Cf. ibid., noie U
pas et toutes les fois qu'il s'agit de l'œuvre de la Rédemption < ?
Somme toute, on peut regarder comme certain que les relations évangéliques et paulinienne représentent des traditions parallèles et indépendantes, qui ont leur source commune dans les souvenirs des propres témoins de Jésus. C'est le sentiment de la presque unanimité des critiques qu'elles répondent de quelque manière à un acte authentique du Sauveur '^.
Est-il nécessaire d'ajouter que les détails des récits évangéliques qui tendent à relever la passion de Jésus, les traits qui font auréole à son supplice et à sa mort, n'ont rien qui doive surprendre, et il n'y a point à user d'arbitraire et de violence pour les éliminer de nos documents, quand on songe que le Crucifié était le Christ, Fils de Dieu.
La résurrection corporelle
Particulièrement inexplicable est dans la théorie
1. Rom., V, 8; viii, 32; I Cor., v, 15; I Ti.\r., ii,6. Cf. Rom., i, 16; m, 22; v, 18 ; etc.
2. Avec des variantes notables dans l'interprétation, c est, d'une façon g-énérale, le sentiment de A. Yl\v.^KCK, Dogniengeschichte, .3' édit., 1894, p. 64; P. Lobstein, La doctrine de la sainte cèney 1889 et 189'.); A. Jûlicher, Zur Geschichte der Abendniahlfeier in der àltesten Kirche {Theolog. Abhandlung, C. von Weizsdcker gewidmet), 1892; E. Haupt, Ueber die ursprungUche Foi m und Bedeutung der Abendmahhworte , 1896; F. Schultzen, Bas AbendmahliniNeuen Testament, 1896; R. A. Hoffmann, Die Abendmahhgedanken Jesu Christi,\%'èÇ>;\\ . Sciimiedel, fl/e neuesten Ansicfden ûberden Ursprung des Abcndmahls, d&ns, les Protest. Monaishefte, 1899; J. Welluause.n, Bas Evangelium Matthaei,\9Qk;T^A-l2.-\2%\ Bas Evangelium Lucae, 1904, p. 121.
de M. Loisy la croyance des apôtres à la résurrection de Jésus, croyance si fermement attestée par l'his-
^ toire et qui a donné le branle à tout le mouvement
1 chrétien.
' Le drame du Golgotha avait été un terrible coup
j pour les disciples : ils attendaient le royaume; sauf ^ Judas, plus clairvoyant, ils espéraient le voir arriver sans retard; le Maître le leur avait promis, et l'assurance de sa parole n'avait jamais varié. Quelle surprise n'éprouvent-ils pas quand ils voient celui qu'ils regardaient comme le Christ, arrêté, garrotté, traîné devant l'autorité romaine, condamné au supplice infamant de la croix, et exécuté ! Leur saisissement est tel, tel l'effondrement de leurs espérances, qu'ils s'enfuient sur le champ jusqu'en Galilée.
Or il s'agit d'expliquer comment un abattement si profond a pu faire place sans tarder à une réaction si puissante, comment au lendemain d'une pareille prostration ils ont songé tout à coup à la survivance de leur Maître.
On a beau faire intervenir la « vie oisive » des apôtres, on a peine à concevoir que le souvenir gardé de Jésus leur ait fait oublier si vite la brutalité du démenti infligé à ses prédictions; on ne se représente pas bien que le charme, déjà lointain, exercé par le Sauveur ait pu couvrir si complètement tout ce que les derniers faits avaient de déconcertant,
1 dominer si décisivement l'impression accablante que la pensée de l'arrestation au Jardin, du jugement devant Pilate, du crucifiement au Calvaire, devait faire peser sur leur âme. La difficulté apparaît d'une façon particulière quand on songe que, pour
M. Loisy, le Sauveur n'avait pas véritablement préparé ses disciples à envisager une pareille perspective, mais au contraire les avait toujours et jusqu'à la fin entretenus dans sa confiance et son illusion.
Pour rendre compte de la foi acquise par les apôtres en de telles conditions, on comprend qu'il soit nécessaire de supposer des phénomènes extraordinaires, nombreux et caractéristiques. Malgré sa préoccupation d'écarter de l'histoire le fait de la résurrection corporelle, M. Loisy est contraint d'admettre que les disciples ont cru être témoins d'un certain nombre d'apparitions du Ressuscité.
Saint Paul écrivait aux Corinthiens : « Je vous ai enseigné en premier lieu ce que j'ai appris moimême : que le Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures; qu'il a été enseveli et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures; qu'il est apparu à Céphas, puis aux Douze; ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères ensemble, dont la plupart vivent encore à présent, et quelquesuns sont morts; ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres ; après tous les autres, comme à l'avorton, il m'est apparu aussi. Car je suis le moindre des apôtres... Mais soit moi, soit eux, voilà ce que nous piiêchons, et voilà ^e que vous avez cru ^ » M. Loisy s'en tient à ce témoignage de 1 Apôtre, qui lui paraît offrir les meilleures garanties. 11 le remarque à bon droit : « en observant que les apôtres enseignent la même chose que lui », Paul « présente sa liste d'apparitions comme celle qui était admise de son temps dans l'Eglise de Jéru- 1. I Cor., XV, 3-11
salem et par les premiers témoins de la résurrection ^ . »
Or, de quelle nature étaient ces apparitions? « Dans toutes les occasions énumérées par Paul, dit M. Loisy, les disciples virent le Sauveur, ou ils eurent une impression sensible de sa présence. La comparaison de l'Epître aux Corinthiens avec les récits évangéliques porte à croire que, dans plusieurs cas, il y eut vision, c'est-à-dire que les disciples eurent sous leurs yeux Jésus comme ils l'avaient connu avant sa mort. » Le critique admet que les disciples ont pareillement cru entendre le Maître leur parler. 11 se contente de cette restriction : « On ne saurait dire qu'il y ait eu toujours des paroles prononcées. » C'est d'ailleurs assez gratuitement qu'il suppose de simples paroles isolées, tournées ensuite en véritables entretiens. A son sens, « il n'est pas probable que la vision des cinq cents frères ait comporté le moindre discours... Les paroles qui ont pu caractériser certaines apparitions n'auront pas manqué d'être commentées par la tradition^. »
Mais, parmi ces apparitions, celle dont fut favorisé Pierre dut être extrêmement frappante, puisqu'au dire de M. Loisy, < lie détermina le chef des apôtres à rassembler les Onze dispersés, et le fit ranimer de son ardeur leur foi chancelante^. L'apparition aux apôtres réunis ne dut pas être moins impressionnante, puisque les disciples, non seulement