‹ Les théories de M. LoisyChapitre 119 sur 235 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

blasphématoire^. » Or, « dire : «Je suis le Christ », n'était pas blasphémer. Ce n'était pas prononcer sacrilègement le nom de Dieu que de dire : « Je suis le Fils de Dieu », à moins qu'on ne s'en tînt pas à l'idée morale et religieuse de la filiation, et qu'on n'y joignît quelque idée métaphysique, plus conforme à l'esprit de la gentilité qu'à celui du judaïsme, l'incarnation d'un être qui était, pour ainsi dire, quelque chose de Dieu, en sorte que l'affectation d'un semblable rapport avec Dieu, de la part de Jésus, pût être interprétée comme injurieuse à la majesté divine. Rien de plus facile à expliquer si la scène a été conçue par l'évangéliste ou dans la tradition chrétienne*. »

En tout cas, l'accusation de blasphème « s'explique beaucoup mieux par rapport à la théologie de Marc et de Matthieu que par la vraisemblance de l'histoire ». En effet, « les membres du sanhédrin sont dits s'être accordés avec Caïphe sur la question du blasphème, et avoir condamné Jésus à la peine de mort, conformément à la loi du Lévitique. Mais, d'après cette loi, le blasphémateur devait être lapidé. Or Jésus a été crucifié, il a subi ce genre de supplice parce qu'il avait été condamné par l'autorité romaine, dans un procès régulier, où le thème de l'accusation n'était pas un blasphème contre Dieu par affectation de privilège divin, mais la prétention messianique à la royauté d'Israël ». Donc le procès devant le sanhédrin a été « supposé »; et l'on attribue à cette assemblée « une condamnation qu'elle

i. Les Et>angites synoptiques, t. II, p. 609. 2. Ibid., p. 604.

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n'a pas réellement portée ». « 11 est de toute vraisemblance que l'idée du blasphème, comme toute la mise en scène du jugement devant Caïphe, a été conçue en vue de cette condamnation. »

Sous quelle influence s'est opéré ce travail? « La tradition chrétienne aura senti de très bonne heure la nécessité apologétique de présenter le supplice de Jésus comme uniquement imputable aux Juifs : il importait à la nouvelle religion que son fondateur ne parût pas avoir été condamné par une juste sentence de Pilate; d'autre part, il était fort délicat d'accuser de prévarication Pilate lui-même, et il était impossible de nier que la sentence de mort eût été rendue par lui; restaient les dénonciateurs et les accusateurs du Christ, les Juifs, adversaires du christianisme naissant, détestés eux-mêmes dans le monde païen; rien n'était plus facile que d'élargir leur rôle, de façon à transporter de Pilate sur eux la responsabilité entière du jugement rendu contre Jésus; à cette fin, l'on aura supposé tout le procès devant Caïphe, avec la sentence capitale que le gouverneur n'aurait qu'à confirmer, et, dans le procès devant Pilate, on aura exploité, sinon introduit, l'épisode de Barabbas, de façon que le gouverneur romain ne semblât pas seulement avoir laissé exécuter un jugement dont il n'était pas l'auteur, mais avoir fait tout le possible pour que ce jugement fût frustré de soa effet. Ainsi le supplice du Christ n'était pas une action de la justice romaine, ce n'était que le crime des Juifs ^ »

Dès lors que le Sauveur n'a aucunement prétendu

se faire Végnl de Dieu, il n'est pas à croire qu'il se soit, jamais donné comme le juge futur des vivants etdes morts, « La description finale du grand jugement », telle qu'elle se trouve en saint Matthieu, « doit avoir été conçue par l'évangéliste luimême^. »

« Autant qu'on peut le conjecturer, Jésus ne se figurait pas le jugement de Dieu comme uue grande séance où le sort de l'humanité tout entière serait débattu, et où chacun recevrait en présence de tous la sentence qui déciderait de son sort pour l'éternité. Il concevait plutôt une sorte de sélection qui s'opérerait inopinément et en un clin d'œil sur les hommes alors existants; les justes seraient comme ravis à Dieu, transportés au lieu de la félicité messianique, mués en êtres immortels, tandis que les autres seraient abandonnés sans doute à leur châtiment, à un état de mort qui n'excluait pas la douleur. Les justes défunts ressusciteraient en même temps ^. »

Dans cet « acte préliminaire à l'institution du royaume, le discernement des élus, il ne semble pas s'être attribué de fonction spéciale : Dieu seul est juge souverain des vivants et des morts. Tout au plus le Christ se présente-t-il en témoin qui reconnaît au besoin ceux qui, par leur conduite à son égard, ont mérité la récompense ou les châtiments éternels^. »

Enfin la déclaration si absolue qui est rapportée

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à la fin du grand discours eschatologique, touchant « les paroles qui ne passeront pas », ne peut pas davantage avoir été prononcée par le Sauveur. « Jamais le Christ de l'histoire n'aurait dit : Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront point : ces paroles formaient probablement la conclusion du document apocalytique », qui doit é!re à la base du discours actuel, « et étaient censées dites par Dieu même », non parle Christ*.

Jésus n'a été qu'un homme, et il n'a jamais revendiqué pour lui les prérogatives de Dieu.

Les miracles évangéliques

Simplement homme et victime de l'erreur grossière que nous savons, le Sauveur a dû avoir une existence très humaine et très ordinaire. Il n'y a à chercher dans sa vie ni miracle proprement dit, ni manifestation surnaturelle, ni prédiction véritable, ni rien de surhumain. Tout ce qui s'y constate de transcendant doit être étranger à l'histoire et le produit de la foi.

Rien de plus simple que son ministère, malgré quelques apparences. En même temps qu'il prêchait la bonne nouvelle du royaume prochain, il opérait des guérisons.

« Il en faisait presque malgré lui. Dès son premier séjour à Capharnaùm, on lui amène des malades à guérir. Sa propre popularité l'effraie; il craint que le thaumaturge ne fasse tort en lui au prédicateur du royaume, et il s'éloigne de Capharnaùm.

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