MANIFESTATION DE JESUS MESSIE
à Jérusalem qu'il espérait être montré tel par l'avènement du royaume.
Le critique avoue néanmoins que nombre d'indications sont en contradiction avec ces deux simples données. Or, précisément, ces indications contradictoires paraissent beaucoup plus incontestables que les deux points qui sont censés les annuler.
Tout d'abord, l'idée de la messianité en expectative semble devoir être mise hors de cause comme motif de la réserve de Jésus à se déclarer le Messie. Devant ses disciples, en eiïet, à partir de l'incident de Césarée, et devant Pilate, lors de son procès, le Sauveur s'avoue purement et simplement le Christ, le Roi des Juifs. Si de n'être pas encore dans l'exercice définitif de son rôle ne l'a pas empêché, à cette époque de son ministère, de se déclarer investi de la dignité messianique, pourquoi aurait-il fait plus de difficulté de se manifester comme tel auparavant, étant donné qu'il avait tout également conscience de sa messianité ? Ce n'est, M. Loisy en convient, ni l'ignorance, ni l'incertitude, qui a motivé sa discrétion; ce ne doit pas être davantage la pensée que son rôle était encore à venir.
En réalité, les textes nous révèlent d'autres motifs, et qui sont précisément d'accord avec les faits les plus certains et les plus exactes vraisemblances de l'histoire. Jésus a voulu tenir compte des préjugés qui occupaient l'esprit de la foule, et même de ses disciples, touchant la nature et le rôle du Messie attendu.
Le mot de Messie éveillait chez le peuple tout un ensemble d'ambitions nationales et terrestres. I.e
Sauveurévttedeles surexciter par des manifestations intempestives. De même fait-il lentement l'éducation de ses disciples. Ses discours, ses miracles, montrent en lui le prophète extraordinaire, l'homme de Dieu incomparable, le Messie, tandis que l'humilité de sapersonne,lecaractèrepurementreligieux de ses prétentions, la contradiction dontilest l'objet de la part des lettrés, créent des difficultés insolubles au point de vue de l'idéal messianique vulgaire et forcent à s'en dégager. Ainsi, la conviction de la messianité de Jésus n'a pu s'acquérir que moyennant une transformation d'idées considérable, quoique non encore définitive, touchant le caractère même de sa mission.
Mais on comprend aussi que, dès le début de sa carrière, il n'ait pas craint de faire allusion à sa qualité de Messie, en révélant surtout son rapport unique avec Dieu, et que d'une façon habituelle il ait tourné ses miracles en arguments implicites de sa messianité. On s'explique également bien qu'il se soit plu à se désigner par le terme, mystérieusement messianique, de Fils de l'homme, en même temps qu'il se proclamait le Fils de Dieu par excellence. Bien plus, il n'y a pas à s'étonner que des aveux plus explicites de sa qualité de Christ viennent çà et là couper l'ensemble plus réservé de sa manifestation : ils sont destinés à piquer en quelque sorte l'attention des auditeurs, à tourner plus vivement vers l'idée messianique les esprits, que les conditions si humbles de son ministère étaientbien faites pour déconcerter. Les déclarations des possédés, d'ailleurs très discrètes et aussitôt arrêtées