LA CRITIQUE DES DONNEES ÉVANGÉLIQCES
ses apôtres ni pratiqué lui-même aucun règlement de culte extérieur qui aurait caractérisé l'Evangile comme religion. Jésus n'a pas plus réglé d'avance le culte chrétien qu'il n'a réglé formellement la constitution et les dogmes de l'Eglise. C'est que, dans l'Evangile, le christianisme n'était pas encore une religion existant par elle-même... L'Evangile, comme tel, n'était qu'un mouvement religieux, qui se produisait au sein du judaïsme, pour en réaliser parfaitement les principes et les espérances ^ »
Ainsi, pour VsiUteur de L'Ei'angile et T Eglise, le fait primitif chrétien se résumait en ces termes 1res simples : Jésus n'a eu aucune intention directe vis-à-vis de l'établissement de l'Eglise, de ses sacrements et de son culte; touchant sa personne, il n'a pas fait connaître autre chose que sa qualité de Messie; l'idée du caractère rédempteur de sa mort est étrangère à son enseignement; le fait même de sa résurrection corporelle n'est pas historiquement établi.
Or, c'est en partant de ces données, censées établies par sa critique, que M. Loisy entreprenait de rattacher malgré tout à l'Evangile de Jésus etl'Eglise et le dogme, et le culte.
Comment s'y prenait-il?
Comment la hiérarchie, le dogme et le culte actuels se rattachent à l'Évangile
D'après notre apologiste, si l'Eglise avec sa constitution actuelle ne procède pas d'une pensée et
d'une volonté directes du Christ, elle fait suite néanmoins à cette sorte de société que le Sauveur avait groupée autour de lui en vue du royaume. Et cela suffit à la légitimer.
L'Évangile de Jésus, en effet, avait déjà «un rudiment d'organisation sociale ^ » Autour du Maître était réuni un certain nombre de disciples : «groupe circonscrit, parfaitement reconnaissable, très centralisé aussi et même hiérarchisé dans la plus entière fraternité. » Jésus en était « le centre et le chef, l'autorité incontestée ». Parmi les disciples, le Sauveur avait distingué les Douze, qu'il « avait associés lui-même directement et effectivement à son ministère. » « Même parmi les Douze, il y en avait un qui était le premier, non seulement par la priorité de sa conversion ou l'ardeur de son zèle, mais par une sorte de désignation du Maître, qui avait été acceptée et dont les suites se font sentir encore dans l'histoire delà communauté apostolique^. » Dans la pensée de Jésus, cette société initiale était simplement destinée à prêcher l'Évangile avec lui et à devenir sans tarder le royaume. Le Sauveur « pourvoyait à la diffusion de l'Evangile dans le présent, et préparait... le royaume à venir ^. »
Le royaume n'étant pas venu avant sa mort, la petite société survécut au Maître, et, en se développant, donna naissance à l'Église. Tout d'abord, le groupe chrétien n'eut pas « conscience déformer une société