Ibid., p
Evangiles un simple arrangement de perspective. Elles n'eurent pas non plus sur tous ceux qui les éprouvèrent l'effet instantané que la matérialisation des récits évangéliques invite maintenant à leur attribuer. Le souvenir très net que la communauté conserva des doutes primitifs montre bien que ces doutes s'éveillèrent en même temps que la foi, et ne furent éliminés que progressivement parles progrès de celle-ci. »
« Combien de temps dura cetravail de la conscience chrétienne ? Ce qu'il en fallut au groupe des amis de Jésus pour se reprendre, se reconstituer, se ranimer en lui. Il fallut plus d'un jour et d'une semaine pour que cette œuvre fût accomplie. L'intervalle de quarante ou cinquante jours, marqué dans le livre des Actes, pourrait être suffisant; mais cette indication est subordonnée à une conception systématique des origines chrétiennes, et le caractère artificiel et symbolique des chiffres n'est pas douteux. La foi de l'Eglise ne repose pas sur une secousse violente, imprimée à l'imagination des disciples, sur une sorte de surprise qui les aurait presque dispensés d'exercer leur jugement : la secousse morale a été donnée par la passion; la croyance à la résurrection est née par une sorte de réaction aussi profonde, mais progressive, qui permit à la foi des apôtres en Jésus Messie de se ressaisir, dans le milieu où elle était née^. »
Tout ce qui, dans nos rédactions évangéliques, contredit cet exposé des faits, tout ce qui tend à accuser la réalité de la résurrection corporelle, en
rapportant la croyance des apôtres à des constatations immédiates, à des apparitions multipliées, perçues non seulement en Galilée mais sitôt aprèsla passion, à Jérusalem, et garanties objectives, doit être mis sur le compte de l'apologétique postérieure.
« 11 est aisé de concevoir que le premier besoin de la croyance au Ressuscité fut de préciser le temps où Jésus avait cessé d'être mort pour devenir immortel. Le chiffre de trois jours s'imposa. » Cette circonstance du troisième jour provient sans doute « de l'idée populaire d'après laquelle le corps et l'âme du défunt étaient définitivement séparés l'un de l'autre au bout de trois jours. Après ce temps, la r;'Surrection aurait été inconcevable; plus tôt, c'est la mort qui aurait pu sembler douteuse^ »
La fixation de la résurrection au troisième jour donnait corps au fait, objet de la foi. Mais il fallait trouver des preuves à l'appui du fait lui-même. C'est à quoi travailla la conscience chrétienne. Elle en trouva de deux sortes : les unes négatives, présentées dans les récits touchant le tombeau gardé parles soldats et trouvé vide; les autres positives, fournies par les apparitions directes du Ressuscité, avec constatations sensibles de sa présence corporelle.
Les preuves positives sont particulièrement développées par Luc. Le troisième évangéliste suppose des apparitions immédiates du Christ à Jérusalem, sans rien dire des visions galiléennes postérieures. C'est une « substitution » de perspective, et elle « ne s'autorise pas d'une tradition historique, mais
d'un intérêt apologétique ». « Bien que la substitution de Jérusalem à la Galilée comme théàtie des apparitions ait dû être commencée avant Luc, et qu'elle ait pu être effectuée dans quelqu'une de ses sources, le procédé par lequel l'évangéliste neutralise et supprime la tradition galiléenne, qu'il trouvait dans Marc, et plus clairement encore dans la source de Marc, n'en ressemble pas moins à un escamotage littéraire qui détruit la perspective réelle de l'histoire*. »
D'autre part, « Luc a voulu prouver la réalité physique de la résurrection et l'institution formelle du christianisme par le Christ lui-même^. » Les discours qu'il prête au Sauveur ressuscité « représentent les conceptions et l'apologétique de l'évangéliste^. » Surtout, « l'apparition du Christ aux disciples d'Emmaùs et à tout le groupe des fidèles, le soir même de sa résurrection, est un... moyen artificiel de démonstration '. »
« Le caractère secondaire et symbolique » de ce récit paraît, en effet, « incontestable ». « La fraction du pain et la disparition subite du Sauveur témoignent du rapport qui existe originairement entre la foi à la résurrection et la cène eucharistique. Le Christ est ressuscité : les Ecritures l'avaient annoncé. Il est vraiment vivant : on le retrouve dans la fraction du pain. La foi à la résurrection de Jésus et la foi à la présence du Christ au milieu des siens dans le repas