Renan, Vie de Jésus, p
2. E. Stapfer, J.-C. pendant son ministère, 1897, p. 326, 327,
3. Renan, op. cit., p. v : a Le miracle est une chose inadmissible » ; p. VI • a Les miracles sont de ces choses qui n'arrivent
Ï.ES >aRACLES ÉVAXGÉLigUES 315
Or, d'une part, les faits de giiérisoii dont il est contraint de reconnaître la réalité semblent bien au-dessus de toute explication purement naturelle; d'autre part, les prodiges qu'il rejette comme évidemment miraculeux paraissent s'imposer à l'historien aussi sûrement que les premiers.
M, Loisy reconnaît que Jésus a opéré un assez grand nombre de cures merveilleuses ; il déclare historiques, non seulement les guérisons de personnes atteintes de maladies nerveuses, comme lui paraissent être les démoniaques, mais encore celle de la belle-mère de Simon, alitée par la fièvre, celles de l'aveugle de Jéricho et de l'aveugle de Bethsaïde, celle du sourd-muet de la Décapole, celle du lépreux de la campagne galiléenne, celle du paralytique de Capharnaûm et de l'homme à la main desséchée. Comment expliquer toutes ces guérisons?
Le critique observe que l'on n'est plus à même de constater scientifiquement la nature exacte des infirmités guéries; il laisse entendre que, puisqu'elles ont été guéries, elles étaient guérissables, par un moyen naturel. Et c'est pourquoi il insinue que la guérison de la belle-mère de Simon est due à l'impression que la vue du Sauveur a faite sur la malade; la cécité des aveugles, l'infirmité du sourd-muet, n'étaient peut-être qu'accidentelles ; le cas du lépreux était sans doute d'une
jamais ». Cf. Schmiedel, art. Gospels, dans V Encyclopiedia biblica, t. II, col. 1876 : « Nous avons le droit de regarder seulement comme historiques les miracles analogues à ceux que les médecins sontcapables d'opérer aujourd'hui par les moyei.spsyjhiques, et en parliculier les guérisons des maladies mentales ». Loisy cité ci-dessus, p. 155, 184.
nature un peu spéciale, celui des paralytiques n'était probablement pas bien caractérisé ; la guérison des uns et des autres a pu être l'efFet de l'influence extraordinaire, mais naturelle, produite par la personne de Jésus.
Il sera bien difficile au critique impartial de ne pas trouver de telles explications fort suspectes. Si l'historien se trouve vraiment obligé — et l'attitude prise par M. Loisy le montre éloquemment — de reconnaître l'historicité de ces guérisons, multiples et variées, on ne peut prétendre, sans sortir du vraisemblable, qu'on ait affaire à des guérisons d'ordre purement naturel. Telles qu'elles sont présentées dans nos documents, elles sont incontestablement miraculeuses. Or, par la simplicité de leurs descriptions, par le naturel de leurs détails, par le caractère circonstancié deleurs traits, manifestement pris sur le vif, les récits évangéliques accusent des témoins qui ont bien vu et qui racontent ce qu'ils ont vu avec sincérité et précision. Sur quoi s'appuyer pour transformer si complètement la nature des faits qu'ils rapportent? On ne peut le faire qu'en violentant les textes et en proposant des interprétations, qui, appliquées aux cas donnés, sont tout à fait invraisemblables, et même ridicules ^
1. Cf. Renan, Vie de Jésus^ p. 270 : « La médecine scientifique, fondée depuis cinq siècles par la Grèce, était, à l'époque de Jésus, à peu près inconnue aux Juifs de Palestine. Dans un tel état de conn;iissances, la présence d'un homme supérieur, traitant le malaJe avec douceur, et lui donnant par quelque signe sensible l'assurance de son rétablissement, est souvent un remède décisif. Qui oscraitdire que, dans beaucoup de cas, et en dehors
LES MIRACLES ÉVANGELIQUES 317
Le miracle de la tempête apaisée prête à des réflexions analogues. A qui fera-t-on croire que l'incident se soit réduit à la succession purement fortuite de ces trois phénomènes : tempête, menace de Jésus, apaisement de la tempête ? Ici encore, il semble qu'il faille nécessairement choisir entre ces deux conclusions : ou bien le récit des Évangiles n'a aucun fond historique, ou bien il doit se rapporter à un fait miraculeux. L'historicité de l'épisode s'impose, de l'aveu de M. Loisy; donc aussi, pour le critique impartial, son caractère surnaturel.
Quant aux faits qui se dérobent totalement à l'explication rationaliste, tels que les résurrections de morts, ou les prodiges opérés sur les éléments, ils ne sont pas moins bien attestés que les précédents, et l'on a beau faire intervenir, pour les éliminer, tantôt l'hypothèse d'une composition symbolique, tantôt celle d'une transformation légendaire, l'on n'arrive pas à leur trouver d'explication raisonnable.
Le rapport réel qui se constate entre le récit de la pêche miraculeuse et la parole de Jésus aux apôtres : « Je ferai de vous des pêcheurs d'hommes », comme entre le récit du figuier desséché et la
des lésions tout à fait caractérisées, le contact d'une personne exquise ne vaut pas les ressources de la pharmacie? Le plaisir de la voir guérit. Elle donne ce qu'elle peut, un sourire, une espérance, et cela n'est pas vain » ; p. 271 : « Guérir était considéré comme une chose morale ; Jésus qui sentait sa force morale, devait se croire spécialement doué pour guérir. Convaincu que l'attouchement de sa robe, l'imposition de ses mains, l'application de sa salive, faisaient du bien au malade, il aurait été dur s'il avait refusé à ceux qui souffraient un soulagement qu'il était en son pouvoir de leur accorder. »
318 l.E SYSTÈME DE M. LOISY DEVANT LA SCIENCE
parabole dii figuier stérile, n'est pas un motif suffisant pour contester l'historicité des deux épisodes. 11 était dans l'habitude du Sauveur d'appuyer ses leçons sur quelque signe sensible : pourquoi n'aurait-il pas présagé l'avenir réservé à ses apôtres, en leur accordant le miracle symbolique de la pêche miri^culeuse ? Pourquoi n'aurait-il pas confirmé la menace contenue, à l'adresse des Juifs, dans la parabole du figuier stérile, par l'allégorie en action qu'est le miracle du figuier desséché ?
La façon dont M. Loisy explique le miracle du statère rappelle tout à fait celle de Paulus, qu'on croyait pour toujours oubliée, et elle n'est guère moins ridicule ^
C'est par un vrai tour de force exégétique, en mettant habile ment en relief certaines indications secondaires, d'ailleurs détournées de leur sens obvie, en escamotant au contraire les traits les plus saillants et les plus significatifs, que le critique ramène la résurrection de la fille de Jaïr à n'être plus que la réanimation banale d'une jeune fille tombée en syncope.
Les Pères ont aimé à interpréter en allégorie la résurrection du fils de la veuve de Nain, comme ils l'ont fait à l'égard de tous les épisodes évangéli-
1. Cf. ci-dessus, p. 193. Toute la différence est que Paulus affirmait du texte évangélique actuel ce que M. Loisy dit de la tradition primitive qu'il suppose lui avoir servi de fondement. D'après Paulus, le sens du texte de saint Matthieu serait que Pierre doit ouvrir la bouche du poisson, seulement pour en retirerlhameçor., et qu'il doit trouver l'argent dans la bourse des acheteurs auxquels il vendra le poisson. Vigouroux, Les Licres saints et la criiique rationaliste, 1890, t. il, p. 460.