‹ Les théories de M. LoisyChapitre 161 sur 235 · Id., ibid., p · texte numérisé non relu

Id., ibid., p

OBSEIiVATIONS GÉNÉRALES 247

Bref, « l'exégète critique ne prend pas le personnage de Jésus, mais il s'efforce à discerner les traits caractéristiques de sa nature, de son enseignement, de la mission qu'il s'est attribuée, et, procédant du plus connu au moins connu, du certain au douteux, il peut inférer du connu et du certain telles conclusions probables sur les parties du témoignage évangélique dont l'analyse a motif de suspecter l'historicité K »

M. Loisy défend donc énergiquement l'impartialité de sa méthode. Aussi, ayant à rédiger l'Introduction aux Ei^angiles synoptiques, a-t-il eu soin de faire précéder son étude de la carrière et de l'enseignement de Jésus d'un examen détaillé de chacun des trois Evangiles, où il est censé tirer des particularités mêmes de leur composition un fondement objectif au départ à établir entre ce qu'ils ont de primitif et de secondaire, de données authentiques d'histoire et d'additions légendaires.

Or, cet examen, prétendu objectif, des textes est, en réalité, dominé presque d'un bout à l'autre par des préoccupations très subjectives et de véritables préjugés.

Ainsi, M. Loisy conteste l'authenticité des éléments allégoriques contenus dans les paraboles, sous prétexte qu'ils introduisent des contradictions dans les récits; mais il est clair que ces contradictions n'existent que par rapport à un type de paraboles que l'on suppose assez gratuitement avoir été complètement étranger à l'allégorie ; il est même tout à fait à croire que l'on n'y aurait pas

songé, si l'on n'avait été embarrassé par les allusions prophétiques que ces traits allégoriques renferment.

Aux prédictions de Jésus concernant sa mort et sa résurrection, le critique oppose que certains passages des Evangiles excluent cette prévision certaine et que ceux qui l'affirment ont un caractère tendancieux; mais il est encore aisé de voir que les premiers traits ne sont déclarés contradictoires aux seconds qu'en vertu de l'idée générale qu'on se fait de la science du Sauveur, de ses illusions touchant sa destinée prochaine et du caractère non historique de sa résurrection.

Pour écarter les récits de la naissance miraculeuse, on invoque le silence de Marc et de Paul, le caractère fictif des narrations de Matthieu et de Luc et leur désaccord entre elles; mais, seul, le préjugé rationaliste fait que, dans l'esprit du critique, ces diflîcultés prévalent contre les preuves bien autrement significatives qui appuient par ailleurs l'historicité de ces récits.

M. Loisy nous parle encore de l'incompatibilité entre le Christ divin du quatrième Evangile et le Christ tout humain des trois premiers; mais cette incompatibilité n'existe qu'à la condition de réduire systématiquement le Christ johannique à n'être qu'un personnage transcendant et irréel, alors que son humanité est accusée aussi fortement que dans les trois autres Evangiles, et, d'autre part, de ramener non moins arbitrairement le Christ synoptique aux proportions de l'humanité ordinaire, alors que nombre de traits l'élèvent au-dessus de la simple humanité.

Si donc l'auteur prétend procéder « du plus connu au moins connu, du certain au douteux », on peut dire que ce « plus connu » et ce « certain » ne sont déterminés que par une méthode très subjective et qu'ils ne valent que pour le critique rationaliste, à raison de ses préjugés.

Par le fait, tout en se défendant d'avoir des préoccupations d'ordre philosophique, M. Loisyne laisse pasde mettre en avantdes considérations qui relèvent de la philosophie beaucoup plus que de lexégèse. A-t-il à parler de la divinité de Jésus, il signale « la contradiction que recèle la formule théologique du Dieu-homme^ ». S'agit-il de l'intention du Sauveur par l'apport à sa mort, il fait entendre qu'une meilleure ettoutautre « connaissance del'hommemoral » suggère « une critique de l'idée de rédemption ^. » Est-il question du fait de la résurrection corporelle, « de ce fait, objecte-t-il, j'avoue ne pouvoir pas seulement me représenter l'idée ^ » ; du reste, par sa nature, il échappe à l'observation; le Christ, étant entré dans Tordre des réalités surnaturelles, n'a pu produire des impressions sensibles sur les témoins qui prétendent l'avoir vu et entendu; en conséquence « la résurrection n'est pas un fait qui ait pu être constaté directement et formellement"* ».

Le critique va plus loin et met en principe que l'idéed'une intervention extraordinaire deDieudans

1. A. LoiSY, Quelques lettres, p. 149. Cité ci-dessus, p. 107.

2. Id., Autour d'un petit livre, p. 154. Cf. p. 129; L'Ecan^ile et VÉglise, 1902, p. 71. Ci-dessus, p. 12, 74.

Page 1