‹ Les théories de M. LoisyChapitre 140 sur 235 · Ibid., p. V61; cf. p. 1G · texte numérisé non relu

Ibid., p. V61; cf. p. 1G

nombre de traits considérable, qui doivent résulter du travail de la pensée chrétienne. Ces traits enlevés, on se trouve en présence d'un événement fort simple, très vulgaire, conforme à l'idée précédemment établie de l'humanité historique de Jésus, et où n'apparaît plus rien d'extraordinaire ni de surhumain.

La résurrection

Il va sans dire que, dans ces conditions, la sortie corporelle du tombeau ne peut davantage prétendre à être un fait de l'histoire.

La croyance en la résurrection dut se former en Galilée, où s'étaient enfuis les disciples après l'arrestation de leur Maître. « Elle résulta de la foi antécédente à Jésus Messie; les visions des apôtres la provoquèrent; on en chercha la confirmation dans l'Ecriture, et on s'y affermit en la proclamant'. »

Comment cela ?

« On ne saurait dire s'il restait un seul apôtre à Jérusalem le soir de la passion. Quelques-uns peutêtre n'avaient pas attendu la mort de leur Maître pour prendre le chemin de la Galilée. Les moins timides perdirent toute espérance, quand ils virent que le Ciel n'avait pas secouru celui qu'ils avaient salué comme le Messie^. »

« Cependant l'action exercée par le Christ sur ses disciples avait été trop profonde pour qu'elle pût s'elîacer de leur âme. Ils étaient bien revenus en

Galilée, mais ils n'avaient pu se remettre aux conditions d'une vie ordinaire. Quelques-uns étaient restés avec Pierre, et l'on peut croire que les Onze avaient fini par se retrouver à Capharnaûm ou dans les environs. Dans une existence oisive où un peu de pêche suffisait à leur entretien, le passé les ressaisit, leurs souvenirs s'enflammèrent dans la solitude. Ils avaient été trop profondément remués par l'espérance pour que le coup de malheur qui les avait d'abord accablés ne fût pas suivi d'une réaction puissante vers le grandiose avenir qui les avait d'abord séduits. Aucun d'eux n'avait assisté à la mort de Jésus, aucun n'avait vu traîner son corps au charnier. Ils avaient su, ils ne pouvaient douter, mais l'impression de cette certitude n'était pas le découragement physique que leur eût fait éprouver la réalité. Qui sait si le secours du Père céleste, qui n'était pas arrivé à son Christ dans la vie, ne lui était pas venu dans la mort ? Fallait-il renoncer au règne de Dieu ? Et si le règne était proche, Jésus n'y avait-il pas toujours sa place nécessaire^ ? » Etant donnée la « mentalité » des apôtres, « des preuves extraoïxlinaires, des constatations rigoureuses n'étaient... pas indispensables « pour les persuader. « Le travail intérieur de leur âme enthousiaste pouvait leur suggérer la vision de ce qu'ils souhaitaient; des incidents fortuits, interprétés et transfigurés selon les préoccupations du moment, pouvaient avoir la même portée que des visions,

avec un caractère objectif qui les rendait moins discutables, si l'on avait songé à discuter^. »

« Pierre acquit le premier la conviction que son Maître était vivant. 11 l'avait vu un jour, à l'aube, en péchant sur le lac de Tibériade. Ce fut lui sans doute qui rassembla les Onze et ranima de son ardeur leur foi chancelante. L'impulsion étant donnée, cette foi grandit par le besoin même qu'elle avait de se fortifier. Le Christ apparut aux Onze, Ce qu'il leur voulait, ce qu'il leur disait, ce qu'ils croyaient entendre, ce qu'il fallait réellement et ce qui était l'intention souveraine de Dieu, c'est qu'ils reprissent en main l'Evangile, pour annoncer que le royaume était toujours proche, que le Christ allait venir, et que ce Christ était véritablement Jésus, revenu de la mort et pour toujours vivant. »

« C'est ainsi que leur foi les ramena à Jérusalem pour y exercer leur apostolat. La Galilée ne leur offrait pas plus de sécurité qu'elle n'en avait offert à leur Maître, et Jérusalem était l'endroit où il convenait de porter le message du salut. Peut-être y revinrent-ils à l'occasion d'une fête; il est possible que cette fête ait été la première Pentecôte après la Pâque delà passion. Ils n'avaient sans doute aucun plan de propagande, mais leur âme débordait de foi. lis avaient pu nouer quelques relations à Jérusalem dans leur précédent voyage, et le souvenir de Jésus n'était pas éteint chez les amis qu'il avait gagnés avant sa mort. Des réunions se constituèrent où s'affirma la foi à Jésus-Christ ressuscité, entré dans la gloire de Dieu par la l'ésurrection. »

« Les auteurs de la mort de Jésus ne pensaient probablement plus à lui, quand il leur revint que ses disciples étaient maintenant à Jérusalem, et qu'ils déclaraient vivant et immortel le crucifié du Golgotha. Le christianisme était né. On allait essayer de le combattre. 11 fallait le discuter. Nul ne contestait que Jésus fût mort sur la croix. Nul ne pouvait démontrer qu'il ne fût pas ressuscité ^ »

En effet, « on peut supposer que les soldats détachèrent le corps de la croix avant le soir et le mirent dans quelque fosse commune, où l'on jetait pêlemêle les restes des suppliciés. Quoi qu'il en soit de ce dernier point, les conditions de la sépulture furent telles qu'au bout de quelques jours il aurait été impossible de reconnaître la dépouille du Sauveur, quand même on l'aurait cherchée^. »

Ses fidèles pouvaient donc affirmer « sans crainte qu'il était vivant, et ils entreprenaient maintenant de prouver par les Ecritures que le Christ devait mourir et ressusciter ensuite, comme avait fait Jésus, qui était vraiment le Christ^. »

Ainsi, « la foi à la résurrection ne prit consistance qu'un certain temps après la mort de Jésus, et il est probable que pas un de ses disciples n'en avait encore seulement l'idée trois jours après la passion'*. »

« Les visions n'arrivèrent pas sitôt et ne se multiplièrent pas avec la rapidité que leur prête dans les

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