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En effet, les obstacles que le Sauveur a rencontrés au cours de son ministère lui ont seulement « fait pressentir, et encore ne fut-ce peut-être que par intervalles et vaguement, les chances qu'avait le Messie de n'entrer dans sa gloire qu'en passant par la mort^. »
Lors du suprême voyage à Jérusalem, à mesure qu'on approchait de la ville, « ses disciples commençaient à craindre. Si ignorants qu'ils fussent des choses de ce monde, ils ne pouvaient se dissimuler entièrement les risques de l'entreprise... Leur foi ne les aveuglait pas entièrement sur les réalités. » Mais Jésus avait pleine confiance. «Il est probable que Simon-Pierre a exprimé cette inquiétude » de la troupe apostolique « en demandant au Maître : Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre, qu'adviendra-t-il de nous? et que Jésus le rassura par cette réponse : Je vous dis en vérité que vous tous qui m'avez suivi, vous allez être assis sur douze trônes, pour juger les douze tribus d'Israël. » Ainsi « Jésus n'allait pas à Jérusalem pour y mourir; il y allait pour préparer et procurer, au risque de sa vie, l'avènement de Dieu. »
Sans doute, « lui non plus ne se dissimulait pas le péril de sa démarche; mais il aurait cru manquer de foi et d'obéissance envers le Père céleste en supposant que le royaume pourrait tarder encore, et en se dérobant au danger par le silence. 11 avait . dit pour lui-même aussi bien que pour ses disciples : « Qui cherche sa vie la perd, et qui la perd la gagne ». S'il était dans les desseins du Père que le
Christ n'entrât dans sa gloire que par la mort, l'avènement du royaume n'était pas encore payé trop cher. Mais ce n'était là, semble-t-il, qu'une prévision éventuelle, non une certitude. La puissance de Dieu était plus grande que la malice des hommes : on pouvait tout craindre de celle-ci, mais on pouvait aussi, et mieux encore, on devait tout attendre de celle-là. Jésus ne voyait, ne voulait voir que son idéal et son espérance ^ »
«Le temps de la Pàque approchait; les pèlerins commençaient à affluer à Jérusalem; Jésus s'y rend avec ses apôtres et une foule que sa prédication avait ralliée sur le chemin. La confiance avait repris le dessus dans l'âme des disciples. Toute la troupe était persuadée que le royaume des cieux allait se manifester. 11 semble que Jésus lui-même ait voulu le signifier en réalisant volontairement », dans son entrée en la ville sainte, « une partie du programme messianique tel qu'il était déterminé dans les prophéties^. »
INIais voici que le coup d'autorité accompli par l'expulsion des vendeurs du temple, la liberté et la hardiesse de ses prédications, son ascendant croissant sur le peuple, ses terribles invectives contre les prêtres, scribes et pharisiens, portent au comble l'irritation des chefs religieux, qui décident d'en finir et de se saisir du prophète par ruse afin de le livrer au procurateur. « La situation ne pouvait se dénouer que par un miracle ou par une catastrophe, et ce fut la catastrophe qui arriva. Jésus n'avait pas
1. Les Evangiles synoptiques, 1. 1, p. 214-215. Cf. ci-dessus, p. 168.