‹ Les théories de M. LoisyChapitre 163 sur 235 · Id., ibid., p · texte numérisé non relu

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OniGINE ET VAl^EUR DES ÉVANGILES 251

qu'une forme de la critique rationaliste; elle ne représente pas la critique pure et simple, impartiale et sans préjugés. De ce chef encore, l'auteur n'est pas qualifié pour parler au nom de la science. L'examen détaillé des diverses parties de sa synthèse nous en convaincra davantage.

La vérité sur l'origine et la valeur des Évangiles

La solidité du système imaginé par M. Loisy dépend en très grande partie du bien-fondé de son appréciation touchant l'origine et la valeur historique des Evangiles.

L'auteur fait à Strauss un mérite d'avoir « subordonné la critique des Evangiles à la critique de riiistoire évangélique. Si les récits concernant le Christ étaient des mythes, ils ne pouvaient émaner de témoins oculaires ni de gens bien informés, et la question de composition n'avait plus qu'une importance secondaire^. » Ce procédé, inauguré par Strauss en 1835, est exactement celui que vient de reprendre M. Loisy, après trois quarts de siècle écoulés. Représente-t-il donc le procédé le plus logique, la méthode la plus parfaite, capable de conduire aux résultats les plus assurés? Il ne semble vraiment pas.

La valeur documentaire d'ouvrages tels que nos Évangiles doit se déterminer principalement d'après la qualité de leurs auteurs, les garanties qu'ils offrent de sincérité et de bonne information, leur

relation plus ou moins immédiate avec les faits évang-éliques ou les souvenirs directs qui s'y rapportent. Etudiés sans cet examen préalable de leur origine, les Evangiles risquent d'être appréciés très dilFéremment, suivantqu'on apportera à cette étude la foi au surnaturel réalisé, la croyance au surnaturel possible, ou bien la conviction que l'histoire ne saurait rien contenir qui déborde la nature.

En bonne logique, semble-t-il, pour nos Evangiles, autant et plus encore que pour n'importe quel document, la question d'origine doit primer la question d'historicité.

Or, si nous étudions d'abord pour elle-même cette question d'origine, nous pouvons arzùver à des conclusions assez assurées et assez significatives pour nous convaincre que les documents ont une valeur historique tout autre que celle que leur accorde M. Loisy.

Prenons le second Evangile, qu'un bon nombre de critiques ont accoutumé de regarder comme le plus ancien. La tradition du deuxième siècle lui donne pour auteur saint Marc, disciple de saint Pierre, identifié assez communément à Jean Marc, le parent de Barnabe, dont il est question au livre des Actes, et au Marc mentionné dans les Epîtres de saint Paul et dans la première Epître de saint Pierre ^

Cette désignation, envisagée au simple point de vue de la tradition dont elle procède, a toutes chan-

1. AcT., XII, 12, 25; xiii, 13 ; xv, 37-39 ; Col., iv, 10;PHiLÉM. 24; II TiM., IV, 11 ; I Pier., v, 13.

ces d'être conforme à la réalité. L'Evangile, en effet, passe pour avoir été rédigé à l'intention des fidèles de Rome; il est censé contenir les souvenirs du chef des apôtres : pourquoi ne pas l'avoir attribué à l'apôtre lui-même ? On devait s'y sentir fortement incliné, à en juger par la tendance des apocryphes les plus anciens, du pseudo-Evangile de Pierre en particulier*. Seule, semble-t-il, la vérité de l'histoire a pu motiver l'attribution au disciple obscur plutôt qu'au maître glorieux. La parole de Renan est tout à fait juste : « Marc n'eut pas assez d'importance pour qu'on ait cru relever un écrit en le lui attribuant^. »

La critique interne du document ne découvre rien qui contredise d'une façon tant soit peu sûre une telle origine. LesdétailslégendairesqueM. Loisy prétend y discerner sont hypothétiques, subordonnés qu'ils sont à la question du surnaturel dans l'histoire de Jésus; ils ne doivent pas influer dès l'abord sur notre appréciation touchant l'origine de l'ouvrage. Au jugement du critique, « le second Evangile semble présenter, comme les deux autres Synoptiques, des traces indiscutables de travail rédactionnel; l'évangélistea dû connaître une sorte d'histoire abrégée du ministère du Christ^ ». Cela est fort possible, l'on peut même dire probable, mais cela n'est pour nuire ni à l'authenticité du livre, ni à son historicité; l'auteur a fort bien

1. Cf. Lepin, Evangiles canoniques et Evangiles apocryphes, 2» éd., l'J07, p. 68.

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