Ibid., p
y A-T-IL SOLUTION DE CONTIXriTÉ 25
Y a-t-il, ou non, solution de continuité entre le fait catholique actuel et le fait primitif?
Chose assez surprenante, le critique affectait, en maints endroits, de présenter l'évolution entière, par lui décrite, comme un développement légitime et normal des données évangéliques ou du fait chrétien initial.
Ainsi disait-il de l'Eglise : En se développant elle « ne crée aucune pièce essentielle de sa constitution»; mais « un organe, qui semblait jusque-là rudimentaire ou de moindre vigueur, prend les proportions et la consistance que réclame la nécessité présente <. » « Nulle part, dans son histoire », répétait-il, « il n'y a de solution de continuité, création absolue d'un régime nouveau; mais chaque progrès se déduit de ce qui a précédé, de telle sorte que l'on peut remonter du régime actuel de la papauté jusqu'au régime évangélique autour de Jésus, si différents qu'ils soient l'un de l'autre, sans rencontrer de révolution qui ait changé avec violence le gouvernement de la société chrétienne^. » Et ailleurs : a Pour être identique à la religion de Jésus, elle (l'Eglise catholique) n'a pas plus besoin de reproduire exactement les formes de l'Evangile galiléen, qu'un homme n'a besoin, pour être le même à cinquante ans qu'au jour de sa naissance, de garder les proportions, les traits, et toute la manière d'être d'un nouveau-né. Quand on veut s'assurer de l'identité d'un individu, on ne songe pas à le faire rentrer
•2. rbid., p. 110.
26 l'évangile et l'église
dans son berceau. L'Eglise d'aujourd'hui ne ressemble ni plus ni moins à la communauté des premiers disciples qu'un homme adulte ne ressemble à l'enfant qu'il a été d'abord^. »
Bref, observait M. Loisy, en revenant à une idée précédemment émise, « toute chicane théologique mise à part, l'Eglise catholique, en tant que société fondée sur l'Evangile, est identique au premier cercle des disciples de Jésus, si elle se sent et si elle est avec Jésus dans le même rapport que ces disciples; s'il y a correspondance générale entre l'état actuel de son être et son état primitif; si l'être actuel n'est que l'être primitif autrement déterminé et développé ; si ses organes actuels sont les organes primitifs grandis et fortifiés, adaptés aux fonctions de plus en plus considérables qu'ils ont eu à remplir"^. »
A entendre encore notre critique, tout le dogme chrétien, dont il a décrit les étapes de formation, procéderait réellement de l'Evangile, comme un commentaire vivant, homogène, non hétérogène, au texte. Ainsi, les idées qui supportent les définitions systématiques du dogme trinitaire et du dogme de la rédemption « existaient dans la tradition chrétienne, et leur évolution a son point de départ dans l'Evangile de Jésus et la tradition apostolique^. » Dogme christologique, dogme de la grâce, dogme ecclésiologique, étaient « contenus dans la tradition primitive... comme un germe dans une