‹ Les théories de M. LoisyChapitre 173 sur 235 · Id., ibid · texte numérisé non relu

Id., ibid

4. A. Harnack, Die Chronologie der altchristlichen Littcratur, t. I, 1897; Spiuche und Reden Jesu, 1907.

5. Wellhausen, Das Evangelium Matthaei, 1904 ; Einleitung in die drei ersten Evangelien, 1905.

L'origine juive du rédacteur, celle de ses destinataires, confirment donc en deux points importants le témoignage de la tradition concernant notre Evangile : n'y a-t-il pas là une raison solide de croire que la tradition se trouve également fondée en ce qui regarde le nom même de l'évangéliste ?

Beaucoup de critiques estiment la tradition suffisamment vérifiée, si l'on admet que l'apôtre Matthieu a rédigé seulement le recueil de Logia que l'on trouve à la base de notre écrit. Dans cette hypothèse, le premier Evangile garderait encore une demi-authenticité^ . Mais l'hypothèse, ainsi restreinte paraît difTicilement soutenable. Le caractère judéochrétien de l'ouvrage, en effet, ne se borne pas aux discours, mais s'étend à tout son ensemble. C'est dans les récits mêmes que l'auteur s'attache à montrer la réalisation des oracles messianiques.

D'ailleurs, on ne comprend pas bien comment l'emploi du recueil de Logia dans le premier Evangile aurait amené à identifier le rédacteur final de l'ouvrage avec l'auteur du document utilisé, alors qu'on n'y a pas songé pour le troisième Evangile, dont le cas estsupposé exactement le même.M.Loisy estime à bon droit que le témoignage de Papias porte sur notre Évangile de saint Matthieu, non sur le recueil de Logia, censé composé par cet apôtre ^. Le critique va jusqu'à penser que, s'il avait

1. Cf. A. JùLiCHER, Einleitung, p. 240, 298; J. Moffatt, The historical New Testament, 1901, p. 270; Stanton, art. Gospels, dans le Diclionary of the Bible, 1899, t. u, p. 242; T. Calmes, La question des Evangiles synoptiques, 1898, p. 26; P. Lagrange, dans la Revue biblique, 1896, p. 26-27.

existé d'abord un recueil de discours, nettement et sûrement attribué à l'apôtre Matthieu, cet ouvrage n'aurait pas si tôt disparu, ni été si complètement supplanté par le nouvel écrit, d'autant qu'il n'a pas été purement et simplement inséré dans notre Evangile, comme le montrent assez les emprunts qu'a pu lui faire encore saint Luc^

Aussi M. Loisy en vient-il à conjecturer que l'attribution du premier Evangile à saint Matthieu repose, comme celle du troisième Evangile, sur une fiction littéraire. En particulier, la substitution de Matthieu à Lévi dans l'histoire du publicain^ indiquerait une intention formelle du rédacteur, désireux de couvrir son œuvre du nom de Matthieu.

Mais pourquoi avoir pris pour garant un apôtre si secondaire? C'est, pense M. Loisy, parce que sa qualité de publicain pouvait paraître mieux expliquer la composition de l'Evangile en grec. Mais, si l'on était préoccupé de justifier la langue du nouvel Evangile, que n'a-t-on songé à tels apôtres, non moins importants, comme André, Philippe, dont le nom était précisément grec et pouvait suggérer l'idée de relations spéciales avec le monde hellénique? A parler franchement, la substitution du nom de Matthieu à celui de Lévi n'a rien qui paraisse destiné à rapporter à cet apôtre la composition du livre. L'absence de toute autre insinuation en ce sens ne permet absolument pas de songer à l'œuvre d'un faussaire.

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