Cf. ci-après, à propos de la Résurrection
ce qui ne s'y adapte pas nettement est déclaré addi tion postérieure, éliminé sans hésitation.
Le critique, par exemple, trouve l'annonce du royaume prochain, et son point de vue eschatologique, fortement accentués dans la prédication de Jésus : il y voit la préoccupation unique du Maître et rejette tout ce qui y contredit. Des textes se rencontrent où le Sauveur met en haut relief son humanité et semble se distinguer absolument de Dieu : M. Loisy les présente comme expression parfaite de la réalité de l'histoire et élague tout ce qui tend à découvrir une autre réalité. On trouve un rapport entre les prédictions attribuées au Christ et les événements postérieurs : il en conclut que tout a été calqué sur les faits accomplis. Des obscurités se constatent dans les textes qui se rapportent à la naissance virginale ou à la résurrection: il ne veut retenir que ce qui va contre la croyance et sacrifie tout ce qui concourt à l'établir.
Dans cette œuvre d'harmonisation et d'élimination, le critique procède avec une hardiesse extraordinaire: il coupe, il taille, il tranche, sur le patron préalablement entrevu, jusqu'à ce qu'il ne lui reste que les éléments d'une conclusion conforme à son idéal. Les textes sont d'une souplesse étonnante, quand il juge à propos de les plier à sa théorie ; ils sont d'airain, quand il s'agit de les opposer à l'interprétation traditionnelle. C'est, en deux mots, le procédé systématique le plus intransigeant, mis au service du principe rationaliste le plus pur. Qu'à force de choisir, d'éliminer et d'interpréter, on finisse par obtenir une synthèse extrêmement cohé-
rente, admirablement équilibrée, offrant satisfaction pleine aux exigences du rationalisme, cela n'est pas pour surprendre; mais ce qu'on ne peut nier c'est que la synthèse repose en définitive sur l'arbitraire et le parti pris.
M. Loisy se garde bien d'en convenir. A rencontre des affirmations de l'Encyclique, il proteste que son esquisse du développement chrétien « résulte d'un travail fait sur les documents, non sur des considérations aprion'K » Sa critique est sans préjugés, elle ne s'inspire que de critériums très objectifs, elle ne ressemble en rien à la description qu'en ont faite les théologiens de Sa Sainteté.
« Le scolastique ironiste qui a esquissé ce petit tableau, écrit-il, ne s'est pas aperçu qu'on n'avait besoin de recourir à aucun principe théorique et a priori pour écarter de la carrière du Christ le divin tel qu'il le comprend : il n'y a qu'à constater l'incompatibilité du quatrième Evangile avec les trois premiers ; le Christ des Synoptiques est historique, mais il n'est pas Dieu ; le Christ johannique est divin, mais il n'est pas historique; entre deux témoignages inconciliables, le critique mot/er/iw^e choisit le plus ancien, le plus autorisé, le plus vraisemblable, et il n'est pas obligé d'emprunter un seul argument au principe de \' agnosticisme'^. » De même, « on n'a pas besoin de raisonner sur le principe de transfiguration pour écarter les récits de la naissance miraculeuse et de la conception virginale : il suffît de constater qu'ils ont été ignorés de Marc et de Paul; que ceux de
1. A. Loisy, Simples réflexions, p. 209. 2. Id., ibid., p. 157-158.
Matthieu ne peuvent s'accorder avec ceux de Luc, et qu'ils présentent les uns et les autres le caractère de fictions ». « On n'a pas davantage besoin d'invoquer le principe de défiguration pour éliminer certains traits des récits évangéliques : on compare les différentes relations, et l'on choisit celle qui offre le plus de garanties intrinsèques et extrinsèques, comme on ferait pour n'importe quel témoignage profane^. »
« L'analyse et la comparaison des Evangiles, dit encore M. Loisy, permettent de constater le travail de la tradition chrétienne sur les souvenirs primitifs concernant la vie du Christ. Si l'on conteste, par exemple, que Jésus ait annoncé en termes précis sa mort et sa résurrection, c'est qu'il subsiste dans nos Evangiles certains traits qui excluent la prévision certaine, affirmée en d'autrea passages dont l'on perçoit aisément le caractère tendancieux^ ». « Si j'ai contesté pareillement l'authenticité des éléments allégoriques contenus dans les paraboles, ou les paraboles qui sont de pures allégories, c'est parce que ces éléments allégoriques introduisent des contradictions dans des récits qui, sans cela, seraient des fables très bien ordonnées, et que ces additions, comme aussi les paraboles qui sont purement allégoriques, supposent la fondation de l'Eglise, et n'ont de sens que par rapport aux premières communautés chrétiennes, non aux auditeurs de Jésus ^. »