‹ Les théories de M. LoisyChapitre 175 sur 235 · RKiN\N, Vie de Jésus, 13« édit., p. lxxxi · texte numérisé non relu

RKiN\N, Vie de Jésus, 13« édit., p. lxxxi

témoins de Jésus, puisée à bonne source par des historiens qui ont appartenu à la génération apostolique ou se sont trouvés en relation directe avec elle, et dont on ne peut suspecter ni la probité littéraire, ni le sens de l'exactitude, ni le respect scrupuleux de la vérité.

M. Loisy prétend laisser complètement de côté le quatrième Evangile, en tant que document autorisé pour la vie de Jésus. A son avis, c'est, sous forme d'histoire, un ouvrage purement théologique, où l'on peut s'instruire de ce qu'était la foi de l'Eglise à la fin du Jer siècle, mais où il n'y a pas à chercher la moindre information, complémentaire des renseignements synoptiques, touchant les actes et les enseignements du Sauveur.

Sur ce point encore, M. Loisy adopte une position exceptionnelle ^ . Le plus grand nombre des critiques, en effet, reconnaissent au quatrième Evangile un fond de tradition historique et un rapport réel avec l'apôtre saint Jean, soit qu'ils y voient l'œuvre d'un disciple de l'apôtre, qui aurait consigné en partie les souvenirs retenus de son maître^, soit qu'ils fassent reposer l'Evangile sur une sorte de document primitif, composé par l'apôtre, puis retouché et

1. En compagnie de J. Réville, Le quatrième Evangile, 1901; W. Wrede, Charahtcr und Tendenz des Johannesevangeliums, 1903; E. Scott, The fourth Gospel, its purpose and theology^ 1906.

2. Rena?j, Vie de Jésus, 13' édit., p. 476 sq. ; L'Eglise chrétienne, 1879, p. 58 sq. ; Weizsaecker, Das apostolische Zeitaller, 3« édit., 1902, p. 517 sq. ; Harnack, Chronologie, t. i, p. 677; MOFFATT, The historical New Teslament, 1901, p. 495 sq. ; P. Gardner, a historical view of the Scw Testament, 1901.

complété par le rédacteur finale soit qu'ils admettent la composition directe de l'ouvrage par le fils de Zébédée^.

Cette dernière opinion, favorable à l'authenticité [ parfaite de notre document, est particulièrement bien fondée. Il est incontestable, en effet, que l'attribution de cet Evangile à Jean l'apôtre, si elle paraît de prime abord plus suspecte que l'attribution respective des trois premiers, à raison de l'importance très spéciale du personnage en question, s'appuie sur des preuves d'ordre externe et interne dont la force et la signification sont extrêmement remarquables.

Au rapport de la tradition ancienne, le quatrième Evangile a été composé par l'apôtre saint Jean, sur la fin du l*"^ siècle, à Ephèse en Asie. De ces trois points, deux sont admis, l'on peut dire, par la généralité des critiques. M. Loisy lui-même reconnaît que l'ouvrage a vu le jour en Asie Mineure et qu'il a du être composé vers 90-100^. Faudra-t-il s'inscrire en faux contre le troisième point, à savoir l'attribution personnelle de l'écrit à saint Jean ?

1. Wendt, Die Lehre Jesu, 2* édit., 1901; Bas Johannesevangelium, 1900; Soltau, Zum Problemdes JohanneserangeltuniSy dans la Zeilschrift fiir die neut. Wissenschaft, 1901, p. 140-149; Briggs, New liglit on the life of Jésus, 1904, p. 110, 158.

2. B. Weiss, Das Jo/iannes- Evan^elium, 9« édit., 1902; Einleii'ing, 3' édit., 1897; A. Resch, Paialleltexte zu Johaiines, 189G; Zah:^, Einleiturts:, t. n, 1900; Stanto.n, The Gospels as historical Documents, t. i, 1903; Reynolds, avt. John, dans le Dictionary oj the Bible, t. li, p. 694-728; J. Drummo>'D, An Inquiry into the Character and Authorsltip of the Fourth Gospel, 1903; W. Sandav, The criticism ofihe Fourth Gospel, 1905.

3. A. LoiST, Les Evangiles synoptiques, t. i, p. 15, note 1 ; « Le quatrième Evangile a dû être composé vers 90-100, et publié un peu plus tard » C(. Le quatrième E^fangile, 1903, p. 130.

ORIGINE r.T VALEUR DES EVANGILES 275

Il semble qu'il soit relativement aisé de nous en assurer. Rien de plus caractéristique, en effet, que la double circonstance réunie, de la publication de cet Evangile grec en Asie, et de sa composition par un apôtre palestinien. Est-ce que l'ouvrage, bien que rédigé en grec et publié à Ephèse, a néanmoins pour auteur un Juif originaire de Palestine? Est-ce que Jean, l'apôtre palestinien, se trouvait à Ephèse, à la fin du 1" siècle ? La solution de questions aussi spéciales semble devoir être décisive dans un sens ou dans l'autre.

Or, M. Loisy convient que l'auteur de notre Evangile grec est bien, en efFet, un Juif, au courant delà langue, des idées et des coutumes juives^ 11 admet qu'il « peut avoir personnellement connu Jérusalem et ses environs, la vallée du Jourdain, le pays de Sichem^ ». On peut s'assurer qu'il connaît pareillement bien, et d'expérience personnelle, la topographie de la Galilée et de la Samarie. Notre évangéliste grec d'Ephèse est donc en réalité un Juif particulièrement familiarisé avec le théâtre palestinien des scènes évangéliques.

La question est maintenant de savoir si l'apôtre Jean résidait à Ephèse à cette époque et pouvait être ce Juif rédacteur de l'Evangile. M. Loisy conteste que le fils de Zébédée soit jamais venu en Asie. Mais ses objections, très accessoires, ne peuvent tenir devant un certain nombre de faits certains et décisifs.

La tradition du séjour de saint Jean à Ephèse

1, A. Loisy, Le quatrième Evangile^ p. 129, 130,

Page 1