heurter aux plus graves objections que fait surgir ce retour au système de la liberté naturelle d'Adam Smith : On m'objectera, dit-il, qu'en donnant au peuple un ample contrôle de la circulation avec le droit d'émettre la monnaie, les chances de malhonnêteté augmenteront énormément. Qu'est-ce qui empêchera les institutions de banque d'émettre de la monnaie fiduciaire bien au delà de leur faculté de rachat?

En réponse, dit-il, on peut demander ce qui aujourd'hui empêche les individus et les corporations de surémettre des effets de commerce, des promesses, et de s'exposer à un passif excédant leurs forces? D'abord leur honnêteté. Ensuite la crainte de la honte et du déshonneur que la malhonnêteté attire sur les individus et sur les communautés civilisées. Sous le couvert de la loi, les privilégiés peuvent maintenant pratiquer la malhonnêteté sans encourir les pénalités et le stigmate qui autrement s'attacheraient à eux, s'ils agissaient comme individus ou comme corps privés. Enfin, la difficulté de franchir certaines limites qui sont assignées à leur crédit. S'il est vrai que dans un régime de liberté, aucune force matérielle n'empêcherait les émissions excessives, il n'y aurait pas non plus de force légale pour faire accepter la monnaie du Gouvernement. Il en résulterait plus de discernement, de soin, de vigelance dans les transactions financières.. Un peuple qui

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cherche à devenir vertueux par la force de la loi finira par devenir une nation d'hypantes.

Et M. Kitson termine par ces paroles où resplendit son optimisme : <c dans des conditions libres, la guerre entre rhonnêteté et le malhonnêteté, entre la lumière et l'obscurité peut être engagée avec la pleine assurance que le puissance du bien l'emportera ».

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