Op. cit., t. I, p. 290-294 G. Ibid., p
de déterminer avec précision le temps et le lieu où cette croyance s'est fait jour dans la tradition chrétienne ^ »
« L'hypothèse d'un emprunt direct à la mythologie ne semble pas à discuter; mais plus solide est l'explication qui se fonde sur le nom même de Fils de Dieu et sur le sens qu'il devait prendre dans l'esprit des chrétiens de la gentilité, à qui la notion théocratique du Messie ne disait rien de précis; pour eux, comme pour les Juifs et les judéochrétiens, la dignité du Christ résidait dans sa filiation divine, mais ils ne pouvaient entendre cette filiation du rapport vicarial qui unissait le roi messianique au Dieu d'Israël ; ils devaient se la figurer comme une filiation réelle, leur formation religieuse antérieure les préparant à cette idée; leur nouvelle foi monothéiste les empêchait de s'arrêter aux images vulgaires de la mythologie, et d'attribuer à une action directe de Dieu même la conception de Jésus ; mais ils avaient l'Esprit, l'agent universel des œuvres divines; et l'Esprit qui, dans la langue et selon les idées juives, n'aurait pu tenir le rôle de générateur, le vocable qui le désigne étant féminin, pouvait l'exercer dans un autre milieu, où régnaient d'autres idées, qui s'exprimaient dans un autre langage. Ce facteur, qui n'exclut pas les précédents^, mais qui doit leur être présupposé, serait, au fond, le besoin que la conscience helléno-chrétienne, à
2. Influence de la prophétie d'Isaïe touchant la Vierge, qui enfante Emmanuel; influence de la tradition apocalyptique, où la naissance du Messio semble avoir été mise en rapport avec la « vierge fille de Sion », c'est-à-dire le judaïsme.
un certain stage de son développement, aurait éprouvé de se représenter l'origine du Christ conformément à la haute idée que l'on avait de sa mission, et à la singularité du rapport qui l'unissait à Dieu^ »
En tout cas, l'idée de la conception virginale du Christ, ainsi élaborée dans les milieux hellénochrétiens, a été adoptée d'abord par le premier évangéliste, puis, sous son influence, elle a passé dans les récits de Luc, au moyen des deux versets introduits dans le texte primitif du document par lui utilisé-.
« La diffusion de cetteidée, l'acceptation générale des textes qui la font valoir ne peut guère être antérieure à la fin du i^r siècle ou au commencement du second^. » C'est donc à une époque relativement tardive, et après un travail assez complexe de la pensée chrétienne, qu'aurait été acquise l'idée de la naissance miraculeuse du Christ.
La mort du Sauveur
Cette simplicité de l'existence humaine de Jésus rend également peu vraisemblable que sa mort ait eu le caractère extraordinaire que lui attribuent nos documents. En particulier, ses illusions touchant l'imminence du royaume portent à croire qu'il n'a pas dû prévoir la fatale destinée qui était l'aboutissant de sa carrière, ni à plus forte raison songer à faire le sacrifice de sa vie en rédemption pour les hommes.