Cf. JiiAN, m, 24; xviii
et sœurs du Seigneur, ne constituent pas de difficulté plus péremptoire. L'on s'explique sans peine qu'un voile ait couvert, du vivant de Jésus, le mystère de sa naissance miraculeuse, et que le Sauveur ait passé, aux yeux du commun, pour le fils de Joseph, époux de Marie. Le terme de « frère » et de « sœur », dans le milieu évangélique, servait à désigner des parents rapprochés ; rien n'oblige à le prendre dans le sens plus strict. Au contraire, nous avons des raisons positives de croire que les personnages, présentés comme frères du Seigneur, sont en réalité simplement ses cousins^. Nulle part, aucun d'eux n'est dit fils de Marie; par contre, Marie est appelée exclusivement et avec insistance « la mère de Jésus ».
Les premiers chapitres de saint Matthieu et ceux de saint Luc n'ont évidemment pas été composés pour que leurs récits entrent les uns dans les autres; ils représentent manifestement des traditions parallèles. Mais, autant il est clair qu'ils sont indépendants les uns des autres, autant il est excessif de prétendre qu'ils soient inconciliables. Ils sont en harmonie exacte pour les traits essentiels, et la difficulté de combiner les épisodes fournis de part et d'autre, suivant un ordre chronologique rigoureux, tient beaucoup plus à l'insuffisance et à
1. Fils de cette Marie, femme de Cléophas, que saint Jean nous présente comme la sœur, ou belle-sœur, de la mère de Jésus. Marc, vi, 3 =: Matth., xiii, 55. Marc, xv, 40= Matth., xxvii, 56. Jean, xix, 25. Cf. Renan, Vie de Jésus, p. 25 ; Vigouroux, Z,e* Livres Saints et la critique rationaliste, 1891, t. v, p.. 397-420; LesÈTiiE, art. Frère, dans le Dictionnaire de la Bible, t. ii, col. 2404; A. Durand, L'Enfance de J.-C, 1908, p. 219 sq.
la brièveté des renseignements qu'à toute autre cause.
Quant au prétendu caractère fictif de ces récits, il n'existe guère qu'au point de vue d'une critique strictement rationaliste. Il est certain que nos morceaux offrent un contraste saisissant avec les compositions analogues, mais celles-là purement imaginaires, qui se lisent dans les Evangiles apocryphes*.
En résumé, les textes ne contiennent rien qui interdise de considérer les récits de la naissance miraculeuse comme historiques. Ils offrent des difficultés ; mais ces difficultés sont loin d'être décisives : si elles ne sont pas toutes susceptibles d'une explication péremptoire, leur appréciation définitive doit être subordonnée aux garanties positives d'historicité qui conviennent à nos documents.
Or, ces garanties sont telles qu'elles suffisent à donner la certitude.
Prenons les deux chapitres de saint Matthieu. Ces deux chapitres sont incontestablement partie authentique du premier Evangile. Le style en est exactement pareil à celui du reste de l'ouvrage : on y trouve les mêmes expressions, les mêmes tournures, le même emploi de l'argument prophétique^, et dans des conditions qui excluent tout soupçon d'une imitation littéraire.
Si l'auteur de cet Evangile est l'apôtre saint Mat-
1 . Cf. Lepin, Evangiles canoniques et Evangiles apocryphes 1907, p. 27 sq.