‹ Les théories de M. LoisyChapitre 110 sur 235 · LE ROYAUME IMMINENT · texte numérisé non relu

LE ROYAUME IMMINENT

ques donc les parties de discours ou les traits de paraboles qui montrent le dernier jour incertain, qui présentent le royaume comme devant tarder à venir, qui le font précéder d'événements intermédiaires tels que l'évangélisation de la Palestine ou du monde, le développement et la diffusion de l'Eglise, enfin qui décrivent les signes censés avantcoureurs de la venue du Fils de l'homme.

Ainsi, la parabole de l'Ivraie, qui suppose l'Evangile répandu dans le monde et contient une leçon à l'adresse des communautés chrétiennes constituées, doit être une création de l'Eglise primitive. C'est également à la tradition qu'il faut attribuer la parabole des Vignerons meurtriers, celle du Festin, dans Matthieu, celle des Mines, dans Luc, « où Jésus estcensé a^oir prophétiquement annoncé la ruine de Jérusalem, la conversion des Gentils, l'institution de l'Eglise' ».

Le célèbre passage de saint Matthieu où le Sauveur déclare établir son Eglise sur le fondement de Pierre « doit appartenir aune couche secondaire, probablement à la dernière couche du travail rédactionnel d'où est sorti le premier Evangile^ ». Création encore de la tradition chrétienne, « les instructions précises et développées sur la conduite à tenir durant les persécutions », telles qu'on peut les trouver, « à la fois et dans le discours de mission compilé par Matthieu, et dans le discours apoca-

a. Ibid., t. II, p. 13.

lyptique par lequel les trois évangélistes ont voulu couronner la prédication du Sauveur' ».

Le Christ est « supposé avoir prescrit, soit durant sa vie mortelle, soit du moins après sa résurrection, de prêcher l'Evangile dans tout l'univers^ » : cela aussi est à attribuer à l'idéalisation postérieure. De même, la sentence : « Je ne suis envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël » ; « il est sousentendu que d'autres seront envoyés plus tard aux Gentils » ; or, cette idée est « étrangère à la prédication de Jésus' » . De même, la déclaration touchant l'évangélisation de la Palestine préalablement à l'arrivée du royaume : c'est une parole qui trahit la persuasion des apôtres « dans les années qui suivirent sa morf* ». De même, la description détaillée qu'on lui prête « de la série, assez longue et complexe, des faits qui doivent se produire entre sa mort et la consommation des choses^ » : « l'énumération de tous ces signes contredit l'enseignement ordinaire et incontestable du Sauveur touchant le caractère subit et imprévu du grand avènement^».

Quant à « l'introduction à la parabole des Mines, qui veut faire entendre que Jésus a lui-même prémuni ses disciples contre la croyance à la proximité de la par-ousie », c'est tout simplement « une erreur en histoire, et cette erreur n'est pas entièrement involontaire, l'évangéliste s'étant efforcé de

1. Les Evangiles synoptiques, t. I, p. 190. Cf. ci-dessuâ, p. 89, note 2.

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