A. Loisy, Les Ei'angiles synoptiques, t. i, p
Mais, précisément, si le rédacteur des Actes ne s'est pas borné à insérer ses documents tels quels, s'il a su les retoucher si bien qu'ils sont maintenant tout à fait dans son style, l'hypothèse d'une « sorte de paresse » qui lui aurait fait négliger de modifier l'emploi de la personne nous, devient plus impossible encore à soutenir.
Aussi, le critique en vient-il à soupçonner l'auteur des Actes d'avoir agi intentionnellement, afin de donner à son œuvre l'apparence d'un témoignage autorisé. Mais, supposer que le rédacteur a maintenu à dessein le nous, et qu'il a adapté délibérément les morceaux à sa manière propre, c'est lui attribuer un véritable faux littéraire. Or, d'où vient que ce faussaire est en même temps si réservé, qu'il insère les fragments à leur place, le plus naturellement du monde, dans le récit des voyages de l'Apôtre, sans attirer autrement l'attention du lecteur? Pourquoi ne fournit-il pas la plus petite indication sur l'identité de ce personnage qu'il suppose en compagnie de saint Paul, et qu'il veut faire prendre pour le rédacteur proprement dit du livre? Les faussaires anciens ne nous ont pas habitués à pareille discrétion ^.
M. Loisy insinue encore que « la dédicace aurait été pour l'auteur un moyen de déguiser son identité, si le nom de Théophile devait évoquer celui de Luc, dont le rédacteur aurait voulu prendre le personnage ». « Mais, a-t-il soin d'ajouter, ce ne serait
1. Cf. Lepin, Ei'aitgUes canoniques et Evangiles apocryphes^ p. 68.
qu'une hypothèse'. » On n'a pas le moindre indice, en effet, que le nom de Théophile ait été capable d'évoquer ainsi celui de Luc. Au contraire, M. Loisy pense que « ce Théophile devait éti'e un homme assez haut placé ». «L'épithète honorifique jointe à son nom, dit-il, conviendrait peu à une personnalité fictive, au chrétien idéal. On ne voit pas pourquoi le Théophile de Luc serait moins réel que les personnages mentionnés par les écrivains de ce temps dans leurs dédicaces^. » Or comprend-on que l'écrivain, dédiant ses deux ouvrages à un personnage connu, avec lequel il paraît en relations intimes, ait en même temps voulu se faire passer auprès de lui pour ce qu'il n'était pas, Luc, le compagnon de Paul?
Si l'on ajoute que Luc est présenté dans l'Epître aux Golossiens comme médecin, et que précisément « la belle phrase classique » qui constitue le prologue témoigne d'une certaine éducation littéraire, qu'elle offre une grande ressemblance de forme avec le prologue du traité De materia medica de Dioscorides ^, qu'enfin l'auteur de l'Evangile et des Actes montre une précision et une exactitude toutes spéciales dans ses termes de médecine"*, il semble impossible de mettre sérieusement en doute que le troisième évangéliste soit le disciple et