‹ Les théories de M. LoisyChapitre 115 sur 235 · ILid., p · texte numérisé non relu

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la période de sa vie publique, décrite par nos documents.

« Les Evangiles, dit-il, ne contiennent pas réellement le témoignage d'une évolution qui se serait accomplie dans la conscience du Sauveur et dans sa manière d'apprécier le rôle qui lui était assigné par la Providence. Il n'y a guère de place pour une telle évolution dans le peu qu'a duré sa carrière publique. L'explication la plus naturelle de l'initiative qu'il prend, après que Jean-Baptiste est emprisonné, ne semble pas être qu'il a cru devoir se substituer simplement au prophète captif, mais qu'il pensait avoir qualité pour préparer l'avènement prochain du royaume, en étant le chef prédestiné. Le fond très simple des idées et des sentiments qui constituent son Evangile paraît acquis dès l'abord : conception purement religieuse et morale du royaume et des conditions qui peuvent y donner accès; conscience intime d'une autorité unique pour faire valoir cette conception et en amener l'accomplissement. Jésus arrive tout formé pour son rôle quand il commence à prêcher. Les obstacles qu'il a rencontrés ne lui ont rien appris sur le fond de sa mission ni sur les conditions essentielles de son

exercice

Néanmoins, pense M. Loisy, « ce fut probablement Jean-Baptiste qui, sans le vouloir, donna l'éveil à la vocation du Sauveur. La crise que traversait la Judée avait suscité un prophète. Jean prêchait le repentir et donnait le baptême pour la rémission des péchés, en vue du grand jugement qui allait s'ac-

complir, et du règne de Dieu qui allait venir... Jésus fut attiré comme les autres, et peut-être par un intérêt déjà plus puissant chez lui que chez tout autre pour ce règne de justice dont le Baptiste prédisait la venue imminente. »

« Il n'est pas certain... que l'instant même de son baptême lui ait apporté la révélation subite de sa vocation messianique. Ce rapport n'a rien d'impossible, mais il a pu aussi être établi ou du moins précisé par la tradition. Ce qui paraît le plus vraisemblable est que Jésus, de plus en plus dominé par la préoccupation du royaume céleste, a passé quelque temps dans la solitude; là il fut poursuivi par la conscience de plus en plus nette de sa propre vocation; un événement dont il ne pouvait manquer d'être frappé, la captivité de Jean-Baptiste, lui fit prendre un parti définitif : puisque le prophète du royaume était condamné au silence, il allait prendre sa place, et à un titre d'autant meilleur qu'il se sentait prédestiné lui-même au rôle d'agent principal dans le royaume, à la fonction de Messie ^ »

« Que Jésus, dit ailleurs le critique, ait trouvé dans son baptême la révélation décisive de son rôle messianique, et que la conscience de sa filiation divine se soit emparée de lui avec une force qu'elle n'avait pas auparavant et qu'elle ne devait plus jamais perdre, c'est ce que l'on peut considérer comme le fondement solide du récit traditionnel. Mais que cette révélation fût en toute rigueur la première, qu'elle n'ait pas été complétée ultérieure-

ment, la tradition, au fond, ne l'a jamais pensé, et la critique ne peut l'admettre. La révélation du baptême n'a pu être adressée qu'à une âme disposée à la recevoir; d'autre part, la signification historique du récit de la tentation est que Jésus a dû s'instruire encore des conditions providentielles de sa vocation ; et l'on peut dire que cette instruction progressive, qui résultait en partie de l'expérience, a continué jusqu'à sa mort. »

« S'il était permis de risquer une hypothèse en matière si obscure, on pourrait dire que Jésus, dans l'humble maison de Nazareth, avait grandi en fils de Dieu, par la piété, par l'épanouissement de son âme pure sous le regard du Père céleste, sans que la préoccupation du grand rôle que le Fils de Dieu, le Messie, devait jouer dans le monde, entrât d'abord dans le commerce intime de cette âme avec Dieu; cette préoccupation se serait fait jour plus tard, soit parla seule influence du messianisme commun, soit par le contrecoup de la prédication de Jean annonçant l'avènement prochain du royaume de Dieu; quoi qu'il en soit, la rencontre avec Jean est une circonstance tout à fait appropriée à la révélation définitive; c'est là, auprès du prophète qui se donnait lui-même comme le précurseur du Messie, ou tout au moins comme le héraut du royaume céleste, que Jésus, déjà fils de Dieu par la conscience intime de son union avec le Père céleste, eut l'intuition suprême de sa mission providentielle, et qu'il se sentit le Fils de Dieu, le Messie promis à Israël. Comment il accomplirait cette mission, c'est ce que l'avenir devait peu à peu îni apprendre, et les

conditions morales de son rôle sont celles qui lui sont apparues d'abord le plus nettement ^ »

Telle est donc l'idée que Jésus se serait faite de son rôle, et la manière progressive dont il a dû en prendre conscience.

La divinité du Christ

Celui qui a pris ainsi progressivement conscience de sa destinée et qui, d'autre part, s'est trompé si gravement sur la proximité du royaume, ne pouvait être personnellement qu'un simple homme, et luimême n'a pas dû se déclarer autre chose. Il se distingue parfois de Dieu et paraît s'envisager avec lui dans le même rapport que les autres mortels : ce sont ces déclarations qui doivent être interprétées en pleine rigueur; leur portée, si profondément humaine, exprime la vraie et unique réalité de l'histoire; à cela il faut ramener, de gré ou de force, tout le reste.

Donc, non seulement « Jésus ne s'est jamaisdonné comme la manifestation historique d'un être qui subsistait en Dieu avant de se révéler aux hommes^, » mais il ne s'est pas non plus déclaré Fils de Dieu dans un autre sens que celui de Messie, 11 était « fils de Dieu en tant que prédestiné à la royauté messianique » ; « il l'était aussi par le sentiment intérieur qui l'unissait à Dieu auteur de cette vocation »; il ne l'était pas en vertu d'une participation réelle à la nature divine. Les textes qui insi-

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