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Luc, xsiv

LA RÉSURBECTION CORPORELLE 353

consternés, l'assurance que leur Maître était ressuscité, qu'il leur apparaissait, qu'il leur parlait, il est évident qu'une telle assurance n'a pu provenir du travail intérieur de leur pensée. Ils se trouvaient en contact avec la réalité, dans tout ce qu'elle avait de» brutal et d'accablant : à quelques pas du prétoire et du Calvaire, quels désirs secrets, quels incidents fortuits, auraient été capables de ranimer et surexciter leur foi, si tôt, si décisivement? L'objectivité des visions devient particulièrement nécessaire pour une explication raisonnable des faits constatés.

11 faut bien d'ailleurs convenir que la manière dont les évangélistes nous décrivent l'état d'âme des apôtres, leurs hésitations à croire, leurs exigences à l'égard de preuves sensibles, palpables, répétées, la formation progressive de leur foi, s'appuyant sur une série d'expériences successives et obligée enfin de se rendre à l'évidence, s'accorde d'une façon très significative avec les vraisemblances de l'histoire.

La preuve tirée du tombeau vide ne s'impose pas moins fortement à l'historien. En effet, la hardiesse des apôtres à prêcher la résurrection de Jésus en pleine Jérusalem, au bout de si peu de temps, et le succès obtenu par leur prédication en cette ville, paraissent inexplicables si les Juifs avaient été à même de leur objecter le cadavre resté dans le tombeau, ou jeté dans la fosse des suppliciés. On ne comprend même bien cette hardiesse et ce succès que si les apôtres se sentaient soutenus par le fait public du sépulcre constaté vide, et si leurs adhérents trouvaient dans ce fait extérieur un point d'appui sérieux pour leur foi.

On peut aller plus loin : il semble nécessaire d'admettre une constatation spéciale de la résurrection, faite au surlendemain de la mort, afin d'expliquer que l'événement ait été rapporté dès l'origine au troisième jour. M. Loisy convient que le chiffre ^row « a dû être admis à peu près en même temps que l'idée de la résurrection' ». Or, c'est en vain qu'il essaie de justifier l'adoption primitive de ce chiffre autrement que par sa correspondance à la réalité du fait.

A l'en croire, « placer la résurrection plus tAt aurait semblé supprimer la mort; la placer plus tard était inconcevable, parce que ce n'aurait plus été la résurrection d'un homme ou d'un corps, mais d'une pourriture » ; enfin, « les rapprochements bibliques ont aidé à la fixation du chiffre^. »

Mais, on ne voit pas qu'au point de vue des conceptions populaires la résurrection ait pu paraître plus inconcevable le quatrième ou le cinquième jour que le troisième : le fait de Lazare prouve bien le contraire^. D'autre part, pouvait-on craindre, en adoptant le second jour, de sembler supprimer la mort, étant données les conditions très particulières où elle s'était produite et avait été constatée. Quant aux rapprochements bibliques, ils ont pu venir après coup pour illustrer la date traditionnelle, ils n'ont pas pu créer la tradition. Dans la phrase de saint Paul : « 11 a été enseveli, et il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures^ », la remarque

2. Id., ibid. Cf. t. i, p. 177, cité ci-dessus, p. 214; 88, note 4.

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