‹ Les théories de M. LoisyChapitre 129 sur 235 · Ibid., t. II, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. II, p

Enfin, « les deux récits de la multiplication des pains sontune instruction symbolique dontle thème a été fourni par l'Ancien Testament; il est peu croyable que l'un ou l'autre de ces récits ait jamais trouvé place dans la prédication d'un apôtre, bien qu'ils aient pu être mis en circulation avant la mort de Pierre et des principaux disciples ^ »

« Selon plusieurs critiques, il y aurait, à l'origine de cette histoire, un fait lîaturel dont les témoins ne se seraient pas rendu compte ». Mais « aucun trait de la description ne favorise cette hypothèse. » « L'idée d'un récit fictif, simplement imité de l'Ancien Testament, n'est pas plus satisfaisante que l'interprétation naturaliste; car ni l'histoire de la manne et des cailles, ni celle d'Elie chez la veuve de Sarepta, ni les miracles d'Elisée ne peuvent être considérés comme le type qui aurait suggéré la narration évangélique. Ces histoires ont pu influencer la rédaction, elles n'en ont pas fourni le sens général. »

C'est du côté delà signification symbolique «qu'il faut chercher l'explication du récit et de la tradition qui le supporte ». Le sens général delà narration « est celui que développe le quatrième Evangile, où la multiplication des pains n'est pas précédée d'un discours de Jésus, mais en tient la place, et où ce miracle néanmoins ne figure pas seulement l'alimentation des âmes par la parole, mais aussi le mystère chrétien dans l'eucharistie. Les deux idées sont associées dans le symbole du pain de vie. » « La signification des douze corbeilles de restes a

LES MIRACLES ÉVANGELIQUES 195

dù être primitivement en rapport avec l'idée de la parole perpétuellement inépuisable et féconde ». « Le rôle des disciples a plus de signification à l'égard de la parole qu'à l'égard de l'eucharistie. Ce ne doit pas être pour la vérité de la chronologie que la multiplication des pains suit la mission des apôtres. Les disciples distribuent le pain que Jésus leur a donné, en annonçant l'Evangile qu'il leur a confié, et le salut qu'ils apportent demeure encore après qu'ils l'ont communiqué. »

« L'hypothèse critique d'une comparaison entre la nourriture spirituelle par la parole, et la nourriture corporelle par le pain, ou d'une métaphore où celle-ci représentait celle-là, et qui aurait été ensuite développée en récit tendant, sans y réussir entièrement, à en faire un épisode de la vie de Jésus, n'est donc pas à écarter d'une manière absolue, car elle a un fondement dans les textes. On peut douter que l'origine de la tradition soit mieux expliquée si l'on joint à cette hypothèse, où il entre une part de certitude, l'hypothèse naturaliste, qui est une pure conjecture. Mais on doit aussi admettre une imitation de l'Ancien Testament. En tout cas, la mesure d'allégorie qui apparaît dans la narration, et celle, beaucoup plus considérable, qui se laisse deviner avec vraisemblance, ne permettent pas de définir l'incident qui aurait donné lieu au récit de la multiplication des pains, supposé qu'un tel incident, et non une parole du Christ, combinée avec le souvenir de repas communs présidés par lui, soit le point de départ de la tradition. La question de possibilité n'a pas besoin d'être discutée. A lire le

196 LTîS ÉVANGILES SYNOPUQUES

premier narrateur, on se douterait à peine qu'il s'agit d'un miracle, le récit flottant, pour ainsi dire, et très consciemment, entre le symbole et la réalité ^ ))

Telle est donc l'idée qu'il faut se faire des miracles censés accomplis par Jésus. Le Christ historique ne ressemble guère au thaumaturge transcendant que présentent les Evangiles.

La Conception virginale

Mais, s'il faut rayer ainsi de l'histoire de Jésus les prodiges qui dépassent essentiellement la puissance de l'humanité, à plus forte raison doit-on s'inscrire en faux contre ce qui nous est raconté de sa naissance surnaturelle.

« Il ne semble pas», en effet, que les récits de Matthieu sur cet objet «aient le moindre fondement historique^. » Ce sont de « pieuses fictions » qui ont dû « se former d'abord dans un petit cercle, et se répandre de là dans les communautés chrétiennes ^. »

« Le caractère fictif des récits de l'enfance est moins apparent dans le troisième Evangile que dans le premier... Il paraît cependant impossible de leur reconnaître une plus grande valeur de fond. Les imitations de l'Ancien Testament sont flagrantes. L'annonciation et la naissance de Jean-Baptiste sont un produit de l'imagination légendaire, et les

d. Les Ei'angUis synoptiqueB, t. I, p. 93G-938.

Page 1